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    375 ans d’accueil

    Où es-tu que je ne te trouve pas
    Où es-tu que je n’oublie pas
    Où es-tu dans ton où es-tu

     

    Il y a de ces poèmes qui marquent à jamais nos identités et nos repères. Alors que Montréal célébrait mercredi le 375e anniversaire de l’arrivée de ses premiers colons français, ce sont les paroles de la poète innue Joséphine Bacon qui résonnaient en moi. Dans un poème de son recueil Un thé dans la toundra, elle s’adresse à une jeune femme autochtone qui, aspirant à une vie meilleure, choisit de vivre en ville. Montréal, 375 ans après sa fondation, est devenue une importante terre d’accueil pour des milliers d’individus des quatre coins de la planète, mais un territoire où l’on peine à reconnaître ses propres racines autochtones. En cette année de la nécessaire réconciliation entre les allochtones et les Premières Nations, c’est aussi avec la prose de Joséphine Bacon en tête que je souhaite fêter les 375 ans de ma ville natale, Montréal, ce territoire autochtone non cédé.

     

    Tanite etain anite ka tain (Où es-tu que je ne trouve pas)

     

    À l’arrivée de Jacques Cartier en 1535, les Premières Nations habitent déjà dans une bourgade nommée Hochelaga et la gouvernent. Ces dernières partagent leur savoir-faire avec les Français, les aident à s’adapter au territoire et contribuent au développement économique de la colonie. Sans l’ombre d’un doute, les autochtones ont bâti Montréal bien avant le 17 mai 1642... Pourtant, notre mythe fondateur limite leur contribution à une « présence » ou à celle de simples « alliés ». Comment se fait-il que les Premières Nations ne soient pas reconnues comme des fondateurs, au même titre que Jeanne Mance et Paul Chomedey de Maisonneuve ? Les mots de Joséphine Bacon nous rappellent l’effacement des récits autochtones par ceux qui ont remporté le pouvoir d’écrire l’Histoire. En ce 375e anniversaire, l’on doit en finir avec cette invisibilisation.

     

    Tanite nita tshipa tshi uni-tshissitutatan (Où es-tu que je n’oublie pas)

     

    La place Jacques-Cartier, la rue Amherst (ce gouverneur anglais qui avait suggéré de donner des couvertures souillées aux autochtones pour leur transmettre la variole), le boulevard de Maisonneuve sont tous des espaces publics qui témoignent d’un Montréal colonial. Où sont ceux qui valorisent notre histoire millénaire ? Dans cet esprit, la « Commission de toponymie sauvage de Montréal », une initiative citoyenne, s’est prêtée à une action de dénomination l’été dernier. Le temps d’une action intempestive, l’angle des rues Mackay et Sherbrooke se nommait désormais 8gmakw, le nom du frêne abénaquis. Ce genre de geste citoyen nous rappelle que, en dehors des quatre murs d’un musée, les références aux Premières Nations sur le territoire montréalais sont encore limitées. Où es-tu que je n’oublie pas ? se demande Joséphine Bacon. L’effacement de l’histoire entraîne aussi l’effacement de la mémoire. Pour l’amour de notre ville, multiplions les lieux de reconnaissance des Premières Nations.

     

    Tanite etain anite ka tain (Où es-tu dans ton où es-tu)

     

    En quête de son identité autochtone, Joséphine Bacon nous renvoie à notre vivre-ensemble. Depuis 1642, les Premières Nations accueillent sur leur territoire des vagues de migration : les Français d’abord, ensuite les Anglais, les Italiens, les Haïtiens, les Chinois, etc. Depuis 375 ans, nous sommes tous des enfants de grandes migrations et le territoire autochtone d’Hochelaga continue à accueillir les trois quarts des immigrants du Québec.

     

    Quelle place réserve-t-on aux Premières Nations dans ce processus d’immigration ? Le 21 juin dernier, Journée nationale des autochtones, les nouvelles personnes ayant obtenu leur citoyenneté assistaient à un rituel autochtone de la nation mohawk symbolisant leur intégration. Pourquoi ne pas reproduire cette bonne pratique à chaque accueil ?

     

    Pour une nouvelle synthèse

     

    Au-delà de l’accueil, c’est surtout une nouvelle synthèse de l’histoire de la fondation de Montréal qu’il nous faut. Une synthèse qui soit à la fois capable de valoriser la fondation de Montréal par ses peuples autochtones suivie d’une Grande Paix qui a permis son développement, et qui puisse reconnaître les aspects brutaux de la colonisation, du non-respect des traités de paix, et ses conséquences sur les autochtones. « Connaître la vérité a été difficile, mais se réconcilier le sera encore davantage », rappelait le rapport de la Commission de vérité et réconciliation. Montréal, en célébrant ses 375 ans, doit réussir cette réconciliation. Un tel geste sera porteur d’espoir pour les Premières Nations d’ici et d’ailleurs : il incarnera un nouvel acte fondateur pour Montréal.

     

    Aimitutau. Parlons-nous.













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