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    Réforme de la carte électorale

    Une insulte pour le fier monde

    Brian Myles
    13 février 2017 |Brian Myles | Québec | Éditoriaux

    Le Directeur général des élections du Québec (DGEQ) manque de respect pour les électeurs du Centre-Sud avec sa réforme trop vite expédiée de la carte électorale.


    Personne, pas même les députés de l’Assemblée nationale, n’avait vu venir la disparition subite de la circonscription de Sainte-Marie–Saint-Jacques, dissimulée comme un secret gênant dans le rapport de la Commission de la représentation électorale (CRE).

     

    L’hypothèse d’un dépeçage de la circonscription, représentée par la députée de Québec solidaire, Manon Massé, n’avait jamais été évoquée avant ce jour fatidique du 7 février. Les quelque 43 000 électeurs vivant principalement dans le Centre-Sud n’ont pas été consultés sur la question. Ils sont mis devant le fait accompli. À juste titre, l’opposition officielle du PQ, la CAQ et Québec solidaire ont dénoncé à l’unisson ce déni de démocratie.

     

    Seule une insouciance téméraire permet aux représentants du DGEQ et à la ministre responsable de l’Accès à l’information et de la Réforme des institutions démocratiques, Rita de Santis, de trouver dans ce dénouement inattendu une réponse satisfaisante à l’obligation que la carte électorale assure une représentation « juste et équitable » des électeurs. Mme de Santis devrait savoir mieux que quiconque, par ses fonctions, qu’une réforme expédiée à la hâte, sans que les premiers citoyens concernés puissent se l’approprier, contribue au cynisme et au délitement du lien de confiance à l’égard des institutions démocratiques.

     

     

    La CRE a déposé en mars 2015 un premier rapport sur la réforme de la carte électorale. C’est tout un casse-tête d’assurer que chaque vote compte dans les 125 circonscriptions du Québec. À quelques exceptions près dans les régions dépeuplées, la loi électorale exige que le nombre d’électeurs par circonscription ne soit ni inférieur ni supérieur à plus de 25 % par rapport à la moyenne québécoise de 48 387 électeurs.

     

    Pour adapter la carte en fonction des flux migratoires dans la grande région de Montréal, la CRE devait ajouter deux circonscriptions dans les Laurentides et dans Lanaudière et en retirer une sur l’île de Montréal. À l’origine, la CRE envisageait la fusion des circonscriptions d’Outremont et de Mont-Royal, deux « milieux naturels » évidents par leur proximité géographique et le profil sociodémographique de leurs citoyens parmi les mieux nantis et les plus instruits du Québec.

     

    Il s’agissait de l’hypothèse la plus normale, et la plus débattue lors des consultations jusqu’à ce que la CRE fasse volte-face. Les commentaires, courriels et mémoires reçus lors des consultations l’ont fait changer d’avis sans que l’on sache vraiment pourquoi. La proposition révisée assure « un meilleur respect des communautés naturelles et du sentiment d’appartenance des citoyens à leur communauté », affirme le rapport de la CRE.

     

    En définitive, l’acceptabilité sociale de la réforme se mesurera à l’altitude du lieu de résidence des électeurs. En « haut de la côte », à Westmount et à Outremont, ce projet sera pleinement satisfaisant. En « bas de la côte », il faudra se faire à l’idée de la disparition de Sainte-Marie–Saint-Jacques au profit d’une nouvelle circonscription qui englobera le centre-ville, dans les limites de l’actuel arrondissement de Ville-Marie, à quelques nuances près.

     

    L’indignation de Québec solidaire et de Manon Massé n’est pas désintéressée. La nouvelle circonscription de Ville-Marie transfère 7000 électeurs dans Hochelaga-Maisonneuve (à l’est de l’avenue De Lorimier) et 13 000 dans Mercier (au nord de la rue Rachel). Québec solidaire est ainsi amputé d’un bassin naturel d’électeurs dans le centre-ville. L’ouest du centre-ville, intégré dans la nouvelle circonscription de Ville-Marie, comprend un peu plus de 1110 électeurs qui ne sont pas acquis à la formation de gauche.

     

    Ce redécoupage a une certaine logique d’un point de vue géographique, mais il ne tient pas la route en ce qui a trait au sentiment d’appartenance, à la communauté d’intérêts et au patrimoine culturel et historique, trois éléments importants de la Loi électorale qui encadrent la création et le remodelage des circonscriptions. L’est et l’ouest du centre-ville ne forment pas cette « communauté naturelle » imaginée par la CRE.

     

    Les opposants à la fusion d’Outremont et de Mont-Royal ont bénéficié de deux ans pour faire entendre leurs doléances. En vertu des règles, l’Assemblée nationale doit tenir un débat de cinq heures tout au plus, mardi. Manon Massé et Québec solidaire disposeront de quelques minutes pour faire valoir le point de vue du fier monde. Quelle insulte.













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