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    Chronique

    L’ami devenu gênant

    Michel David
    14 septembre 2017 |Michel David | Québec | Chroniques

    Le premier ministre Couillard a raison de dire que le poste de chef du cabinet est l’un des plus difficiles en politique. L’un des plus ingrats aussi : il ne reçoit aucun crédit pour les bons coups et porte inévitablement le blâme pour les mauvais.

     

    Jean-Louis Dufresne sera demeuré en poste durant trois ans et demi, ce qui se situe dans la bonne moyenne. Les sept années que Jean-Roch Boivin a passées aux côtés de René Lévesque constituent une exception. Jean Charest a eu cinq chefs de cabinet en neuf ans.

     

    S’il est vrai que le premier lieutenant du premier ministre se retrouve constamment coincé entre l’arbre et l’écorce, et qu’il doit épargner les tâches désagréables à son patron, cela ne signifie pas qu’il doit nécessairement se faire détester du caucus des députés.

     

    M. Dufresne semble avoir pris pour modèle Mario Bertrand, dit « L’Abrasif », chef de cabinet de Robert Bourassa entre 1986 et 1989, dont les manières brutales sont demeurées légendaires. Pourtant, son mentor a plutôt été le successeur de M. Bertrand, John Parisella, surnommé « M. Nice Guy », qui entretenait d’excellentes relations non seulement avec les députés de son parti, mais aussi avec ceux de l’opposition. M. Dufresne était sans doute détestable, mais il n’en a pas moins joué son rôle de paratonnerre avec une absolue loyauté.


     

    Le premier ministre assure que le cafouillage dans Louis-Hébert, qui risque de faire perdre au PLQ le siège que Sam Hamad détenait depuis 2003, n’a pas été « l’élément majeur » qui a provoqué le départ de M. Dufresne. De toute évidence, choisir Éric Tétrault était une erreur, mais il serait étonnant que cela ait suffi à amener M. Couillard à congédier son ami d’enfance.

     

    À l’entendre, ce ne serait ni la grogne des députés ni une quelconque perte de confiance dans le jugement de son chef de cabinet qui aurait motivé sa décision, mais plutôt la nécessité, après la « restauration » des dernières années, de faire entrer le Québec dans une nouvelle phase, celle de la « transformation », qui exigerait un « style » et un « rythme » différents.

     

    Il n’a cependant pas expliqué en quoi consistait cette « transformation ». Au début de son mandat, M. Couillard avait conseillé à un aréopage de hauts fonctionnaires et de dirigeants de sociétés d’État la lecture de l’essai The Fourth Revolution – The Global Race to Reinvent the State, qui l’avait personnellement beaucoup inspiré. Après celle de l’État-providence, la quatrième révolution serait celle de la mise en place d’un État plus mince et plus efficace, qui s’appuierait sur les vraies « valeurs libérales ».

     

    Si c’est une « transformation » de ce genre qu’envisage le premier ministre, elle paraît difficilement conciliable avec les réinvestissements dans les services publics que plusieurs attendent encore après des années d’austérité. Le moment ne semble pas très approprié pour proposer une nouvelle réingénierie de l’État. Et si c’est malgré tout ce que projette M. Couillard, cela n’explique pas en quoi le « style » et le « rythme » de M. Dufresne le disqualifiaient.


     

    Ce qui ne convenait peut-être plus, c’est un passé susceptible de devenir encore plus embarrassant en année électorale. Au printemps dernier, M. Couillard a fait peu de cas des liens de son chef de cabinet avec le grand argentier de Jean Charest, Marc Bibeau, à l’époque où il travaillait chez BCP Consultants, comme du témoignage de l’entrepreneur Paul Sauvé, qui l’avait mêlé aux opérations de financement du PLQ devant la commission Charbonneau.

     

    L’intégrité demeure néanmoins le talon d’Achille du gouvernement Couillard. Au cours des prochains mois, les partis d’opposition vont tout faire pour réveiller les fantômes de l’époque Charest, et l’actualité pourrait bien leur donner de nouvelles munitions. Si M. Dufresne était à nouveau impliqué d’une manière ou d’une autre, il serait trop tard pour l’écarter. Il valait mieux prévenir, ce dont il était probablement le premier à convenir.

     

    M. Bibeau est dans la mire de l’UPAC depuis longtemps. Ses avocats ont eu beau multiplier les manoeuvres dilatoires, l’enquête Mâchurer va aboutir un jour ou l’autre. Qui sait ce qui pourrait en sortir ? En période électorale, la moindre révélation peut être montée en épingle et faire dérailler une campagne. Sur la foi de quelques courriels qui ont fait l’objet d’une fuite, François Legault a déjà conclu que M. Dufresne servait de porte d’entrée du gouvernement Charest pour les entreprises de M. Bibeau et qu’il manipulait ses ministres.

     

    Si la « transformation » projetée par le premier ministre vise à le dissocier de l’ère Charest, plusieurs au Conseil des ministres devraient commencer à réfléchir sérieusement à leur avenir.













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