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    Tensions contre le racisme

    Fabrice Vil
    14 avril 2017 |Fabrice Vil | Québec | Chroniques

    Une opposition à la consultation publique sur le racisme systémique récemment annoncée par le gouvernement libéral aura pour effet premier, non pas de mettre en échec une stratégie électoraliste de ce gouvernement, mais plutôt de contrecarrer un exercice de participation citoyenne inhérent à la lutte contre le racisme.

     

    Rappelons les faits : le niveau de présence policière dans une ville est fonction, non pas du taux de criminalité qui y sévit, mais du nombre de personnes « racisées » et autochtones qui y vivent. En corollaire, au cours des dix dernières années, la population carcérale autochtone au Canada a augmenté de 46 %. Celle des Noirs, de 90 %. Devant de telles données et nombre d’autres démontrant l’existence de phénomènes de discrimination raciale, des individus et groupes militants ont multiplié les efforts visant à tenir au Québec une commission sur le racisme systémique.

     

    Une pétition en ce sens est déposée à l’Assemblée nationale en mai 2016. Elle est appuyée par plus de 60 organismes de la société civile. Les jeunes libéraux se saisissent de l’enjeu en août 2016, ce qui mène Philippe Couillard à promettre une réflexion sérieuse sur le racisme systémique. En mars 2017, le gouvernement annonce une consultation sur la question, réunissant au sein du comité-conseil chargé de préparer la consultation des personnes provenant de milieux professionnels diversifiés et issues de communautés racisées. Ceci favorise l’implication des parties prenantes concernées dans le processus.

     

    Le processus annoncé s’apparente à l’exercice de consultation mené avec succès par l’Ontario durant l’été et l’automne 2016, lequel a conduit au dépôt d’un projet de législation antiracisme en mars 2017. Un récent précédent vécu par nos voisins laissant présager le succès de la démarche dans la Belle Province.

     

    Mais voilà que Jean-François Lisée prend parole pour souligner l’opposition du Parti québécois à l’exercice. Une réaction pour le moins… ahurissante.

     

    L’argument selon lequel le gouvernement libéral accepterait de mener une consultation publique sur le racisme systémique à des fins électoralistes n’est pas sans valeur. Mais n’est-ce pas là une vérité de La Palice ? Cet argument jette une ombre sur les motivations du gouvernement, mais est bien faible pour justifier de mettre en échec le fond de la démarche.

     

    Pis encore, il présuppose, comme l’a suggéré Marie-France Bazzo à ICI Radio-Canada lundi, que les conclusions émanant de la consultation seront nécessairement défavorables au Parti québécois spécifiquement. Or, à ce stade-ci, on ne peut que présumer de l’impartialité du processus, d’autant plus que les individus qui dénoncent le racisme systémique le font de manière non partisane.

     

    Des tensions émergeront-elles de la consultation publique ? Oui, mais n’assimilons pas toute tension à de la violence indue. L’Histoire se souviendra toujours du « I have a dream » pacifique de Martin Luther King Jr., mais oublie les tensions qu’il a provoquées dans sa lutte pour les droits civiques.

     

    Le Dr King a dit : « Je dois avouer que je n’ai pas peur du mot “tension”. Je me suis farouchement opposé à la tension violente, mais il existe un type de tension constructive et non violente qui est nécessaire à la croissance. […] Nous devons voir la nécessité des inconforts non violents pour créer le genre de tension dans la société qui aidera les hommes à passer des profondeurs sombres des préjugés et du racisme aux hauteurs majestueuses de la compréhension et de la fraternité. »

     

    Jean-François Lisée a tôt fait de soulever l’épouvantail de la tension qu’éveillerait la consultation publique sur le racisme systémique. L’essence de ce que M. Lisée souhaite éviter, ici, n’est pas tant quelque violence que l’inconfort qui émerge quand les personnes racisées dénoncent la discrimination raciale. Museler le discours pour une meilleure paix d’esprit.

     

    C’est en ce sens que l’opposition à la consultation publique est antidémocratique. Elle l’est d’autant plus que M. Lisée, du même souffle, remet sur la table la question des accommodements religieux. Les deux enjeux ont leur place dans le débat public. Cependant, s’opposer à une démarche citoyenne contre le racisme systémique en proposant en même temps de faire avancer un dossier qui a fait émerger certains discours profondément racistes au Québec dénote une insensibilité qui doit être dénoncée.

     

    Le Parti québécois avance que certaines actions concrètes peuvent déjà être mises en place pour lutter contre la discrimination raciale. Tous les citoyens luttant contre le racisme sont d’accord sur cette question et une collaboration non partisane en ce sens serait admirable. Ceci étant, si le Parti québécois souhaite réellement soutenir la lutte contre le racisme, s’attaquer à une initiative citoyenne, qu’elle s’inscrive ou non sous la bannière libérale, n’est pas la solution.













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