«Je n’ai jamais intimidé personne», se défend Gaétan Barrette

Le ministre de la Santé Gaétan Barrette a attesté jeudi n’avoir «jamais intimidé personne».
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre de la Santé Gaétan Barrette a attesté jeudi n’avoir «jamais intimidé personne».

Le ministre de la Santé Gaétan Barrette a affirmé jeudi n’avoir « jamais intimidé personne » et a attribué au « hasard » sa tentative d’abolir l’un des principaux champs de pratique de trois de ses ex-collègues radiologistes.

Cinq syndicats du milieu de la santé l’ont néanmoins sommé de « changer d’approche » immédiatement.

« Il y a des choses qui sont rapportées qui sont totalement hors contexte, qui sont très passées », a affirmé le ministre Barrette, en réaction à un article de La Presse dans lequel dix personnes lui reprochent ses méthodes brusques et dénigrantes.

L’article présente notamment un extrait audio d’une conversation qui a eu lieu en 2009 entre Gaétan Barrette et son collègue de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont Robert Filion. « T’as pas été capable de contrôler cet esti de trou de cul là. Sers-toi donc de ta tête Robert ! » lance le Dr Barrette. « J’en ai des montagnes contre vous autres, crisse que ça va être laid », ajoute celui qui est ministre de la Santé depuis avril 2014.

À l’époque, en 2009, la femme de Gaétan Barrette — elle aussi radiologiste — a intenté une poursuite pour harcèlement et atteinte à la réputation contre l’ensemble de ses collègues de Maisonneuve-Rosemont, à l’exception de son mari. L’affaire s’est retournée contre elle. Non seulement a-t-elle été déboutée mais elle a aussi été condamnée à dédommager ses collègues en raison d’une poursuite que le juge a qualifiée d’abusive.

C’est vrai que dans le département dans lequel on était, il y avait une certaine tension, et je peux vous dire que du langage de ce type-là, ça se disait

Un climat de « tension »

« C’est vrai que dans le département dans lequel on était, il y avait une certaine tension, et je peux vous dire que du langage de ce type-là, ça se disait », a reconnu jeudi le ministre Barrette. « Je n’ai jamais intimidé personne », a-t-il cependant assuré.

L’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé, les Fédérations des médecins spécialistes et omnipraticiens du Québec, la Fédération des médecins résidents du Québec et l’Association des gestionnaires des établissements de santé ont néanmoins dénoncé « l’intimidation, le dénigrement et l’abus de pouvoir » qui caractérisent selon eux l’approche du ministre.

Ces gestes « sont en parfaite contradiction avec les besoins des patients, avec les attentes de la population du Québec », ont-ils déclaré.

Gaétan Barrette a reconnu que certains des gestes qu’il a posés ont pu être perçus comme relevant de l’intimidation. Mais il a refusé de dire s’il regrettait d’avoir blessé certaines personnes. « Vous n’avez pas le contexte ni la situation dans laquelle ça s’est produit », a-t-il affirmé.

Une « fatwa » contre d’ex-collègues

Les radiologistes qui se sont confiés à La Presse reprochent à Gaétan Barrette de se servir de ses pouvoirs de ministre pour leur retirer leur champ principal de pratique : l’échographie cardiaque. Cet acte médical est surtout pratiqué par trois ex-collègues du ministre de la Santé à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont de Montréal.

« Nous sommes sous le coup d’une fatwa, a rapporté l’un de ces médecins spécialistes, Stéphane Carignan. M. Barrette a dit qu’il nous détruirait et a mis ses menaces à exécution. »

Le ministre s’est défendu d’avoir ciblé ses ex-collègues. « C’est un hasard, oui, tout à fait », a-t-il dit. « Y a-t-il lieu de continuer de faire des actes qui pour les radiologues sont inutiles, et qui sont faits par d’autres qui ont la compétence ? » a-t-il demandé.

Selon lui, les propos rapportés dans l’article illustrent surtout le fait qu’il y a eu « des tensions » dans le département de radiologie, qu’il dirigeait. « Et c’était bidirectionnel », a-t-il fait valoir.

Philippe Couillard interpellé

Les députés de l’opposition ont tenté, en vain, d’obtenir le désaveu du premier ministre Philippe Couillard à l’endroit de son ministre de la Santé.

