Crimes haineux: prendre la parole ou se réfugier dans le silence?

Le Centre islamique de l'Outaouais à Gatineau a été vandalisé en janvier 2012
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le Centre islamique de l'Outaouais à Gatineau a été vandalisé en janvier 2012

Le Centre culturel islamique de Québec s’est tu pendant près d’un mois avant de dénoncer publiquement l’incendie criminel qui a ravagé la voiture de son président. Le silence était la meilleure chose pour faire progresser l’enquête, a soutenu le maire de Québec. Silence sans doute devenu intenable. « Ce que je comprends, c’est qu’en toute responsabilité, [le CCIQ] sentait qu’il ne devait plus garder le secret », a ajouté Régis Labeaume lors d’un point de presse.

 

Doit-on publiciser tout geste ou acte considéré comme haineux ? Mohamed Golli, président de l’Association culturelle islamique de l’Estrie, hésite. « On a eu trois ou quatre feux et des incidents, mais on n’a pas voulu mettre ça sur la place publique », a-t-il dit, appuyant toutefois la dénonciation de la CCIQ.

 

Et ce, même si les incidents étaient préoccupants, comme des menaces et des appels à la bombe, des tracts haineux… jusqu’à cette personne venue s’informer, à la mosquée de Sherbrooke, des périodes d’affluence des fidèles en mimant une kalachnikov balayant l’espace de gauche à droite. « C’est qu’on ne veut pas que ça serve d’exemple aux extrémistes. Et on ne veut pas que ça provoque l’anxiété de la communauté », a soutenu M. Golli, en précisant que ces incidents ont été rapportés à la police. Il constate que, bien souvent, mettre l’accent sur ces crimes haineux encourage la division au sein de la population.

 

Denise Helly, chercheuse à l’INRS et spécialiste des questions sur les crimes haineux et la discrimination, est plutôt partisane de l’entière transparence et croit que cacher les conflits, c’est le côté « un peu puritain de la société canadienne ». « Ça ne changera rien aux gens qui sont racistes et xénophobes. Mais les gens qui sont mi-figue mi-raisin et qui ne savent pas bien ce qui se passe peuvent se réveiller et trouver que ça ne se fait pas et qu’il faut empêcher ça », soutient-elle. Elle comprend le souhait d’« invisibilité » des milieux musulmans. « Ils ont peur pour leurs enfants et ne veulent pas attiser le conflit, mais je ne suis pas sûre que ce soit très payant, car voilà où on est rendus ! »

 

Crimes haineux en hausse

 

Les crimes haineux sont effectivement en hausse. Selon un rapport de Statistique Canada paru en juin dernier, leur nombre a augmenté de 5 % en 2015, surtout en raison du plus grand volume d’incidents touchant les groupes religieux et ethnoculturels, notamment les musulmans et les Arabes. « Selon les données compilées par les corps de police du Canada, 1362 affaires criminelles avaient pour motif la haine d’un groupe ou d’une communauté en particulier, soit 67 de plus qu’en 2014 », rapporte Statistique Canada.

 

Avec d’autres organisations de la société civile et des membres de la communauté, Haroun Bouazzi, coprésident de l’Association des musulmans et des Arabes pour la laïcité (AMAL-Québec), avait dénoncé l’inaction des autorités québécoises chargées de la sécurité publique. Il tient exactement le même discours aujourd’hui et exige une campagne publicitaire de sensibilisation. « On pense que, dans la ville de Québec comme dans le Québec en général, on doit avoir un plan de lutte contre la haine. Après tant d’années du gouvernement libéral au pouvoir, on peine à voir quelle sensibilisation au public on a fait pour contrer la haine. »

 

Pour Denise Helly, cette augmentation pourrait n’être que la pointe de l’iceberg. Raison de plus pour être parfaitement transparent et forcer les corps de police à traiter les cas de crimes haineux d’une manière particulière. « Tous les corps de police, et Toronto le fait bien, enregistrent les crimes haineux, mais ils n’enregistrent pas tous des données sur les victimes et les commettants, avance-t-elle. Ça fait longtemps qu’on chipote là-dessus, pourriez-vous sortir toutes les données ? Sinon, ce n’est qu’une politique de gestion de conflits. »

 

Répondant à la demande du milieu, le Service de police de la Ville de Montréal a finalement lancé son Module incidents et crimes haineux en mai 2016. Depuis le début de 2017, 125 signalements avaient été traités par les enquêteurs, rapportait ICI Radio-Canada le mois dernier, soit presque autant que dans toute l’année 2016. Le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) affirme pour sa part qu’il collige les statistiques sur les actes à caractère haineux. Ceux-ci ont été en augmentation en 2016.

9 commentaires
  • Daniel Bérubé - Abonné 31 août 2017 02 h 43

    Il est important...

