Le PLQ songe à ne pas adopter de loi sans mesurer ses effets sur les anglophones

Le premier ministre Philippe Couillard tend la main aux anglophones du Québec, qu'il tient à appeler «Québécois de langue anglaise». 
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le premier ministre Philippe Couillard tend la main aux anglophones du Québec, qu'il tient à appeler «Québécois de langue anglaise». 

La Commission politique du Parti libéral du Québec (PLQ) prend à bras-le-corps les préoccupations des troupes de Philippe Couillard pour le sort des Québécois anglophones : elle suggère au gouvernement du Québec de se préoccuper des « citoyens d’expression anglaise » lors de l’élaboration de « tout nouveau projet de loi ou règlement ».

 

Dans un souci de « maximiser » la participation des citoyens d’expression anglaise à « l’avancement de la société québécoise », la Commission politique présente cinq résolutions concernant les anglophones. Ces résolutions feront l’objet d’un débat et d’un vote de la part des membres du PLQ, qui se réunissent en congrès à Québec du 24 au 26 novembre.

 

L’une d’elles suggère que le gouvernement du Québec s’assure « d’évaluer, lors de l’élaboration de tout nouveau projet de loi ou règlement, l’impact de ceux-ci sur les citoyens d’expression anglaise et d’inclure à tout nouveau projet de loi, règlement ou politique des dispositions qui les concernent ».

 

La Commission politique propose aussi de s’assurer « d’avoir une représentativité des personnes issues de ces communautés [anglophones] au sein de la fonction publique et des instances décisionnelles ». Elle suggère également de mandater l’Institut de la statistique du Québec afin qu’il collige « davantage de données et [établisse] un portrait clair et précis de leurs caractéristiques sociodémographiques et des enjeux particuliers qu’ils vivent, notamment ceux qui concernent l’accès aux services publics et au marché de l’emploi ».

 

La main tendue des libéraux

 

Les résolutions suivent une série de gestes faits par le gouvernement Couillard afin de tendre la main aux anglophones du Québec, que le premier ministre tient à appeler « Québécois de langue anglaise ». « We need you », leur disait-il en août, dans son discours de clôture du congrès des jeunes libéraux. « Votre présence est nécessaire, désirée. Nous avons besoin de vous pour construire un meilleur avenir pour tous les Québécois », lançait-il en anglais.

 

Le mois dernier, dans une décision marquant une volte-face de sa part, le premier ministre a nommé la ministre Kathleen Weil responsable « des relations avec les Québécois d’expression anglaise ». Philippe Couillard, qui était opposé depuis 2013 à une telle nomination — sous prétexte qu’elle diviserait les Québécois — a reconnu s’être auparavant trompé. « Quand j’ai rencontré les communautés de langue anglaise, notamment en région, j’ai constaté de leur part, outre une inquiétude, un éloignement, l’impression qu’ils n’ont pas accès aux services publics comme citoyens québécois », a-t-il expliqué au lendemain de son remaniement.

 

Le leader de son gouvernement, Jean-Marc Fournier, s’est aussi inquiété de la survie de la minorité anglophone québécoise vivant à l’extérieur de Montréal. En juin, les médias ont révélé qu’il avait interpellé la ministre fédérale Mélanie Joly au sujet des risques d’assimilation auxquels les anglophones du Québec s’exposent, à son avis.

 

Inspiration caquiste

 

Le 33e Congrès des membres du PLQ sera aussi l’occasion pour la Commission politique de présenter deux résolutions reprenant des idées mises en avant par la Coalition avenir Québec (CAQ). L’une d’elles rappelle un souhait formulé en 2016 par le chef caquiste, François Legault, qui avait dit vouloir rendre l’école obligatoire jusqu’à 18 ans ou jusqu’à l’obtention d’un diplôme.

 

La proposition suggère d’augmenter l’âge d’instruction obligatoire à l’âge de la majorité, mais uniquement « pour les élèves qui n’ont pas obtenu de diplôme d’études secondaires ou de formation professionnelle ». Cette avenue a déjà été évoquée par le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, qui s’est engagé dans sa Politique de réussite éducative à « analyser la possibilité de rendre l’école obligatoire jusqu’à 18 ans, ou jusqu’à l’obtention d’un premier diplôme ou d’une première qualification ».

