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    Une adresse postale, premier pas vers la réinsertion des itinérants

    Richard Chrétien, fondateur et directeur général du Sac à dos, et Bin Wang, coordinatrice du service postal, au centre des 2000 cases postales du service. Arrivée de Chine en 2001, Mme Wang s’est impliquée comme bénévole à partir de 2003, avant de mettre au point un système de classement et de suivi des utilisateurs.
    Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Richard Chrétien, fondateur et directeur général du Sac à dos, et Bin Wang, coordinatrice du service postal, au centre des 2000 cases postales du service. Arrivée de Chine en 2001, Mme Wang s’est impliquée comme bénévole à partir de 2003, avant de mettre au point un système de classement et de suivi des utilisateurs.

    En plein centre-ville de Montréal, l’organisme Le Sac à dos offre un service de cases postales à plus de 2000 itinérants, une forme de stabilité pour un premier pas vers la réinsertion.

     

    « Quand on est dans la rue, la première étape, c’est de venir chercher une case postale », explique Marie-Josée Lejeune, 47 ans, une participante au programme de réinsertion du Sac à dos, qui a connu plusieurs périodes d’itinérance entre 2004 et 2012.

     

    C’est un minuscule local d’à peine 50 pieds carrés, « anciennement la plus petite boutique de Montréal, une bijouterie », affirme Richard Chrétien, directeur général de l’organisme. Deux mille cases postales y sont proprement étiquetées. Leurs utilisateurs ? Tous ceux qui n’ont pas d’adresse, et souvent pas de toit.

     

    En 2016, les deux commis postaux y ont reçu 42 232 visites, soit 162 chaque jour ouvert. « Les casiers servent d’abord à recevoir les chèques d’aide sociale, mais plus largement tout ce qui vient des institutions », témoigne Laurence Dubuc, 28 ans, commis postale depuis trois ans. « La stabilité postale permet, dans leur instabilité, de garder un lien. Si le gars change d’adresse constamment, il finit par perdre le fil avec Revenu Québec, ses intervenants, son médecin… », explique Richard Chrétien.

     
    Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Guillaume Morgan, commis, avec un utilisateur venu chercher son courrier. En 2016, 2780 personnes différentes ont utilisé le service.
     

    Distribuer

     

    À l’origine du Sac à dos, en 2002, il y a des cafés-rencontres animés par Richard Chrétien avec 14 personnes en situation d’itinérance. « Ensemble, on a ciblé un besoin non comblé : un espace de stockage pour que les gars puissent laisser leurs sacs. » Peu après l’ouverture, le Centre local d’emploi (CLE) Saint-Alexandre se met à la recherche d’un partenaire communautaire pour l’aider à distribuer les chèques d’aide sociale. « En 2002, une décision du tribunal administratif a reconnu le droit des itinérants à recevoir des chèques de l’aide sociale même s’ils ne possédaient pas d’adresse. En quelques mois, le CLE Saint-Alexandre est devenu le CLE des sans-abri et est passé de zéro à huit cents bénéficiaires qui venaient récupérer leur argent ! […] Les gens couchaient devant le bureau pour être dans les premiers à l’ouverture, et ça, ça venait avec les pushers et les shylocks[usuriers]. La force du Sac à dos, c’est de gérer ça pour qu’il y ait le moins d’impact sur le quartier. »

     

    Derrière l’organisation et la gestion du service postal se cache Mme Bin Wang, 53 ans, arrivée de Chine en 2001. Elle a d’abord rejoint les rangs de l’équipe comme bénévole en 2003, pour « pratiquer [son] français » avant de devenir coordonnatrice du service. Informaticienne pour des compagnies pétrolières à Pékin, Mme Wang a mis au point un système de classement et de suivi des utilisateurs, ainsi que des procédures strictes. Le principal problème est que de nombreux utilisateurs ne possèdent pas de papiers d’identité. « Peu importe si on connaît ou pas la personne, pour nous, seule compte sa signature. C’est la même procédure pour tout le monde et on y gagne en crédibilité », tranche Mme Wang.

     
    La stabilité postale permet, dans leur instabilité, de garder un lien. Si le gars change d’adresse constamment, il finit par perdre le fil avec Revenu Québec, ses intervenants, son médecin…
    Richard Chrétien, directeur général de l’organisme
     

    Réinsérer

     

    En 2016, 2780 personnes différentes ont utilisé le service. « Tous les mois, il rentre de 120 à 150 personnes et il en sort autant. La majorité est dans la rue, mais pas tous. Il y en a beaucoup qui ont des adresses temporaires, dans des maisons de chambres, chez des amis, dans leur char… Il y a plein de stratégie de survie. Les gens bougent beaucoup », commente Richard Chrétien.

     

    Le jour de la visite du Devoir, une jeune femme de 23 ans, Jinx, est de passage pour ouvrir une case postale. Elle ne connaît pas l’endroit et, surtout, n’aimerait « pas avoir un toit sur la tête ». Pour Richard Chrétien, cette démarche vers une « stabilité postale crée les conditions permettant la réinsertion ». Ce fut le cas pour Marie-Josée Lejeune : « Avoir un pied à terre, c’est important. Ici, il y a aussi les casiers d’entreposage, puis les douches, puis la buanderie. C’est un petit peu comme notre maison. »

     
    Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Laurence Dubuc répond à la demande d’un usager du service. Depuis mars, celui-ci est jumelé avec les Services d’aide à l’emploi (SAE) d’Emploi Québec.
     

    Suite logique, le programme de réinsertion, « un premier pas pour relancer la machine », explique Nicole Blouin, coordinatrice aux communications. « Quand j’ai commencé mon programme, se souvient Marie-Josée Lejeune, mon seul objectif, c’était de me lever le matin. »

     

    Depuis mars 2017, le service postal est jumelé avec les Services d’aide à l’emploi (SAE) d’Emploi Québec. Les nouveaux inscrits se voient automatiquement proposer une rencontre avec un intervenant, une chance qu’ont déjà saisie 140 personnes.













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