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    Le virage vert

    Michel David
    12 septembre 2017 |Michel David | Québec | Chroniques

    Les débats sur le cégep anglais ou l’affichage commercial ont monopolisé l’espace médiatique au cours du congrès péquiste de la fin de semaine dernière, mais il y a fort à parier que l’environnement occupera beaucoup plus de place que la langue dans la plateforme électorale du PQ.

     

    Signe des temps, la première proposition qui a été adoptée en assemblée plénière ne portait pas sur la souveraineté ou le référendum, mais plutôt sur la lutte contre les changements climatiques, qui a été placée « au sommet des priorités de l’État ». Le premier ministre lui-même se verrait confier la responsabilité du développement durable.

     

    Le premier budget d’un gouvernement péquiste sera celui du « virage vert », a promis Jean-François Lisée dans son interminable discours d’ouverture. La prochaine Baie James sera dans la rénovation verte de nos logements, le passage à la géothermie dans les écoles et les hôpitaux, l’électrification des transports… Il a également évoqué un banc d’essai pour un monorail électrique qui relierait à terme Montréal, Québec et les autres grands centres urbains du Québec.

     

    Malgré l’intérêt que peuvent présenter ces projets, ils relèvent un peu de la futurologie pour la plupart des gens, qui voient mal comment cela répond à leurs problèmes immédiats. Face à un phénomène planétaire, reprocher au gouvernement Couillard d’être en retard sur son objectif de réduction d’émissions de GES en 2020 risque d’avoir un effet tout aussi limité sur l’électorat.

     

    Dans l’esprit de plusieurs, le thème de l’environnement évoque plutôt la pollution ou les dommages que pourrait causer l’exploitation des hydrocarbures, qui ont trouvé une illustration très concrète dans le dossier du pétrole de schiste de l’île d’Anticosti et le projet de pipeline Énergie Est.


     

    Au PQ, on sait très bien que les actions pèsent plus que les mots ou les plateformes électorales. Malgré une détermination sans doute sincère d’empêcher toute exploitation à Anticosti, il sera difficile de faire oublier que c’est le gouvernement Marois qui avait autorisé officiellement les forages avec fracturation, même si c’est celui de Jean Charest qui, le premier, avait proposé une entente de partenariat avec les entreprises pétrolières.

     

    L’ancienne ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, peut bien battre sa coulpe et plaider qu’elle ne disposait pas de toute l’information nécessaire à l’époque, M. Couillard peut légitimement prétendre que c’est lui qui a pris la décision de protéger ce « joyau de notre patrimoine ».

     

    On peut compter sur le premier ministre pour le répéter ad nauseam, comme ses prédécesseurs se sont fait un plaisir de rappeler pendant des décennies qu’au lieu des grands barrages qui ont fait la fierté du Québec, le PQ aurait voulu construire un chapelet de centrales nucléaires le long du Saint-Laurent.

     

    Il est vrai que la volonté de sortir le Québec du pétrole est toute récente au PQ. Quand Pauline Marois est revenue émerveillée d’un voyage en Norvège en août 2008, l’or noir est devenu la clé de l’indépendance du Québec. Après son départ, la question est devenue une patate chaude, Pierre Karl Péladeau y voyait encore « un atout majeur pour la souveraineté ».

     

    C’est seulement quand il a compris que la protection de l’environnement était devenue une valeur absolue pour une part croissante de la population, particulièrement les jeunes, que le PQ a clairement tourné le dos au pétrole.


     

    Le projet de pipeline Énergie Est offrait une belle occasion de rendre la monnaie de sa pièce à M. Couillard, qui semblait prêt à lui sacrifier les bélugas de Cacouna. Plusieurs sont convaincus qu’il s’est porté à la défense des chevreuils d’Anticosti simplement pour mieux faire passer ce projet hautement controversé.

     

    Coincé entre ses alliés du monde des affaires, qui appuient le projet sans réserve, et ceux du monde municipal, qui lui sont largement hostiles, le premier ministre serait certainement ravi que TransCanada lui retire cette épine du pied en abandonnant son pipeline, comme le laisse croire la « suspension » annoncée la semaine dernière.

     

    Le PQ peut simplement espérer que l’entreprise prendra tout son temps avant de faire connaître sa décision pour qu’il puisse au moins brandir cet épouvantail jusqu’à l’élection du 1er octobre 2018. Par la suite, il sera toujours temps de retirer la capsule qui lui est consacrée parmi les « 50 réponses +1 pour l’indépendance ».

     

    Les libéraux ne devraient pas trop compter sur la célérité de TransCanada. Il faudra sans doute plus d’un an pour enterrer définitivement un procès de cette importance. C’est plus probablement Justin Trudeau qui en profitera. À l’élection fédérale de l’automne 2019, il n’aura plus à se soucier d’avoir à choisir entre mécontenter le Québec ou l’Ouest. Celui-là a vraiment une chance de bossu.













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