 

Toujours dans le cahier consignant les 200 propositions de sa résolution-cadre, la Commission politique suggère de modifier le Code civil du Québec « de manière à prévoir l’imprescriptibilité des recours civils intentés par les victimes d’agressions sexuelles ». C’est précisément ce que réclame le député caquiste Simon Jolin-Barrette dans un projet de loi qu’il a déposé en mars 2016, et que le gouvernement refuse d’appeler.

 

La Commission politique du PLQ suggère par ailleurs d’instaurer un recours civil accéléré pour les victimes d’agressions sexuelles et d’investir davantage dans la maîtrise du « français technique » chez les immigrants, afin d’augmenter « l’employabilité des immigrants qualifiés qui parlent déjà le français ».

  • Yves Côté - Abonné 15 novembre 2017 04 h 27

    Clair...

    Monsieur Couillard et le clan politique qui a pris le pouvoir à Québec donne ici la juste mesure de ses intentions.
    Clair ici que nous assistons à une nouvelle tentative d'embrouiller toujours un peu plus les concepts, de manière à entretenir le trouble identitaire croissant dans lequel les Québécois ont été jeté depuis plus de deux siècles et demi de britanisme.
    Et ce, en se servant de leur attachement culturel reconnu pour le respect de l'autre.
    Etre d'identité québécoise n'est pas plus déterminée par la langue maternelle, que par la couleur de la peau ou la pratique religieuse. Pas même que par le lieu de naissance d'ailleurs…
    Etre Québécois ou Québécoise, c'est d'affirmer que l'existence historique et la présence continue et déterminante de notre société nord-américaine est si particulière, qu'elle fonde entièrement et à elle seule la légitimité politique de notre majorité sur notre territoire.
    D'ailleurs, c'est en cela que de ne pas le faire ou pire, que de lutter activement contre cette idée fondamentale à l'exemple de ce que font Monsieur Couillard et son gouvernement au quotidien, détermine dorénavant (ou s'oppose dorénavant à...) l'identité canadienne des individus.
    La nationalité, la domiciliation et l'identité collective ou individuelle sont des concepts si différents que de les confondre est l'aveu soit d'une ignorance, soit d'une duplicité politique.
    Ce qu'en font depuis plus d'un demi-siècle et de manière croissante les politiciens qui se rattachent au Canada n'est rien d'autre qu'une stratégie honteuse de destruction du sentiment d'appartenance d'un peuple à son territoire mais surtout, à une personnalité collective qui malgré le dépouillement identitaire systématique dont elle est la cible depuis deux siècles et demi, persiste.
    Caractère d'une canadianité dont notre peuple était fièrement porteur jusqu'à ce que le nom de Canadiens, Canayens…, ne soit changé en signification.
    Et dorénavant au point de s'opposer à son sens premier.

    VLQL !

    • Yves Côté - Abonné 15 novembre 2017 10 h 13

      Il y a des matins où les choses vont trop vites.
      ALors, hum...
      Relecture phrase une : ...qui ont pris le pouvoir à Québec donnent ici la juste mesure de leurs...
      Re-hum plus loin : ...que l'existence historique et la présence continue et déterminante de notre société nord-américaine sont si particulières, qu'elles fondent entièrement et à elles seules...
      Et re-re-hum encore plus loin : ...déterminent dorénavant (ou s'opposent dorénavant à...) l'identité canadienne...

      Mes excuses donc à celles et ceux qui me font l'honneur de me lire.

    • Raynald Collard - Abonné 15 novembre 2017 12 h 15

      Je suis tombé de mon lit ce matin en lisant ce titre. ''C'tu ça du racisme systémique quand on priviégie un groupe social!?!"Puis je me suis calmé, j'ai réfléchi. Si la minorité anglophone souffre de racisme sytémique, le PLQ en serait-il en grande partie responsable, n'est-ce pas, puisqu'il fête cette année ses 150 ans de fondation et qu'il a exercé le pouvoir une bonne partie de cette période?

