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    Perspectives

    Tout est une question de ton

    Comment les partis politiques s’ajustent à un an des élections à date fixe

    30 septembre 2017 | Marco Bélair-Cirino - Correspondant parlementaire à Québec | Québec
    Le premier ministre Philippe Couillard s’adresse aux journalistes lors de son passage à l’usine de Bombardier de Mirabel, le 28 septembre dernier.
    Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Le premier ministre Philippe Couillard s’adresse aux journalistes lors de son passage à l’usine de Bombardier de Mirabel, le 28 septembre dernier.

    Plus d’un a été étonné de la fougue avec laquelle le premier ministre Philippe Couillard a défendu au fil des derniers jours le programme de la CSeries de Bombardier face aux tirs protectionnistes du gouvernement Trump.

     

    « Le monde entier sait que vous fabriquez le meilleur avion au monde. Le monde entier le sait. Comme Québécois, je suis fier de ça en tabarnouche », a-t-il lancé devant des dizaines d’employés de l’usine de Bombardier à Mirabel, jeudi. L’éclat d’un appareil du fleuron québécois vendu à la compagnie aérienne Swiss rejaillissait sur lui. « Pas un boulon, pas une pièce, pas un avion » du géant américain Boeing ne franchira les frontières du Québec, a promis le premier ministre, invitant les travailleurs rassemblés devant lui à le répéter. « Envoye ! » Le chef du Parti libéral du Québec n’était pas vêtu d’un t-shirt arborant le slogan « Québec first  », mais c’était tout comme.

     

    M. Couillard a promis d’être sur la première ligne pour défendre l’économie ouverte dans laquelle évolue le Québec — celle-là même qui a permis la vente du quincaillier québécois Rona à l’américaine Lowe’s.

     

    Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, aurait sans doute aimé voir le chef du gouvernement adopter un ton semblable lors des dernières négociations sur le transfert canadien en matière de santé avec Ottawa.

     

    Le chercheur associé à la Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires, Éric Montigny, soupçonne que la « transformation » du « ton » et du « vocabulaire » employé par M. Couillard a été bien réfléchie. « Les partis politiques profitent des périodes de répit pour évaluer les points forts et les points faibles des chefs, surtout à une année des élections. C’est une pratique qui est usuelle », explique-t-il dans un entretien avec Le Devoir. Des groupes de consultation sont souvent appelés à l’aide pour mesurer la perception de l’électorat québécois à l’égard des chefs des formations politiques.

     

    Il est aujourd’hui possible de constater les premiers ajustements faits par les partis politiques, notamment sur leur chef, en prévision des prochaines élections générales — dont la date est, pour la première fois, connue de tous. « On voit dans les semaines qui suivent du calibrage, autant dans le discours des chefs que dans leur attitude », poursuit M. Montigny, soulignant du même souffle que « de plus en plus les partis sont en campagne permanente ».

     

    Nouvelle dynamique

     

    À moins d’un cas de force majeure, les Québécois sont convoqués aux urnes le lundi 1er octobre 2018. « Tant pis pour les machines à rumeurs, hein ? Ce ne sera plus l’intérêt partisan, ni la conjoncture politique, ni le calcul stratégique qui vont déterminer la date des élections. Désormais, la date de celle-ci sera inscrite dans les règles du jeu au vu et au su de tous », avait déclaré le ministre responsable des Institutions démocratiques, Bernard Drainville, au moment du dépôt du projet de loi visant à instaurer des élections à date fixe au Québec, à l’automne 2012.

     

    La « loi 3 », qui a été adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale au printemps 2013, a mis « les partis sur un pied d’égalité », indique le professeur Éric Montigny. Il s’agit du « premier effet » visible.