    ... de ne pas voir l'ensemble du Québec ayant cette tendance aux crimes haineux, et ne pas juger ainsi tout le Québec dans son ensemble. Reconnaissons que la ville de Québec se classe à part en ce sens, la chose étant de plus en plus évidente, même si l'on ne considère que les résultats électoraux qui diffèrent généralement du reste du Québec (fédéral principalement), de même que l'attentat de janvier dernier, dont le silence sur cet attentat est parfois inquiétant...

    Serais-ce simplement dû à une région différente des autres, ou... influencée par certaines radios, ou plutôt UNE certaine radio invitant les citoyens à un raisonnement semblable ?

  • Jean-Marc Simard - Abonné 31 août 2017 06 h 25

    Pourquoi tant de haines ?

    Pourquoi cette montée de la haine ? Parce que l'afflux de plus en plus grand de migrants, encouragé surtout par le PLQ et le PLC crée une surpression énorme sur la population québécoise qui a l'impression de perdre tout pouvoir sur sa propre destinée. L'implantation forcée par nos gouvernants de nouvelles communautés culturelles aux valeurs identitaires très différentes de celles qui ont fait l'originalité de la société québécoise, les demandes de trop nombreux accommodements qui vont contre les habitudes et les moeurs du bien vivre ensemble habituel au peuple québécois, les multiples refus du Gouvernement libéral de légiférer sur la laïcité, font que beaucoup de Québécois se sentent acculer au pied du mur de leur propre identité, ne se sentent ni entendu ni écouté par ses politiciens, se sentent méprisé et attaqués par une certaine classe politique au profit d'un parti pris en faveur de certaines communautés culturelles qui refusent d'emblée d'appuyer leurs revendications légitimes auprès du gouvernement fédéral...Le peuple québécois a l'impression d'être trahi par une certaine classe politique, d'être l'objet d'une certaine vendetta contre sa culture et ses valeurs, de subir constamment un profond mépris contre ses racines profondes...Il y a une écoeurantite aiguë au sein de la population québécoise de se faire traiter de tous ce qu'elle n'est pas par ceux qui les dirigent, sans compter une injustice flagrante à condamner tous les magouilleurs et profiteurs du système en place... Si à cet imbroglio vous ajoutez le parti pris de certains politiciens ou parti politique en faveur de certaines communautés culturelles au détriment des volontés du peuple québécois, alors là vous avez tous les ingrédients qu'il faut pour alimenter une haine qui devient vite viscérale...Si ça continue le Québec pourrait vivre incessamment un immense chaos politique...Ne sous-estimez jamais le québécois de souche qui dort...Il pourrait vous surprendre...

    • Raymond Chalifoux - Abonné 31 août 2017 08 h 50

      .."...encouragé surtout par le PLQ et le PLC crée une surpression énorme..."

      "...les multiples refus du Gouvernement libéral de légiférer sur la laïcité, font que beaucoup de Québécois se sentent acculer au pied du mur de leur propre identité, ne se sentent ni entendu ni écouté par ses politiciens, se sentent méprisé et attaqués par une certaine classe politique au profit d'un parti pris en faveur de certaines communautés culturelles ..."

      "...un profond mépris contre ses racines profondes..." que vous dites…

      Or "dans mon livre à moé" comme dirait l'autre, dans "Les Boys", si les Québécois qui se sentent si menacés avaient le moindre courage, ils réclameraient à grands cris un référendum plutôt que de le craindre comme la peste. Et plutôt que de faire leurs coups pendables de nuit comme des trouillards d'ados, ils s'informeraient, iraient rencontrer l'autre. Mais, voilà, du coup ils perdraient toutes leurs craintes et leurs appréhensions!

      Non, on a ici affaire à des gueulards de taverne et d'Internet bien camouflés sous pseudonymes, qui font leurs dégueulasseries de nuit et probablement déguisés, c'est-à-dire habillés en pissous...

      Tous les Québécois ne sont pas comme ça? Ben voyons donc, c'est l'évidence même et les victimes de Québec et des alentours le savent fort bien!

      Et en passant, les flux migratoires, va falloir apprendre à vivre avec car ils ne feront qu'augmenter : Ceux qui n'ont rien ne se laisseront pas mourir sans tenter d'atteindre ces territoires ou les "trucks-à-vidange" qui fourmillent dans tous les coins, débordent d'excès de consommation… qu’on commence à ne plus savoir où mettre!

    • Gaétan Fortin - Abonné 31 août 2017 11 h 14

      Monsieur, le «Québécois de souche qui dort» est condamné à disparaître
      du fait de son très faible taux de natalité.
      Reste donc à accueillir avec sympathie l'étranger.

