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    Les grandes vacances des petits

    Jeunes Marins Urbains, la vision d’un doux rêveur

    Des apprentis moussaillons apprennent l’esprit de corps sur le Saint-Laurent

    L’organisme Jeunes Marins Urbains enseigne les rudiments de la voile à des enfants de tous horizons dans le but de leur enseigner l’entraide et l’ouverture sur les autres.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir L’organisme Jeunes Marins Urbains enseigne les rudiments de la voile à des enfants de tous horizons dans le but de leur enseigner l’entraide et l’ouverture sur les autres.

    Pour la troisième année, ses embarcations emmènent qui veut voguer sur le Saint-Laurent, pour une poignée de dollars. Tous profils confondus : la belle histoire derrière ces bateaux-là en est surtout une de cohésion sociale. « Il n’y a qu’un seul prérequis pour embarquer dans l’aventure : vouloir », lâche Yves.

     

    De la volonté, mais aussi de la créativité, le navigateur au long cours n’en manque pas. Son postulat originel peut sembler audacieux : fabriquer un voilier sans grands moyens et en peu de temps, c’est faisable.

     

    Démonstration accomplie. Chaque été depuis 2015, il fait découvrir la construction navale et la navigation à des amateurs de tous horizons.

     

    Le vent est au rendez-vous et le ciel dégagé, ce mercredi de juillet. À quai, maquette en main, Yves explique au groupe de jeunes venus avec l’organisme Dans la rue ce qui les attend. Quelques minutes pour passer à travers les rudiments de la voile, puis La Montréalaise quitte le quai en contrebas de la maison Beaudry, dans Pointe-aux-Trembles.

     

    Seul un d’entre eux a déjà navigué à la voile. Il sera le premier à prendre la barre, sous l’oeil bienveillant du capitaine. Les autres suivront à tour de rôle, à l’exception de quelques-uns plus heureux de se laisser porter. Une parenthèse de quelques heures, loin du tumulte de la vie de rue. Mais aussi, espère Yves, une fenêtre sur un nouvel horizon.

     

    « La voile a un effet rassembleur, croit-il. Une fois embarqués, on est tous dans le même bateau ! »

     

    Quand on a les mains dans le cambouis, les disparités sociales s’estompent. Plus que d’insertion, c’est de cohésion qu’il est question. « Le vivre ensemble est souvent servi à toutes les sauces. Ici, c’est appliqué concrètement. On n’est pas dans le discours, on est dans la pratique. »

     

    Construction navale

     

    L’idée de tisser du lien social à travers la construction navale a germé doucement dans la tête du marin. Yves caressait depuis longtemps le rêve de construire un voilier. En 2010, il se lance d’après les plans d’un architecte ontarien.

     

    Quelques mois plus tard, Coeur de marin est mis à l’eau. « Je pensais assembler un prototype pour ensuite commercialiser le concept. Mais j’ai réalisé que construire avait été la partie la plus intéressante de l’aventure. »

     

    En collaboration avec Communidée, un centre communautaire de Saint-Henri offrant des activités à des enfants scolarisés à la maison, il réitère l’expérience pour vérifier son intuition. « Des enfants de 10 ans ont été capables de construire un voilier, confirmant que le rêve était accessible à chacun. »

     

    Au-delà de la technique, c’est la puissance du collectif qui allume Yves. Les uns apprennent des autres, chacun y va de ses connaissances pour aboutir à l’objectif commun initial.

     

    « Changer le monde, un bateau à la fois »

     

    Yves Plante a fait de cette formule, certes galvaudée, la devise de Jeunes Marins Urbains, organisme à but non lucratif officiellement fondé en 2015. Unis autour du défi collectif de la construction, les participants viennent d’horizons très divers.

     

    Pour ses deux premières saisons, l’OBNL s’installe au Village au pied du courant, à quelques encablures du pont Jacques-Cartier. Dans un conteneur donné par une entreprise séduite par le projet, une trentaine de bénévoles travaillent tout l’été à assembler Coeur de frêne en 2015, puis La Montréalaise en 2016.

     

    Jamais repu d’expérimentation, Yves Plante opte pour un modèle encore plus accessible. « J’avais deux critères : pas cher, pas compliqué. » Inspirée de méthodes ancestrales empruntant au canot autochtone, la coque est faite d’un squelette en frêne recouvert d’une toile (nylon balistique) enduite de polyuréthane.

     

    Dans le conteneur aménagé en chantier naval, on découpe les planches de frêne données par la Ville (occasion de recycler ses arbres malades d’agrile). On apprend à cintrer le bois, pour donner aux armatures la courbure qui formera la coque. Coller, visser, installer la dérive dans son écrin au centre du canot, puis finalement corder solidement la toile qui recouvrira le tout. Derniers venus, les deux mâts et leurs voiles, au gréement ingénieusement inspiré de la planche à voile.

     

    « Ça résiste aux roches ? » s’enquiert l’un des jeunes de Dans la rue. Amusé, Yves rassure l’équipage. Sous ses airs de frêle esquif, La Montréalaise résisterait aux roches, oui, bien que l’idéal reste de les éviter.

     

    C’est justement lors de la phase de construction en 2016 qu’une intervenante de l’organisme oeuvrant auprès de jeunes de la rue découvre Jeunes Marins Urbains, par hasard lors d’une flânerie au Village au pied du courant.

     

    Cet été-là, quelques jeunes fréquentant la ressource participent à l’assemblage. Ils y côtoient « le gars qui dort dans le parc à côté, l’architecte, l’infirmière, les travailleurs du centre-ville qui viennent donner quelques heures à la sortie du bureau, tous réunis autour du même projet », témoigne Yves Plante.

     

    Navigateur accompli ou novice, chacun y va à la hauteur de ses capacités, animé par le désir partagé de mettre le voilier à l’eau.

     

    Vingt-cinq pieds de long, deux voiles, une dérive, huit avirons. « On n’a pas de moteur ? » s’étonne un mousse. S’il faut ramer, on ramera.

     

    Au large, le vent est clément et la conversation file. Yves raconte ses rêves à moyen terme. Autant de voiliers que d’arrondissements à Montréal, des camps de jour, toujours plus de mixité sociale.

     

    Cette année, pas de chantier naval : Yves veut naviguer. Bénévoles des premières heures devenus membres ou nouveaux venus, tous peuvent en profiter. Idéalement, il construirait l’hiver et voguerait l’été. Il lui faudra pour ça trouver un atelier chauffé et spacieux.

     

    Pas du genre à attendre que ça vienne à lui, Yves a déjà des pistes. Avoir traversé les mers en solitaire forge la débrouillardise. Depuis deux ans, Jeunes Marins Urbains bénéficie d’une subvention pour un emploi étudiant.

     

    « Ça prend quoi, pour avoir un emploi étudiant ? » lance Luis. « Avoir moins de 30 ans et être aux études », répond Yves. Silence et regards songeurs vers le large. Vient-on de semer ici l’idée de raccrocher un jour ?













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