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    Signaux linguistiques contradictoires au PLQ

    14 août 2017 | Marie-Michèle Sioui à Sherbrooke | Québec
    «Nous avons besoin de vous pour construire un meilleur avenir pour tous les Québécois», a lancé Philippe Couillard, en anglais, aux membres de la Commission-Jeunesse du Parti libéral.
    Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne «Nous avons besoin de vous pour construire un meilleur avenir pour tous les Québécois», a lancé Philippe Couillard, en anglais, aux membres de la Commission-Jeunesse du Parti libéral.

    « We need you. » À l’issue du congrès des jeunes libéraux dimanche à Sherbrooke, le premier ministre Philippe Couillard a ravivé l’ardeur des anglophones du Québec, qui s’étaient auparavant impliqués avec passion dans un débat sur la langue d’enseignement au Québec.

     

    « Votre présence est nécessaire, désirée. Nous avons besoin de vous pour construire un meilleur avenir pour tous les Québécois », a lancé le chef libéral, en anglais, aux membres de la Commission-Jeunesse du Parti libéral, réunis à l’Université Bishop’s pour la fin de semaine. « Aux Québécois anglophones : ceci est votre maison. Ceci est votre moment, a-t-il déclaré. Je sais que vous allez parler à vos amis, qui ont décidé de vivre ailleurs et de quitter le Québec. Dites-leur de revenir au Québec. »

     

    Un peu plus tôt, les jeunes libéraux ont majoritairement rejeté une proposition qui aurait assoupli la Charte de la langue française en permettant à des francophones de fréquenter l’école anglophone.

     

    Au micro, des jeunes ont souligné l’importance des institutions anglophones dans le rayonnement du Québec, tandis que d’autres ont lancé des appels de compassion à l’endroit des locuteurs de l’anglais. « Quand je marche dans la rue, je suis accepté. Mais dès l’instant où j’ouvre la bouche, on note mon accent anglais. On me dévisage, on me méprise », a dénoncé un jeune homme. « Il y a des endroits où je ne me sens pas accepté. Si je sors du campus de McGill, si je quitte le West Island, si je fais un effort pour parler aux gens en français, on me regarde de haut », a-t-il ajouté.

     

    Tous n’ont pas accepté cette vision des choses. « Je ne pense pas que l’anglais est menacé en Amérique du Nord », a répliqué un autre jeune libéral.

     

    Le débat a duré une trentaine de minutes et a été écourté par une participante qui a proposé de passer au vote. De façon majoritaire, les jeunes libéraux ont ditnon à la proposition visant à « permettre à un nombre restreint d’élèves, dont un des parents a étudié à une école française au Canada, d’étudier dans le réseau scolaire public anglophone, dans le cadre d’un projet pilote ».

     

    La résolution, mise en avant par les jeunes libéraux de Montréal, avait été présentée en tenant compte d’un contexte de « surcapacité des écoles francophones » et de réduction « substantielle » du taux d’occupation des écoles anglophones, selon son libellé. Elle entrait en contradiction avec l’article 73 de la Charte de la langue française, qui prévoit que seuls les parents qui ont fréquenté l’école anglophone peuvent inscrire leurs enfants dans un établissement de langue anglaise.

     

    Selon des données de l’Office québécois de la langue française, l’école de langue anglaise regroupait un peu moins du sixième de l’effectif scolaire du Québec en 2015, ce qui représentait une baisse de six points de pourcentage par rapport à 1971. Au total, 90 % des élèves du Québec fréquentent en 2015 une école de langue française. En 1971, c’étaient plutôt 84 % des élèves qui recevaient une éducation en français.

     

    Division au PLQ

     

    Sur place, le ministre responsable de la Protection et de la Promotion de la langue française, Luc Fortin, s’est montré heureux de l’issue du vote. « C’est en cohérence avec les positions de notre gouvernement. Il est très, très clair qu’il n’est pas question de rouvrir la loi 101 », a-t-il déclaré « On a atteint un équilibre linguistique au Québec, alors il n’est pas question de rouvrir ce débat-là », a-t-il attesté. Philippe Couillard a été aussi catégorique. « Il n’est pas question de modifier la loi 101, je veux être très clair là-dessus », a-t-il assuré.

     

    Reste que la Charte de la langue française — dont les 40 ans seront célébrés dans les prochains jours — a provoqué des scissions au sein même des troupes libérales.

     

    Le député de D’Arcy-McGee, David Birnbaum, a déclaré que la loi de Camille Laurin « limitait » l’accès aux écoles anglophones. « Il y a deux valeurs qui ne sont pas nécessairement réconciliables : les écoles anglaises et leur pérennité et la pérennité de la Charte de la langue française commune », a affirmé l’élu, dont 61 % des électeurs sont anglophones.

     

    Un peu plus tard, Luc Fortin a contredit son collègue. « Je ne pense pas que la Charte soit une menace à quoi que ce soit. Au contraire, on est dans une position équilibrée à l’heure actuelle au Québec. On a la paix linguistique, on se doit de la préserver », a-t-il statué.

    On a atteint un équilibre linguistique au Québec, alors il n’est pas question de rouvrir ce débat-là.
    Luc Fortin, ministre responsable de la Protection et de la Promotion de la langue française

    Un électorat sollicité

     

    Chose certaine, l’attrait des électeurs anglophones s’est fait sentir, à 14 mois des élections. À la fin du mois de juin, le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, avait lui aussi tenté de séduire cet électorat, historiquement attaché au Parti libéral. « Si vous en avez assez qu’on vous tienne pour acquis, vous avez désormais une autre option. […] Join us ! » avait-il lancé devant la caméra, dans un message destiné aux réseaux sociaux.

     

    Sans grande surprise — et comme il l’avait fait avant son départ pour les vacances —, Philippe Couillard a d’ailleurs fait du chef caquiste sa cible de choix au cours de la fin de semaine. « Pourquoi pensez-vous qu’il parle d’autres choses que de finances et d’économie ? » a-t-il demandé dans son discours adressé aux jeunes libéraux. « Parce qu’il y a rarement eu un gouvernement, un parti qui a aussi bien géré les finances et l’économie que le gouvernement actuel », a-t-il ajouté, avant d’être couvert d’applaudissements.

    Quelques résolutions adoptées par les jeunes libéraux Rendre l’école obligatoire jusqu’à 18 ans

    Entamer une réflexion sur la profession d’enseignant, qui pourrait mener à la mise en place d’un ordre professionnel pour les enseignants

    Exiger des droits de passage pour la construction d’oléoducs sur le territoire du Québec et utiliser les revenus pour financer les énergies vertes

    Rétablir le programme de remboursement des traitements de fertilité, y compris la fécondation in vitro

    Réviser l’entièreté du cursus pédagogique au secondaire en introduisant, entre autres, des notions de droit, de programmation, d’éducation sexuelle et d’économie familiale

    Offrir une compensation financière aux étudiants en Stage 4 en enseignement

    Mettre en place un crédit d’impôt pour les étudiants internationaux et canadiens qui s’établissent et travaillent au Québec après leurs études












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