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    Sur la route

    Que doit-on espérer pour la mobilité de demain à Montréal?

    Les promesses électorales de Valérie Plante sous la loupe d'organismes de transports alternatifs

    13 novembre 2017 |Annabelle Caillou | Montréal
    Réseau de voies sécurisées pour vélo, construction de la ligne rose du métro, ajout de 300 autobus hybrides: Valérie Plante s’est engagée à élargir l’offre de transports aux Montréalais.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Réseau de voies sécurisées pour vélo, construction de la ligne rose du métro, ajout de 300 autobus hybrides: Valérie Plante s’est engagée à élargir l’offre de transports aux Montréalais.

    Changement de garde à l’Hôtel de Ville de Montréal. La nouvelle mairesse, Valérie Plante, élue sous les couleurs de Projet Montréal, n’a pas lésiné sur les promesses en matière de transport et de mobilité durant la campagne. Favorables à ce vent de changement, les acteurs du milieu espèrent que ses idées verront le jour et que certains dossiers passés sous silence reviendront à l’avant-plan. Tour d’horizon.

     

    Montréal, ville cyclable. La métropole québécoise a perdu du galon ces dernières années dans le palmarès des meilleures villes cyclables au monde établi par la firme Copenhagenize, passant de la 8e à la 20e place entre 2011 et 2017.

     

    Mais l’arrivée d’une mairesse « pro-vélo » à la tête de la métropole redonne confiance aux organismes du milieu. Mme Plante a même affirmé qu’elle continuerait d’enfourcher son vélo en dépit de ses nouvelles fonctions.

     

    « Ça donne l’exemple, c’est inspirant ! Ça envoie le message que c’est pas juste les gens granola aux fortes valeurs environnementales qui se déplacent au quotidien à vélo », se réjouit la directrice générale de Vélo-Québec, Suzanne Lareau.

     

    « Ça prouve qu’elle comprend la réalité des cyclistes, ce n’est pas quelqu’un qui reste dans son auto pour ensuite s’asseoir directement derrière un bureau. C’est une avancée, un gros plus pour Montréal », renchérit la co-porte-parole de la Coalition vélo Montréal Claudine Sauvadet.

     

    Les deux organismes ne cachent pas leur hâte de voir se réaliser le réseau de voies rapides pour vélo de 140 km, sécurisées et séparées des véhicules, sur sept grands axes de l’île, promis par Projet Montréal.

     

    Mais beaucoup reste à faire. « Il nous faut plus d’aménagements structurants et sécuritaires pour rejoindre le centre-ville. Beaucoup ont abandonné l’idée d’y aller à vélo, ne se sentant pas en sécurité. Ceux qui le font, c’est dans des conditions misérables au sud du boulevard De Maisonneuve », déplore Mme Lareau.
     

    À ses yeux, la Ville a manqué bien des occasions ces dernières années en refaisant à neuf des artères sans aménagement pour cyclistes. Avenue Papineau, boulevard Bonaventure, rue Saint-Denis : les exemples ne manquent pas pour prouver que la voiture est restée au coeur de la vision de mobilité de l’ancienne administration.

     
    [La mairesse] comprend la réalité des cyclistes, ce n’est pas quelqu’un qui reste dans son auto pour ensuite aller s’asseoir derrière son bureau
    Claudine Sauvadet, de la Coalition vélo de Montréal

    À quelques semaines des premières neiges, les attentes d’avoir « un vrai réseau blanc » sont grandes.

     

    L’administration Coderre a fait des efforts l’année passée, en déneigeant la piste de la rue Rachel et en maintenant un axe cyclable nord-sud dans les arrondissements Villeray et Rosemont–La Petite-Patrie, mais Mme Lareau s’attend à plus avec la nouvelle mairesse.

     

    « J’espère que cet axe nord-sud sera aussi opérationnel sur le Plateau, […] et il faudra penser à des techniques pour enlever les couches de glace sur les bandes cyclables. »

     
     

    De meilleurs jours pour l’autopartage ? Leur expansion ayant été limitée par l’administration Coderre, les entreprises de voitures en libre-service (VLS) Communauto et Car2go voient d’un bon oeil l’élection de Valérie Plante, elle-même utilisatrice de ce moyen de transport.

     

    En campagne électorale, elle a promis de supprimer les restrictions qui empêchent le déploiement de l’autopartage. Un moyen d’encourager les citadins à abandonner leur voiture personnelle et ainsi de limiter la congestion routière tout en diminuant la création de gaz à effet de serre.

    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir L’entreprise de voitures en libre-service Car2go voit d’un bon œil l’arrivée de Valérie Plante à la tête de l’Hôtel de Ville.
     

    Le règlement adopté l’année passée prévoyait de ne pas dépasser 1000 VLS d’ici 2020 et de retirer progressivement les vignettes pour les véhicules à essence ou hybride afin de favoriser les voitures électriques. Longtemps fermé aux VLS, le centre-ville accueille désormais seulement les électriques, obligeant les abonnés à se stationner dans les quartiers limitrophes.

    Si Projet Montréal tient ses promesses, finis les quotas et les limitations d’accès.

