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    Immigration

    La priorité aux migrants syriens suscite la grogne des parrains privés

    Les autres réfugiés doivent attendre des années pour obtenir une réponse

    Une famille syrienne à l’aéroport d’Amman en Jordanie s’apprête à immigrer au Canada.
    Photo: Sam McNeil Associated Press Une famille syrienne à l’aéroport d’Amman en Jordanie s’apprête à immigrer au Canada.

    Des délais interminables et qui continuent de s’allonger, une priorité donnée aux réfugiés syriens que certains trouvent injuste… Un nouveau rapport met le doigt sur les lacunes du programme canadien de parrainage privé, d’après un sondage réalisé auprès des parrains, qu’ils soient des organismes communautaires, des églises ou des groupes de cinq.

     

    « La réponse a été presque unanime : 97 % sont préoccupés par les longs délais d’attente », a déclaré Joe Gunn, directeur général de Citoyens pour une politique juste (Citizens for Public Justice), l’organisme qui a produit le rapport. À l’heure actuelle, il voit mal comment le gouvernement fédéral va tenir sa promesse de réduire les délais à moins d’un an d’ici 2019.

     

    Car certains groupes ont attendu au-delà de six ans que le réfugié parrainé arrive. En Éthiopie, le délai est actuellement de 74 mois (plus de six ans). En Afghanistan ? 63 mois. « Aucune décision n’a encore été prise dans [le cas d’un réfugié] rwandais soumis en 2010, alors qu’il est pourtant passé en entrevue en 2016 », témoigne l’un des signataires sondés.

     

    Les délais proviennent autant des bureaux de visa à l’étranger que du bureau de traitement centralisé à Winnipeg, qui s’occupe notamment des enquêtes de sécurité. Des parrains ont aussi mentionné la complexité des formulaires, qui les rendent sujets aux erreurs et donc à la prolongation des délais.

     

    Malaise devant les Syriens

     

    Si les longs délais exaspèrent les parrains, plusieurs d’entre eux [94 %] ont dit ressentir un malaise devant le fait qu’ils touchent davantage les réfugiés non Syriens. « Nos réfugiés syriens sont arrivés, alors qu’au même moment, les dossiers de nos Irakiens sont en attente et qu’on n’a aucune nouvelle du statut de leur demande », confie un organisme parrain.

     

    Le Québec ayant son propre système d’immigration en vertu d’une entente, les parrains n’ont pas été sondés par CPJ. Mais le malaise est le même ici, croit Paul Clarke, directeur général d’Action réfugiés Montréal, un OSBL qui parraine des réfugiés grâce à des ententes-cadres avec le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI).

     

    Les premiers Syriens sont arrivés en quelques mois, tandis que d’autres, beaucoup d’Africains, ont attendu plus de six ans. « C’est bien d’aider les Syriens parce que leur pays est un désastre total. Mais il y a d’autres désastres dans le monde. »

     

    Et contrairement à tous les autres réfugiés, les Syriens n’ont pas eu à rembourser le prêt du gouvernement pour leur billet d’avion. 75 % des parrains sondés par le CPJ trouvent cette situation « préoccupante » ou « très préoccupante ».

     

    Industrie Canada a mis sur pied un programme destiné aux Syriens qui leur faisait cadeau d’ordinateurs et de téléphones cellulaires. Une troisième phase du programme vend désormais des ordinateurs pour 45 $, cette fois pour tout le monde. « Je me pose des questions », dit M. Clarke.

     

    Même longs délais au Québec

     

    En ce qui a trait aux longs délais, la situation est aussi la même au Québec. « Je suis en poste ici depuis 2013 et le premier réfugié que j’ai rencontré en mai de cette année-là, c’était un Érythréen qui vivait en Afrique du Sud et qui avait soumis un dossier en 2006, poursuit-il. Il a fait une demande comme célibataire, mais quand il est arrivé après sept ans, il était marié et avait deux enfants. »

     

    Le 27 janvier dernier, le MIDI a suspendu la réception de nouvelles demandes de parrainage privé afin de liquider l’inventaire des 10 000 demandes en attente et de faire venir ces réfugiés d’ici 2019.

     

    Or, dans une récente mise au point, publiée sur son site Internet début avril, les délais s’étirent jusqu’en 2021, car 19 000 dossiers sont maintenant sur le bureau du MIDI. Dans le lot, la moitié a déjà été dûment traitée et attend simplement le billet d’avion pour s’installer au Québec.

     

    Pour Paul Clarke, le meilleur moyen de réduire les délais est d’accroître le quota d’accueil, qui est de 4400 parrainés au privé pour 2017, sur un total de 51 000 immigrants de tous types. Il compare la chose à un hôtel de milliers de chambres où chaque catégorie d’immigration aurait son nombre de places réservées.

     

    « Sauf qu’il n’y a que 4000 chambres pour les réfugiés parrainés, mais ils sont 19 000 à vouloir une. On leur dit quoi ? D’attendre et de faire une réservation pour 2021, illustre-t-il. Moi, j’aimerais que le Québec ajoute des chambres à son hôtel. »

     

    Augmenter les quotas

     

    Les quotas sont aussi une préoccupation pour 87 % des parrains sondés par le CPJ, qui recommande que le gouvernement se dote d’un plan triennal pour donner une idée des places qui seront accordées aux réfugiés parrainés au privé pendant cette période.

     

    Joe Gunn, du CPJ, aimerait aussi voir améliorées la transparence et la communication avec les organismes et groupes de parrains. « Il y a plein d’histoires où le groupe qui parraine a loué un appartement pour rien pendant des mois parce que la famille tarde à venir, dit-il. Les gens ont besoin de savoir où leur demande est rendue. Ils ont besoin d’informations. »

     

    À nos questions concrètes, Immigration Canada n’a offert que des réponses vagues, notamment en nous renvoyant à son site Internet.

     

    Le ministère a rappelé que des ressources additionnelles ont été déployées en 2015-2016 pendant le grand effort d’accueil des Syriens — 25 000 en 100 jours —, mais que cela était en réponse à une opération exceptionnelle.

     

    Quant à la rapidité du traitement des dossiers, elle dépend du volume de demandes dans le bureau de visa et du niveau de sécurité de cette région du monde. Bien que les délais varient, « le ministère travaille aussi efficacement que possible pour réinstaller les réfugiés dans les limites opérationnelles et de sécurité dans divers domaines », a-t-on répondu par courriel.

     

    Quant au prêt pour le billet d’avion, le gouvernement ne peut dire si le privilège des Syriens sera étendu aux autres, mais dit être en train de revoir la formule.













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