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    Qui était Guy Blouin?

    Le mystère entoure le cycliste happé à mort par une voiture de police à Québec

    12 septembre 2014 | Isabelle Porter - à Québec | Ville de Québec
    Une photo est apparue mercredi parmi les fleurs et les messages à la mémoire de Guy Blouin.
    Photo: Renaud Philippe Le Devoir Une photo est apparue mercredi parmi les fleurs et les messages à la mémoire de Guy Blouin.

    Dans la capitale, tout le monde a entendu parler de Guy Blouin. Mais plus d’une semaine après son décès, l’homme qui est mort happé par une voiture de police demeure presque un mystère et sa famille préfère rester dans l’ombre.

     

    Le curé de l’église Saint-Roch, Jean Piché, est un peu embêté. Il s’est engagé à faire quelque chose de spécial pour Guy Blouin lors de la messe de mardi midi. Mais, comme la plupart des gens, il ignore presque tout de lui et ne connaît personne qui puisse venir en parler.

     

    « Pour le moment, ce qu’on va dire à la messe va revêtir un caractère assez général. On ne peut pas inventer des détails sur sa vie si on ne le connaît pas, dit-il. On aurait préféré que des membres de la famille demandent une prière. Mais pour le moment, ils n’en ont pas demandé. Ici du moins. Peut-être qu’ils en ont demandé ailleurs, mais on n’est pas au courant. »

     

    Ce sont les habitués du parvis qui lui ont demandé de faire quelque chose, explique Jean Fortin, l’homme au chapeau qu’on a vu beaucoup dans les médias ces derniers jours. « On a voulu organiser une messe commémorative pour mettre fin à l’histoire. On veut conclure pour que ça arrête un peu », dit-il en parlant des curieux et des médias qui sont désormais beaucoup plus présents que les policiers.

     

    « Mardi prochain, on va en profiter en même temps pour défaire le mausolée qu’on a construit. On va inviter le monde à prendre un objet pour rentrer dans l’église et faire un petit autel. »

     

    Autour de ce « mausolée », une nouvelle photo est apparue mercredi parmi les fleurs et les messages. Celle d’un homme jeune souriant qui semble dater. Lors du passage du Devoir, les habitués et témoins de l’accident n’arrivaient pas à se mettre d’accord pour dire s’il s’agissait vraiment de M. Blouin. « C’est pas le monsieur que j’ai vu à terre. Pas pantoute », nous disait l’un d’eux.

     

    Jean Fortin raconte qu’il avait parlé à la tante de Guy Blouin et qu’elle s’était justement engagée à venir porter une photo. « Il n’avait pas trop l’air familial parce que ça faisait une couple d’années que sa tante l’avait pas vu », dit-il.

     

    La famille, qui est restée loin des caméras, était aussi venue déposer un message près des autres au lendemain de sa mort. « Tu es parti trop tôt, on t’aime Guy. Ta famille. » M. Fortin raconte que c’est le fils du défunt qui est venu le déposer. « Il disait qu’il ne le voyait pas souvent non plus. »

     

    Solitude sociale

     

    La plupart des habitués de la place disent qu’ils ne le connaissaient pas. Le Devoir a néanmoins fini par rencontrer un homme qui le côtoyait régulièrement. Paul (nom fictif), 52 ans, raconte que Guy Blouin l’avait approché pour qu’il lui trouve des « peanuts » (des amphétamines).

     

    Il le connaissait depuis quatre ans. « Je sais qu’il avait un dossier criminel et que les policiers arrêtaient pas de l’achaler. » Il ajoute que Guy « avait un bon travail » dans le milieu de la construction. « Il travaillait très bien, il a même pas perdu sa job. »

     

    Il habitait dans Saint-Roch et venait faire son tour au parvis quand il n’avait pas de contrats. Paul le décrit comme un « gars tranquille », ce qui étonne à la lumière de ses relations apparemment très tendues avec les policiers.

     

    Ils se « tenaient ensemble », mais ne parlaient pas vraiment de choses personnelles, explique-t-il. Quand même, après son décès, il est entré en contact avec la famille. « Avant-hier [lundi], j’ai parlé avec sa soeur Sylvie. Elle était traumatisée et ne voulait pas venir ici. »

     

    Pour le reste, il n’en sait guère plus. Quand on lui demande quel caractère son ami avait, il répond simplement « très bon ».

     

    En raison des circonstances, la mort de Guy Blouin est loin d’être passée inaperçue. Mais comme le rappelle l’abbé Piché, ce n’est pas toujours le cas.

     

    « Je ne sais pas si vous le savez, mais le groupe de Gilles Kègle [l’infirmier de rue], deux fois par année, ils font des funérailles pour les gens qui sont morts sans famille, qui n’ont de liens déclarés avec personne. Ça totalise souvent 25 personnes, dit-il. Ça veut dire que chaque année, il y a 25 personnes dans les environs du centre-ville qui meurent complètement seules, ou du moins dont la famille ne se manifeste pas. »

     

    La prochaine messe des oubliés organisée par la Fondation Gilles Kègle doit avoir lieu le 10 octobre prochain. Quant à la petite cérémonie pour Guy Blouin, elle aura lieu le mardi 16 septembre, pendant la messe habituelle du midi à l’église Saint-Roch, à partir de 11 h 50.













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