     

    Comment les partis s’adaptent-ils à la tenue des élections à date fixe ? « Il y a deux phénomènes combinés qu’il faut isoler : les changements institutionnels en raison des élections à date fixe, ainsi que l’utilisation de plus en plus importante dans la communication politique des médias sociaux. »

     

    Les partis politiques avancent tête baissée sur ce front. Les acteurs politiques s’affairent sur les réseaux sociaux à, d’une part, « se définir » et, d’autre part, à « définir l’adversaire ».

     

    D’ailleurs, le PLQ et le PQ s’en donnent à coeur joie sur Twitter avec le mot-clic #Legault-Lagaffe. Ils y ont recours pour dépeindre le chef caquiste, François Legault, sous les traits d’un amateur sur la scène politique depuis son incident diplomatique avec la première ministre de l’Ontario, Kathleen Wynne. Cette dernière lui a reproché non seulement d’avoir révélé le contenu d’un entretien privé, mais aussi d’avoir déformé ses propos.

     

    Beaucoup plus onéreuses, les publicités dans les médias traditionnels sont passées au second plan dans la stratégie des partis politiques, qui disposent bon an mal an de 5 millions de dollars pour leur campagne électorale.

     

    Les partis d’opposition jetteront un oeil sur leur téléviseur et tendront l’oreille vers leur radio au cas où le gouvernement y multiplierait les campagnes publicitaires. « Toute publicité qui porte sur le bilan gouvernemental ou la mise en valeur du gouvernement, c’est clair que, dans un contexte d’élections à date fixe, ça va être plus susceptible d’être critiqué », mentionne Éric Montigny. « À trop tirer l’élastique, ça devient contre-productif », avertit-il.

     

    Le professeur à l’Université Laval soupçonne le gouvernement québécois de saupoudrer ses publicités tout au long de l’année afin de parer les critiques des partis politiques d’opposition à l’approche du scrutin, dont la date n’est plus connue seulement du premier ministre sortant, soupçonne-t-il. « Ce qu’on a vu traditionnellement au Québec, ce sont des publicités de type “promotion du gouvernement” dans la semaine qui suit un budget », rappelle-t-il. Ou une mise à jour budgétaire ? D’ailleurs, le gouvernement libéral compte frapper un grand coup au moyen de la mise à jour du Plan économique du Québec du ministre des Finances, Carlos Leitão, en novembre prochain.

     

    Occasions et écueils

     

    Un réinvestissement en santé et en éducation couplé à un allégement du fardeau fiscal des Québécois de la classe moyenne donnera une erre d’aller aux libéraux, espère-t-on dans l’édifice Honoré-Mercier de la colline parlementaire. Le cabinet du premier ministre s’y trouve.

     

    Un coup de jeune pourrait par la suite être donné au Conseil des ministres au moyen d’un remaniement ministériel, explique-t-on.

     

    M. Couillard cherchera à imposer un message positif tourné vers la nouvelle économie. Pour ce faire, il compte sur la mise aux voix du projet de loi sur la neutralité religieuse de l’État — qui exige de donner et de recevoir un service de l’État québécois à visage découvert — par l’Assemblée nationale, et ce, près de 10 ans après le dépôt du rapport de la commission Bouchard-Taylor. On ne pourra plus reprocher au PLQ d’être demeuré les bras croisés lorsque le débat sur le port des signes religieux reprendra, dit un militant libéral.

     

    Le gouvernement libéral s’affairera à contourner les écueils sur son chemin d’ici au scrutin du 1er octobre 2018. Il fait actuellement des pieds et des mains afin que la Consultation sur la discrimination systémique et le racisme au Québec ne soit pas perçue comme le « procès des Québécois ». Il s’agit d’un exercice à haut risque, convient-on. Chose certaine, l’équipe de Philippe Couillard ne perdra pas de temps après le dévoilement du rapport de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse pour dévoiler une série de mesures concrètes afin de faire reculer la discrimination au Québec. La consultation controversée ne sera qu’un mauvais souvenir chez les électeurs les plus réfractaires au moment du vote, espère-t-on.













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