      Étonnant! comme dirait Charles Tisseyre de sa voix douce et un peu traînante. Étonnant comme ce gouvernement qui a si mal défendu les intérêts des Québécois francophones depuis 2014 et qui est tombé dans des crises d'épilepsie politique chaque fois que le nez identitaire sortait le nez, soudain, se découvre une "cause" identitaire. Étonnannnnt.

    • Serge Lamarche - Abonné 15 novembre 2017 14 h 35

      La position d'Yves Côté n'est pas claire. Quoi? VLQL bilingue? Un mini Canada?
      La position du PLQ serait bien acceptable si la même chose se produisait pour le Canada au complet. Présentement, le côté anglais semble plutôt examiner et mettre en place toutes les mesures possibles pour nuire au côté français.

    • Robert Beauchamp - Abonné 15 novembre 2017 16 h 09

      Il va consulter les anglophnes alors qu'il ne nous consulte même pas. On sait où logent ses maîtres comme tout bon colonisé.

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 15 novembre 2017 18 h 29

      Transportons-nous deux secondes en Ontario ou pire en Alberta et prêtons ces paroles de Couillard aux premiers ministres de ces provinces respectives par rapport à leur minorité francophone :

      Levées de boucliers non seulement de la majorité anglaise, mais aussi des autres minorités non francophones. Ils seraient rapidement mis à leur place par les instances de leur parti respectif et par les électeurs. Les journaux et les autres médias se défouleraient à qui mieux mieux.

      Décidément, on est vraiment distinct au Québec. Bon comme du bon pain. Et quand on est né pour un petit pain, un premier ministre comme le Couillard peut dire des énormités comme ça et peut se dire que c'est même politiquement rentable.

    • Yves Côté - Abonné 16 novembre 2017 02 h 42

      Monsieur Lamarche, merci pour votre interpellation.
      Mais je pense que vous m'avez décidément très mal lu...
      D'abord, sur la clarté de mon point de vue et ma position politique, si un éditeur québécois ou français courageux finissait par se présenter (mais ici comme ailleurs je pense qu'il faudrait que ce soit une éditrice pour que ce courage existe) pour publier les textes plus disserts que j'écris, vous comprendriez peut-être un peu mieux ceux-ci.
      Mais bon, il faut tout de même constater que par les temps qui courent, les éditrices ont bien d'autres chats à fouetter...
      Ensuite, j'admets volontier que de s'intéresser à la question de la liberté politique d'un petit peuple d'Amérique qui ne manque de rien pour être heureux, sauf de ne plus en finir d'agoniser culturellement et linguistiquement sous les idées préconçues anglophiles et consuméristes qui ne cessent de progresser partout, n'est pas très sexy comme idée pour devenir un éditeur ou une éditrice sous éclairage médiatique.
      Mais c'est pas grave parce que sans doute de ces incapacités chroniques que les Canadiens attribuent aujourd'hui aux Québécois comme il le faisait hier aux Canayens, je n'ai jamais pu apprendre à devenir définitivement muet.
      Bien que je puisse me renfrogner et me taire parfois.
      Heureusement pour moi que Le Devoir et son sens profond de la démocratie existe !

      Salutations et oui Monsieur, pour moi : Vive le Québec libre !

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 15 novembre 2017 04 h 28

    Cela est normal et inquiétant à la fois

    Le peuple angloQuébécois est une partie importante de la nation québécoise. Il est normal que l’Etat cherche à connaître les effets de ses politiques sur ce peuple et en tenir compte.

    Cela devrait être le cas pour tous les autres peuples du Québec.

    Ce qui est inquiétant, c’est ce que suggère ce texte. Il serait inacceptable de donner à cette minorité un droit de véto sur les politiques gouvernementales québécoises.

    Je ne vois pas comment l’ethnie dominante du Canada peut adopter sans nous une nouvelle constitution et comment cette ethnie dominante, lorsqu’elle se retrouve minoritaire dans une province, avoir un droit de véto, sans conclure que nous vivons dans un régime colonial au sein duquel les colonisateurs sont les angloCanadiens et les colonisés, les francoQuébécois.

    • Yves Côté - Abonné 15 novembre 2017 10 h 17

      Monsieur, je vous invite bien amicalement à lire la définition du mot peuple...
      Et ce, dans le dictionnaire que vous voulez.
      Votre perception des choses en sera moins parcellaire que ce qu'elle est, selon moi.
      Et tous nous nous en porterons sans doute mieux...