    • Jean-Marc Simard - Abonné 31 août 2017 13 h 29

      Il est vrai que le taux de natalité du québec est à la baisse...Il est vrai que le Québec aura besoin de plus d'immigrant...Mais a-t-on vraiment besoin d'importer des migrants dont les valeurs sont à l'opposé des nôtres, lesquels une fois reçu en ce pays se retournent contre les citoyens de leur pays hôte pour leur imposer leur propre valeur. Savez-vous que lors des audiences publiques sur le projet de loi 59 (Loi concernant la prévention et la lutte contre les discours haineux et les discours incitant à la violence) un Imam a demandé que soit inscrit dans la loi l'interdiction de rire d'une religion, c'est-à-dire de restreindre le droit de parole et de critiquer l'Islam...Voilà ce qui peut inciter au racisme...Le racisme c'est comme l'amour, il faut être deux pour le vivre...Il y a présentement des tentatives de prise de pouvoir politique de la part d'une certaine communauté culturelle avec la connivence du parti de Couillard qui incite au racisme et à la violence au sein des québécois de souche...Si on laisse faire, ce problème ne pourra aller qu'en grandissant...Les tenants de l'Islam ne sont pas tous blancs comme neige dans ce phénomène de montée du racisme systémique au Québec...Au contraire...

    • Marc Lévesque - Inscrit 31 août 2017 19 h 56

      "Mais a-t-on vraiment besoin d'importer des migrants dont les valeurs sont à l'opposé des nôtres, lesquels une fois reçu en ce pays se retournent contre les citoyens de leur pays hôte pour leur imposer leur propre valeur"

      On n'importe pas des immigrants. Les valeurs des immigrants ne sont pas opposées aux nôtres. Les immigrants ne se retournent pas contre nous. Les immigrants ne nous impose pas leurs propres valeurs.

      Autrement dit, pourquoi tant d'exagération.

  • Jean Lapointe - Abonné 31 août 2017 08 h 44

    Il faudrait aussi demander de quoi ça dépend

    «Doit-on publiciser tout geste ou acte considéré comme haineux ?» (Lisa Marie Gervais)

    La question se pose bien sûr mais il y a une autre question qu'il faut aussi se poser. S'il est vrai qu'il y a plus de crimes haineux qu'auparavant, ne faut-il pas se demander pourquoi il en serait ainsi?

    Que s'est-il passé au cours des dernières années au Québec et dans le monde qui pourrait expliquer le phénomène? Cela permettrait sûrement de mieux répondre à la question posée.

    Mais on dirait que dans certains mlieux on ne veut pas savoir d'où ça vient et j'ai l'impression, comme bien d'autres je pense que si on ne veut pas le savoir c'est parce que ça fait l'affaire de certaines personnes et de certains groupes parce que ça leur donne l'occasion de tenter de vendre leur salade.

    • Daniel Bérubé - Abonné 31 août 2017 12 h 00

      Vous dites: ..."S'il est vrai qu'il y a plus de crimes haineux qu'auparavant, ne faut-il pas se demander pourquoi il en serait ainsi?" Je crois que l'individualisme apporté par la société de surconsommation, amenant par le fait même la baisse du socialisme collectif pourrait y avoir une influence...

  • Marc Therrien - Abonné 31 août 2017 18 h 35

    Jeux d'éclairage, entre l'ombre et la lumière

    Dans les jeux d’esprits, l’échange de paroles et de silence est comparable au jeu d’éclairage animé des mouvements de l’ombre et de la lumière. Sur la grande scène de la vie, on se compromet autant par la parole que le silence, car il est impossible de ne pas communiquer en présences de personnes qui perçoivent et interprètent le réel afin de réduire leur niveau d’incertitude générateur d’inquiétude.

    Par la parole, on peut prendre l’initiative de l’interaction pour diriger l’attention sur la chose dévoilée pour mieux garder autre chose dans l’ombre. Dans cette situation-ci, le maintien du silence et du secret sert d’abord à démontrer que les personnes visées par les actes maîtrisent leurs émotions et ce faisant, enlèvent un peu de force au pouvoir que les autres veulent prendre sur elles. Ensuite, le dévoilement du secret amène les personnes qui veulent absolument savoir à projeter leurs peurs et désirs à travers l’expression de leurs interprétations et suppositions de la raison d’être de ce silence et secret. Elles se révèlent alors à elles-mêmes et aux autres une part de leur ombre. Les personnes les plus inquiètes qui tolèrent mal le silence en viennent à vouloir lire dans les pensées de leur interlocuteur silencieux pour décoder ses intentions cachées. Comme nul n’est complètement transparent à lui-même et aux autres, quoiqu’on dise ou ne dise pas, on est souvent mal interprété. L’impasse paranoïde, qui survient quand une hypothèse est aussi bien justifiée par une preuve que par une réfutation, devient intenable.

    Conséquemment, en l’absence de connaissance de la vérité, si on est incapable de suspendre son jugement dans l’attente de faits nouveaux, on choisit de croire ou de ne pas croire qui l’on veut. Pour choisir son camp, le critère de la réponse à «Qui dit vrai?» et à «Qui ment?» est alors la confiance ou la méfiance. On peut légitiment craindre un climat social délétère qui amènerait tout un chacun à se méfier de son voisin.

    Marc Therrien