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    «Je n’ai jamais intimidé personne», se défend Gaétan Barrette

    Des syndicats dénoncent l’approche du ministre de la Santé basée sur «l’intimidation, le dénigrement et l’abus de pouvoir»

    8 décembre 2017 | Marie-Michèle Sioui - Correspondante parlementaire à Québec | Québec
    Le ministre de la Santé Gaétan Barrette a attesté jeudi n’avoir «jamais intimidé personne».
    Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre de la Santé Gaétan Barrette a attesté jeudi n’avoir «jamais intimidé personne».

    Le ministre de la Santé Gaétan Barrette a affirmé jeudi n’avoir « jamais intimidé personne » et a attribué au « hasard » sa tentative d’abolir l’un des principaux champs de pratique de trois de ses ex-collègues radiologistes.

     

    Cinq syndicats du milieu de la santé l’ont néanmoins sommé de « changer d’approche » immédiatement.

     

    « Il y a des choses qui sont rapportées qui sont totalement hors contexte, qui sont très passées », a affirmé le ministre Barrette, en réaction à un article de La Presse dans lequel dix personnes lui reprochent ses méthodes brusques et dénigrantes.

     

    L’article présente notamment un extrait audio d’une conversation qui a eu lieu en 2009 entre Gaétan Barrette et son collègue de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont Robert Filion. « T’as pas été capable de contrôler cet esti de trou de cul là. Sers-toi donc de ta tête Robert ! » lance le Dr Barrette. « J’en ai des montagnes contre vous autres, crisse que ça va être laid », ajoute celui qui est ministre de la Santé depuis avril 2014.

     

    À l’époque, en 2009, la femme de Gaétan Barrette — elle aussi radiologiste — a intenté une poursuite pour harcèlement et atteinte à la réputation contre l’ensemble de ses collègues de Maisonneuve-Rosemont, à l’exception de son mari. L’affaire s’est retournée contre elle. Non seulement a-t-elle été déboutée mais elle a aussi été condamnée à dédommager ses collègues en raison d’une poursuite que le juge a qualifiée d’abusive.

    C’est vrai que dans le département dans lequel on était, il y avait une certaine tension, et je peux vous dire que du langage de ce type-là, ça se disait
    Le ministre québécois de la Santé, Gaétan Barrette

    Un climat de « tension »

     

    « C’est vrai que dans le département dans lequel on était, il y avait une certaine tension, et je peux vous dire que du langage de ce type-là, ça se disait », a reconnu jeudi le ministre Barrette. « Je n’ai jamais intimidé personne », a-t-il cependant assuré.

     

    L’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé, les Fédérations des médecins spécialistes et omnipraticiens du Québec, la Fédération des médecins résidents du Québec et l’Association des gestionnaires des établissements de santé ont néanmoins dénoncé « l’intimidation, le dénigrement et l’abus de pouvoir » qui caractérisent selon eux l’approche du ministre.

     

    Ces gestes « sont en parfaite contradiction avec les besoins des patients, avec les attentes de la population du Québec », ont-ils déclaré.

     

    Gaétan Barrette a reconnu que certains des gestes qu’il a posés ont pu être perçus comme relevant de l’intimidation. Mais il a refusé de dire s’il regrettait d’avoir blessé certaines personnes. « Vous n’avez pas le contexte ni la situation dans laquelle ça s’est produit », a-t-il affirmé.

     

    Une « fatwa » contre d’ex-collègues

     

    Les radiologistes qui se sont confiés à La Presse reprochent à Gaétan Barrette de se servir de ses pouvoirs de ministre pour leur retirer leur champ principal de pratique : l’échographie cardiaque. Cet acte médical est surtout pratiqué par trois ex-collègues du ministre de la Santé à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont de Montréal.

     

    « Nous sommes sous le coup d’une fatwa, a rapporté l’un de ces médecins spécialistes, Stéphane Carignan. M. Barrette a dit qu’il nous détruirait et a mis ses menaces à exécution. »

     

    Le ministre s’est défendu d’avoir ciblé ses ex-collègues. « C’est un hasard, oui, tout à fait », a-t-il dit. « Y a-t-il lieu de continuer de faire des actes qui pour les radiologues sont inutiles, et qui sont faits par d’autres qui ont la compétence ? » a-t-il demandé.

     

    Selon lui, les propos rapportés dans l’article illustrent surtout le fait qu’il y a eu « des tensions » dans le département de radiologie, qu’il dirigeait. « Et c’était bidirectionnel », a-t-il fait valoir.

     

    Philippe Couillard interpellé

     

    Les députés de l’opposition ont tenté, en vain, d’obtenir le désaveu du premier ministre Philippe Couillard à l’endroit de son ministre de la Santé.

     

    « Est-ce que le premier ministre condamne son ministre de la Santé, qui a utilisé ses pouvoirs pour mener une vendetta personnelle au détriment de la santé des Québécois ? » a demandé la députée péquiste Agnès Maltais. Elle a comparé le ministre Barrette à un « matamore » qui veut « accomplir une vengeance personnelle ».

     

    Gaétan Barrette doit être rappelé à l’ordre, a aussi déclaré le député caquiste Éric Caire. « C’est quelqu’un qui a besoin d’être contrôlé et je pense que c’est au premier ministre de s’assurer que son ministre de la Santé ne dépasse pas les limites », a-t-il affirmé.

     

    La co-porte-parole de Québec solidaire Manon Massé s’est dite « scandalisée » par les révélations. « Déjà, on demandait son départ, alors vous comprendrez que c’est la goutte qui fait déborder le vase », a-t-elle déclaré.

     

    Avec Dave Noël













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