« Est-ce que le premier ministre condamne son ministre de la Santé, qui a utilisé ses pouvoirs pour mener une vendetta personnelle au détriment de la santé des Québécois ? » a demandé la députée péquiste Agnès Maltais. Elle a comparé le ministre Barrette à un « matamore » qui veut « accomplir une vengeance personnelle ».

Gaétan Barrette doit être rappelé à l’ordre, a aussi déclaré le député caquiste Éric Caire. « C’est quelqu’un qui a besoin d’être contrôlé et je pense que c’est au premier ministre de s’assurer que son ministre de la Santé ne dépasse pas les limites », a-t-il affirmé.

La co-porte-parole de Québec solidaire Manon Massé s’est dite « scandalisée » par les révélations. « Déjà, on demandait son départ, alors vous comprendrez que c’est la goutte qui fait déborder le vase », a-t-elle déclaré.

Avec Dave Noël

12 commentaires
  • Hermel Cyr - Abonné 7 décembre 2017 12 h 40

    Un intimidateur vulgaire !

    J’en reviens pas de la vulgarité des propos tenus par Gaétan Barrette à ses collègues. Ce ont les propos d’un voyou! C’est un personnage toxique qui depuis qu’il est ministre à tout fait pour mettre sous sa coupe un système de santé de plus en plus en crise.

    Ce qu’on lit aujourd’hui dans la presse le rend indigne d’occuper une fonction d’autorité dans un gouvernement. Si le PM Couillard ne le démet pas de ses fonctions, j’espère que les électeurs de La Pinière lui montreront la porte clairement et simplement.

  • Michel Lebel - Abonné 7 décembre 2017 12 h 44

    Assez navrant!


    Pas très joli tout cela; le tout dans un langage assez peu académique. Faut-il en conclure que le style, c'est l'homme. Si oui, ici c'est plutôt navrant!

    M.L.

  • Christian Montmarquette - Inscrit 7 décembre 2017 14 h 55

    Deux poids deux mesures

    Sur la foi de témoignages non-assermentés on écarte un professeur de théâtre (il aurait même sacré, dit-on) de son enseignement, mais pour des propos grossiers, blessant et vindicatifs on garde un puissant Ministre hargneux ayant une véritable capacité de nuire.

    Si vous y comprenez quelque chose, faites-moi signe.

    NB/Cm

    • Josée Duplessis - Abonnée 9 décembre 2017 08 h 39

      Pour une fois je suis entièrement d'accord avec vous M. Montmarquette.

  • Jocelyne Bellefeuille - Abonnée 7 décembre 2017 17 h 17

    Peut-être que...

    Connaissant le tempérament sanguin de ce ministre de la santé, on peut "supposer" que ce soit "possible". Je fais attention à mes mots. Comme ces médecins sont sous sa tutelle, il est difficile pour eux de prendre des actions pour que cela cesse.

    Je crois que c'est à un premier ministre, digne de ce nom, à faire la lumière pcqu'il y a vraiment matière à vérification. Il n'y a jamais de fumée sans feu. Présentement, la boucane est trrrès présente. Est-ce qu'il aura ce courage ??

    Sinon, ce sera effectivement aux électeurs de son comté à décider.

  • Denis Larose - Abonné 7 décembre 2017 23 h 07

    Pour une fois il a raison

    en tant que cardiologue à la retraite, je reconnais que le cardiologue est beaucoup mieux placé pour faire l'échocardiographie. En questions de coeur, il faut agir vite, et mieux que celui qui fasse l'ultrason puisse agir directement et rapidement au besoin sans atteindre deux semaines pour un rapport d'un radiologue. Je me souviens d'un cas de douleur thoracique déchirante d'un touriste français arrivant à Gatineau de Mirabel. Il avait une dissection de l'aorte (une déchirure si l'on veut) qui aurait pu être mortelle si on n'avait pas fait immédiatement le diagnostic et transférer au milieu de la nuit le patient à l'Institut de cardiologie de l'Université d'Ottawa pour une chirurgie d'urgence. Les radiologue font sougent du 9 à 4. Toutefois son vocabulaire n'aide pas du Dr Barrette, mais cela date de quelques années déjà.

    • Marc Lévesque - Inscrit 8 décembre 2017 18 h 03

      "je reconnais que le cardiologue est beaucoup mieux placé pour faire l'échocardiographie"

      Ça ne va pas de soi, et il y des avis contraire au votre.

      "Les radiologue font sougent du 9 à 4"

      Les cardiologues aussi.