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    La classe politique québécoise s’émeut après le crime commis contre un leader musulman

    31 août 2017 | Québec
    Lisa-Marie Gervais - Avec La Presse canadienne
    Marie-Michèle Sioui
    Le vice-président du Centre culturel islamique de Québec, Mohamed Labidi
    Photo: Alice Chiche Agence France-Presse Le vice-président du Centre culturel islamique de Québec, Mohamed Labidi

    Le Service de police de Québec s’est gardé, mercredi, de qualifier de « crime haineux » l’incendie criminel qui a ravagé la voiture du président du Centre culturel islamique de Québec (CCIQ), mais cela n’en a pas empêché certains de montrer du doigt la visibilité croissante des groupes d’extrême droite et le discours de certains politiciens de l’opposition, auxquels ils reprochent d’encourager les tenants de ce courant idéologique.

     

    « Un autre acte haineux. » Écrits en caractères gras, ces premiers mots du communiqué de presse du CCIQ dénoncent sans équivoque la haine et la violence derrière l’incendie ayant ciblé la voiture de son président, Mohamed Labidi, dans la nuit du 6 août. Le véhicule — déclaré perte totale — a flambé moins de deux jours après que la Ville de Québec eut consenti à la vente d’un terrain permettant à la communauté musulmane d’aménager un cimetière. « Je ne peux pas faire de lien [entre les deux] parce que l’enquête n’est pas terminée, mais ce serait un curieux hasard qu’il n’y en ait pas », a dit le maire de Québec, Régis Labeaume.

     

    Quelques jours plus tard, des excréments ont été lancés à la porte du CCIQ, aussi connu sous le nom de grande mosquée de Québec. Rappelons que ce lieu de culte fut le triste théâtre d’un attentat qui a coûté la vie à six membres de la communauté musulmane dans une fusillade, en janvier dernier.

     

    M. Labeaume s’est dit « sous le choc » depuis qu’il a appris la nouvelle, au lendemain du crime. Pendant trois semaines et demie, l’enquête s’est poursuivie dans le silence jusqu’à ce que le CCIQ prenne la décision de rendre l’incident public. « Il y a des gens qui s’en permettent et qui visiblement ne s’en permettaient pas avant », a-t-il lancé.

     

    Le Service de police de la Ville de Québec n’a pas voulu conclure à un « crime haineux », précisant toutefois que cela faisait partie des hypothèses. « Actuellement, il n’y a aucun élément précis, un message, une note qui nous laisse croire ça. […] Ce serait trop facile d’en venir aux conclusions parce que ça s’est produit à la résidence [du président du CCIQ]. On veut le démontrer par enquête », a dit le porte-parole, Jean-François Vézina.

     

    À qui la faute ?

     

    Du côté du gouvernement Couillard, le ministre responsable de la région de la Capitale-Nationale, François Blais, s’est dit « extrêmement inquiet », selon les propos récoltés par Radio-Canada. « On parle d’une montée, parfois, de l’extrême droite. Je fais toujours attention là-dessus, mais carrément, là, il y a des événements qui s’additionnent et il y a des raisons de s’inquiéter en ce moment dans la région de Québec, de tout ce qui s’est passé. »

     

    Mohamed Golli, président de l’Association culturelle islamique de l’Estrie, s’est dit « très désolé » d’apprendre ce qui était arrivé à Mohamed Labidi à Québec. Il n’a pas nié qu’il existe une montée de l’extrême droite « alimentée surtout par les politiciens de l’opposition ». « Je ne veux pas nommer de noms, mais les discours qu’on a entendus [mardi] […] ça vient mettre de l’huile sur le feu », a-t-il dit. « Prenons juste l’exemple de Pauline Marois ou du Parti québécois… […] et ce qu’il a fait avec la charte de la laïcité. Ça a créé des tensions dont on n’a pas besoin, essentiellement pour aller chercher l’appui de l’extrême droite qui ne représente même pas 1 % de la société québécoise. »

     

    Haroun Bouazzi, coprésident de l’Association des musulmans et des Arabes pour la laïcité, dénonce aussi la joute politique. « Il y a malheureusement une surenchère entre le Parti québécois et la CAQ qui fait que, plutôt que de rassurer les concitoyens et de dire “on va trouver une solution”, ils jouent plutôt sur la peur de quelques citoyens pour nous élever les uns contre les autres. C’est irresponsable et ça nuit à la cohésion de notre société québécoise. »

     

    Pour Denise Helly, chercheuse à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) et spécialiste des questions de crimes haineux et de discrimination, les partis politiques sont « archiresponsables ». « Ils créent la crise pour gagner des voix. Ils ne sont peut-être pas racistes, mais dans leur tête, ça paye. C’est du pur opportunisme. Ils se mettent en place pour l’élection dans un an. »

     

    Quant aux groupes d’extrême droite, s’ils ne se multiplient pas nécessairement, ils ont une visibilité accrue sur les réseaux sociaux, « et ça, c’est nouveau », constate-t-elle. Selon elle, ce sont des groupes dont le discours hostile s’est accentué au Québec depuis le jugement sur le kirpan, les accommodements raisonnables, la charte de la laïcité du Parti québécois (PQ). « Les principaux groupes d’extrême droite actifs et violents sont à Québec. Pourquoi ? C’est la question. »

     

    Lisée persiste et signe

     

    Le chef du PQ, Jean-François Lisée, a qualifié de « geste de violence inacceptable » ce qui est arrivé au président du CCIQ. Mais il a refusé d’accepter la part de responsabilité que certains lui ont attribuée. « La récupération politique que certains vont faire de la violence, ça leur appartient. Il y a une volonté au Québec chez certains — à Québec solidaire, au Parti libéral, chez M. Bouazzi — de culpabiliser le discours public et de dire qu’il y a des sujets dont on ne peut pas parler », a-t-il répliqué.

     

    Mais Jean-François Lisée a aussi essuyé des tirs amis ; de l’ex-ministre péquiste Louise Harel et du député péquiste François Gendron. Ils lui ont reproché d’avoir qualifié les demandeurs d’asile haïtiens qui affluent à la frontière d’« invités de Justin Trudeau ». « J’aurais préféré qu’on n’ait pas l’usage de ces mots-là », a affirmé François Gendron.

     

    Qu’à cela ne tienne : le chef du PQ a martelé qu’il maintenait sa déclaration. « Je ne corrige absolument pas mes propos. Les réfugiés, les demandeurs d’asile sont des victimes, des victimes de l’invitation de Justin Trudeau », a-t-il cependant nuancé, ajoutant le mot « victime » à son vocabulaire.

     

    Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a qualifié de « geste répugnant » l’incendie de la voiture de M. Labidi. Plus tôt cette semaine, il avait minimisé la montée de l’extrême droite au Québec, plaidant que la présence des tenants de ce courant idéologique « est exagérée par les médias ».

     

    De son côté, Québec solidaire a dénoncé des actions « haineuses et dangereuses ». « Pour nous, il ne fait aucun doute que l’extrême droite existe au Québec. La multiplication d’actes de ce type, qui visent une communauté en particulier, [le] démontre », a réagi la députée Manon Massé.













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