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    La «question identitaire» en question

    8 mars 2017 | Angèle Dufresne - Montréal | Actualités en société
    «À quoi fait-on référence au juste quand on parle de la
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «À quoi fait-on référence au juste quand on parle de la "question identitaire" au Québec ?», questionne l'auteure.

    Francine Pelletier (Le Devoir, chronique du 1er mars 2017) prétend que nous avons, comme Québécois, « un sentiment aigu de qui nous sommes, d’où on vient et, à défaut de savoir où l’on va, le sentiment d’être dotés d’une mission salvatrice ». Elle nous invite néanmoins à ajuster, au goût du jour, l’identité québécoise, parce que la survivance, « c’est bien beau », mais pas assez dynamique. Vraiment ?

     

    Pourquoi politiciens et chroniqueurs parlent-ils autant de « question identitaire » si tout est si limpide ? Au surplus, quand celle-ci est évoquée, c’est comme si c’était une tare, un chancre, une maladie de peau ou du cerveau.

     

    À quoi fait-on référence au juste quand on parle de la « question identitaire » au Québec ? À la sauvegarde de la langue nationale ? Aux « valeurs » dites québécoises ? À la religion héritée de nos ancêtres européens ? À l’histoire du Québec (150 ans sous l’ancien Régime français et 250 ans comme colonie britannique, puis monarchie constitutionnelle fédérale — avec le visage de la reine d’Angleterre apparaissant toujours sur notre piastre) ? Au « rêve » d’indépendance mis en veilleuse mais toujours sous-jacent ? À la survivance de la nation québécoise ? À un projet de société enthousiasmant qu’on n’a pas le courage de porter politiquement ? À ce qu’il faudrait « sauver » de notre passé pour le transmettre à nos enfants et petits-enfants ?

     

    La « question identitaire », expression-valise brandie le plus souvent comme une arme à l’encontre des « séparatisses », ne se pose pas à tous ceux qui se reconnaissent dans un drapeau, une fête nationale, une histoire, une littérature, une musique et une culture communes qu’ils sont prêts à défendre bec et ongles. Si on ne sait plus qui on est, et ce qui vaut la peine d’être conservé, c’est que le mal est profond. À défaut de trouver une réponse claire, viable et collective à ce questionnement, on se donnera au plus offrant comme quantité négligeable, de la même façon qu’on vendait au siècle dernier, pour trois sous, les belles armoires à pointes de diamant remisées dans les granges, par ignorance de leur valeur patrimoniale.

     

    Grand tout planétaire

     

    Si être Québécois aujourd’hui c’est communiquer avec la planète en anglais, vivre dans sa bulle en permanence, écouteurs aux oreilles et pouces alertes sur un clavier tactile, se vautrer dans l’hyperconsommation, passer sa vie à revendiquer des droits parce que les lois ne nous conviennent pas, placer son fric aux îles Caïman pour éviter l’impôt, laisser des multinationales américaines mépriser nos lois « and get away with murder », etc., alors oui, la question identitaire se pose plus que jamais, quelle que soit la définition qu’on lui donne.

     

    Le Québec glisse lentement mais sûrement dans le grand tout planétaire, conformiste et sans saveur — « du pain et des jeux », revendiquaient à grands cris les Romains juste avant que les « barbares » assènent le coup final à l’Empire.

     

    Le fait français peut disparaître au Québec et, avec lui, la pensée, la recherche et la création uniques qui se font ici ; les sièges sociaux de nos fleurons économiques s’envolent déjà ; les institutions et politiques forgées ici depuis 400 ans peuvent changer et disparaître ; la fédération canadienne peut également disparaître, de même que tous les traités qu’on a signés. L’« impermanence » est un concept fondamental du bouddhisme : tout change, rien n’est éternel.

     

    Le Québec francophone, minorité insulaire noyée dans une mer anglo-saxonne, n’est pas éternel, c’est même une espèce menacée à moyen terme, comme le sont les Cajuns de la Louisiane et les îlots francophones du ROC et de la Nouvelle-Angleterre. À Montréal, ma ville, l’anglais est sur le point de dominer comme langue d’usage. Le patrimoine mondial de l’humanité protège des monuments, des vestiges culturels, des sites exceptionnels. À quand une protection pour le patrimoine vivant de l’humanité ? Tient-on suffisamment à notre langue et à notre culture pour les faire vivre, et pas seulement survivre ?













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