      Sans rancune, je l'espère.

    • Pierre Vaillancourt - Abonné 15 novembre 2017 11 h 14

      Il me semble qu'il n'y a qu'un seul peuple québécois parmi lequel on retrouve différents groupes linguistiques.

      Les québécois francophones constituent, pour le moment du moins, le groupe linguistique majoritaire au sein du peuple québécois.

      Je me trompe ?

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 15 novembre 2017 12 h 23

      À Pierre Vaillancourt :

      Vous ne vous trompez pas parce qu’il y a différentes manières de définir ce qu’est un peuple, une nation et un pays.

      Dans les nations mono-ethniques, la nation n’est formée que d’un seul peuple, par définition. Dans mon esprit, la nation québécoise est formée de tous les peuples qui habitent le territoire national; les peuples autochtones, le peuple francoQuébécois et le peuple angloQuébécois.

      Autrement, si le peuple québécois est un, que veut dire ‘peuples autochtones’ ?

  • Pierre Deschênes - Abonné 15 novembre 2017 06 h 10

    Jupon électoral

    En plus du milliard en baisses d'impôts que, semble-t-il, le gouvernement du Québec s'apprête à annoncer incessamment, ces nouvelles mesures d'atténuation de supposés impacts délétères sur le sort de la communauté anglophone font en sorte que le jupon électoral dépasse, pourrait-t-on dire, presque les limites. Dans les cas spécifique de ces "Québécois de langue anglaise", comme tient à les appeler le premier ministre, on voit qu'il tient à assurer le fameux vote monolithique de leur communauté dont les sondages disent qu'il pourrait cette fois être plus volatile.

  • Patrick Daganaud - Abonné 15 novembre 2017 07 h 15

    Propagande électoraliste libérale

    Les Anglophones du Québec sont déjà honorablement traités, sur un pied d'égalité avec les citoyens d'expression française.

    L'objectif libéral est purement électoraliste : les libéraux passent plus de temps à cogiter comment manipuler pour se faire réélire qu'à gouverner.

    Le gouvernement du Québec se devrait d’évaluer, lors de l’élaboration de tout nouveau projet de loi ou règlement, l’impact de ceux-ci sur
    la survie des citoyens d’expression française
    et d’inclure à tout nouveau projet de loi, règlement ou politique des dispositions qui les concernent...

    La stratégie des libéraux est celle d'une inexorable assimilation des citoyens d’expression française par le truchement manipulatoire des minorités en maximisant les droits de ces dernières et en diminuant ceux de la majorité.

  • Lise Bélanger - Abonnée 15 novembre 2017 07 h 35

    Ça s'appelle: la partition du Québec.

    Ça s'appelle: isolons les québécois de souche.

    Ça s'appelle: divisons pour étouffer les québécois francophones. leur prouver qu'ils ne sont plus en terre(province)française au Québec.

    Les anglophones ne sont pas des vicitimes au Québec. D'autant plus qu'ils ont plus de chance au niveau du travail en étant anglophone unilingue plutôt que francophone unilingue à Montréal.

    Le manque de respect des anglophones envers le peuple québécois est à dénoncer: ils ne veulent pas être laissés avec ces québécois de souche. Ils ont le droit de clamer leur mépris, non seulement sans remontrance mais avec de l'encouragement.

    M. Couillard n'a qu'un leitmotiv: rendre les québécois francophones minoritaires et insignifiants au niveau politique.

    On a plus le droit d'être fier d'être québécois et de vouloir vivre dans notre culture avec les autres, que les autres nous respectent et s'intègrent. Cela est une vision passéiste pour M.Couillard et probablement pour Mme Plante également.

    • Serge Lamarche - Abonné 15 novembre 2017 14 h 44

      Le pouvoir allant aux lèche-bottes francophones envers les anglophones n'est pas une nouveauté. Ça fonctionne comme ça depuis la conquête. Ce n'est que depuis les années soixante que les francophones se sont tenus debout. Doit-on vraiment prendre les anglais en pitié, maintenant?