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    Le PQ attise la colère des immigrants

    Kippas, turbans et autres hijabs seraient interdits dans la fonction publique

    18 octobre 2007 |Kathleen Lévesque | Québec
    Le Parti québécois veut que la fonction publique et parapublique ait une tenue vestimentaire exempte de tout symbole religieux, obligeant les employés de l'État à laisser leur turban, kippa ou hidjab sur le pas de la porte des écoles, hôpitaux, centres de la petite enfance et autres ministères.

    Cette prise de position ressort de la prochaine plate-forme électorale concernant l'identité québécoise, qui a été discutée hier soir à l'exécutif national du PQ et qui sera soumise à la conférence nationale des présidents samedi. Jusque-là, le PQ a prôné la laïcité de l'espace public. Il souhaite maintenant franchir un pas de plus, ce qui crée de la turbulence dans ses rangs.

    Le Groupe d'action politique des Québécoises et Québécois issus de l'immigration du Parti québécois (GAP-QI), l'instance responsable des questions d'immigration au sein de l'exécutif national, s'inquiète de la voie empruntée par l'équipe de Pauline Marois. Dans une lettre publiée aujourd'hui dans Le Devoir (page A 6), le GAP-QI dénonce la dérive du débat sur les accommodements raisonnables qui amalgame les questions de liberté religieuse et d'immigration. Le GAP-QI pointe le débat qui a cours dans tout le Québec dans la foulée de la commission Bouchard-Taylor et écorche au passage le PQ sans le nommer.

    «Nous tenons à dénoncer l'intolérance, voire l'intégrisme du discours ambiant, car la laïcité et les valeurs québécoises sont instrumentalisées, sinon pour éliminer, du moins pour diluer la diversité. [...] On veut imposer aux employés de l'État une tenue vestimentaire exempte de tout symbole religieux», peut-on lire.

    En entrevue au Devoir, la responsable du GAP-QI, Kerlande Mibel, souhaite que son parti ne se laisse pas bousculer par la conjoncture politique et se montre prudent. «En tant que parti, on doit prendre le temps de réfléchir encore. Ce groupe qui forme les immigrants ou les minorités religieuses, ce sont des Québécois et il faut les prendre en considération. Les brimer ne peut pas être une réponse. On ne peut pas brimer un groupe pour conforter une majorité de citoyens», a affirmé Mme Mibel, pour qui «parler de laïcité, c'est une façon de masquer l'intolérance».

    Outre les travaux de préparation de sa plate-forme électorale en vue du prochain scrutin qui pourrait survenir rapidement, le Parti québécois entend aborder également la laïcité à travers un projet de loi qu'il déposera aujourd'hui à l'Assemblée nationale. Ce projet de loi sur l'identité nationale constitue la pièce maîtresse de l'action, cet automne, de l'opposition péquiste dirigée par Pauline Marois. Le dépôt de ce projet de loi sera accompagné par la présentation d'une constitution québécoise par le député de Mercier, Daniel Turp. Cette constitution québécoise comporterait une clause visant à baliser l'obligation d'accommodement raisonnable en énonçant que les droits et libertés s'exercent dans le respect de l'égalité des hommes et des femmes, mais aussi dans celui «de la laïcité des institutions publiques du Québec».

    Dans la même foulée, Pauline Marois a déclaré mardi, lors de son premier discours à l'Assemblée nationale en tant que députée de Charlevoix et chef du deuxième groupe d'opposition, que «pour assainir le débat qui a cours actuellement, par respect pour nous-mêmes autant que par honnêteté pour ceux que nous accueillons dans notre maison, il faudra très rapidement envoyer à tous et à toutes les bons signaux avec sérénité, ouverture et fermeté».

    L'identité québécoise repose sur une langue commune, le français, mais aussi sur «la liberté d'expression, l'égalité des hommes et des femmes, le droit des enfants ainsi que le caractère laïque des règles de fonctionnement de notre société», a souligné Mme Marois. Ce sont là des valeurs que les nouveaux arrivants doivent accepter «pour être membres de la famille», a-t-elle indiqué. «Je crois profondément que ce n'est pas en s'effaçant ou en nous reniant nous-mêmes qu'on respecte l'autre.»

    Aux yeux de Kerlande Mibel et de ses collègues du GAP-QI, la laïcité est une autre forme de religion. Ne pas permettre l'expression de la foi à des immigrants qui travaillent au sein de la fonction publique et parapublique par le port du turban, de la kippa ou du hidjab apparaît comme une façon de marginaliser et de stigmatiser davantage ces personnes, croit Mme Mibel.

    «On demande que les gens n'affichent pas leur religion mais on va les recruter au Maghreb. Rendus ici, on leur dit: "Enlève ton voile." C'est incohérent», a soutenu Kerlande Mibel qui a ajouté: «Du moment que ça n'affecte pas notre sécurité, il n'y a pas de raison qui justifie ça.»

    Quant au partage de valeurs communes prôné par la chef péquiste, le GAP-QI s'insurge contre l'uniformisation des personnes. «Si demain matin tout le monde doit partager les mêmes valeurs du francophone blanc catholique, on n'est pas plus avancés», a fait valoir Mme Mibel.

    Dans sa lettre, le GAP-QI constate que la question de l'identité québécoise prend la forme d'un nationalisme identitaire et populiste. «Ce type de repli identitaire présente une vision de l'identité nationale qui exige de tous des valeurs et un comportement uniformes», souligne-t-on.

    Il n'y a toutefois aucun commentaire sur l'utilisation du «nous» que Mme Marois brandit depuis quelques semaines. Visiblement mal à l'aise, Kerlande Mibel a refusé de se prononcer, soulignant qu'elle réserve ses commentaires pour l'exécutif national.

    Quant aux idées émises récemment par d'autres militants péquistes, dont l'ancien président des jeunes péquistes Claude Villeneuve, le GAP-QI les rejette. Il en va ainsi de la suggestion que tous les candidats à l'immigration subissent un test de français afin de s'assurer qu'ils s'intégreront dans le marché du travail. Aussi, le GAP-QI s'insurge contre l'idée que, pour être sélectionné, un candidat à l'immigration devrait signer un «contrat de citoyenneté» énumérant les droits et responsabilités mais aussi les valeurs auxquelles il devra adhérer.

    «Dans notre Québec, tous sont égaux. Chacun d'entre nous a les mêmes droits et responsabilités, dont celle de comprendre la différence», affirme le GAP-QI dans sa lettre.

    ***

    Avec la collaboration de Robert Dutrisac












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