     

    « Être présent en centre-ville, c’est la clé pour faire compétition à l’auto solo, c’est là qu’il y a le plus de congestion routière », soutient le directeur général de Car2go, Jérémi Lavoie.

     

    Confiant, le porte-parole de Communauto, Marco Viviani, rappelle que ce sont les arrondissements du Plateau-Mont-Royal et de Rosemont–La Petite-Patrie (représentés par Projet Montréal depuis 2009 et 2013) qui ont le plus d’abonnés sur l’île.

     

    « Il y a eu dès le début une collaboration dans ces arrondissements qui ont beaucoup de stationnements en voirie pour les VLS par exemple. Peut-être qu’on peut espérer autant pour d’autres arrondissements maintenant. »

     

    M. Viviani se questionne néanmoins sur le dossier de l’électrification des VLS. « Les batteries sont limitées et on manque de bornes pour les recharger, c’est un frein à l’autopartage en ce moment. »
     

     

    Marcher en toute sécurité. En 2016, 15 piétons ont perdu la vie après avoir été heurtés par un véhicule à Montréal, poussant l’administration Coderre à adopter en septembre dernier la « Vision zéro » — proposant de limiter la vitesse à 30 ou 40 km/h et d’installation des radars photo. Des mesures qui n’ont pas été appliquées à la lettre, selon le porte-parole de Piétons Québec, Félix Gravel, qui s’attend à plus d’efforts de la part de Mme Plante.

     

    Revoir la sécurité des piétons aux intersections est aussi primordial, d’après lui. La mairesse a justement promis d’allonger le temps de traverse aux feux de circulation pour les besoins des aînés et d’abolir les critères pour apporter des changements aux endroits dangereux. À l’heure actuelle, il faut au moins quatre collisions en un an avant d’envisager un réaménagement.

     
    Projet Montréal n’est pas un parti qui priorise l’automobile. Il y en aura toujours, mais on va sacrifier plus facilement du stationnement pour le bien des piétons.
    Félix Gravel, porte-parole de Piétons Québec

    Félix Gravel espère aussi que la nouvelle administration ne tardera pas à repenser les passages sous les viaducs. « C’est dangereux, mal éclairé, et les vélos vont sur les trottoirs, une mesure d’urgence qui dure toujours. Il faut trouver des solutions pour répondre aux besoins des cyclistes, des piétons et des automobilistes. »

     

    Mais il garde espoir de voir un vrai changement de cap quant à la place du piéton en ville. « Projet Montréal n’est pas un parti qui priorise l’automobile. Il y en aura toujours, mais on va sacrifier plus facilement du stationnement pour le bien des piétons. »

     

    Il n’hésite pas à qualifier le bilan du maire sortant « de très mauvais dans la culture des piétons ». « Le trottoir rue Brébeuf [dans le Plateau-Mont-Royal] est un bel exemple : on a réduit un trottoir et laissé peu de place aux piétons pour encore privilégier le stationnement. »

     

    Avenue du Mont-Royal, place Gérald-Godin, rue Sainte-Catherine, square Phillips, promenade Ontario : les projets de réaménagement ne manquent pas. Il suffit de les mettre en marche.
     

     

    Davantage de transport en commun. Construction de la ligne rose du métro, ajout de 300 autobus hybrides d’ici 2020 : Valérie Plante s’est engagée à élargir l’offre de transports collectifs aux Montréalais. Des promesses attendues de pied ferme par les défenseurs de l’accessibilité au transport en commun.

     
    Photo: Olivier Zuida Le Devoir

    Philippe Cousineau Morin, directeur de Trajectoire Québec, se réjouit particulièrement de voir le réseau de bus au centre de l’intérêt de la mairesse. « Le réseau de bus, c’est le morceau qui manquait dans l’amélioration du cocktail de transports. C’est saturé, surtout l’hiver, alors ça va faire une différence importante. »

     

    Une autre ligne de métro permettrait aussi de désengorger la ligne orange, estime-t-il, craignant toutefois que ce projet d’envergure fasse de l’ombre à des projets de courte durée, plus faciles à mettre en place, comme de nouvelles lignes d’autobus.
     

     

    Réparer les routes de la métropole. L’état des routes montréalaises est souvent critiqué par les automobilistes qui doivent faire preuve de prudence pour éviter les nids-de-poule. En 2016, le boulevard Gouin Est s’est hissé à la 3e place du palmarès des pires routes de la province, réalisé par CAA Québec. Selon le porte-parole, Pierre-Olivier Fortin, la nouvelle administration va devoir prendre sérieusement les choses en main pour améliorer l’état du réseau routier et assurer la sécurité des usagers.

     

    Sans parler de la congestion routière, qui crée toujours plus de maux de tête aux automobilistes. Parmi les 20 points d’engorgement les plus importants au Canada en 2016, cinq tronçons se trouvaient sur l’île de Montréal, d’après CAA-Québec.

     

    Or, les grands projets de rénovation, comme l’échangeur Turcot ou le pont Champlain, pourraient aggraver l’ampleur de la congestion s’« ils ne sont pas bien arrimés et pensés pour limiter leur impact sur le réseau routier », s’inquiète M. Fortin.
     













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