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    Débat sur la laïcité: Pierre Nantel met le NPD en garde

    Si les Québécois ne se reconnaissent pas dans les candidats à la chefferie du parti, ils pourraient se détourner du fédéralisme, avertit le député

    13 septembre 2017 | Hélène Buzzetti - Correspondante parlementaire à Ottawa | Canada
    Les candidats Charlie Angus, Guy Caron et Jagmeet Singh, au terme d’un débat de la course à la chefferie, tenu le 10 septembre dernier, à Vancouver.
    Photo: Darryl Dyck La Presse canadienne Les candidats Charlie Angus, Guy Caron et Jagmeet Singh, au terme d’un débat de la course à la chefferie, tenu le 10 septembre dernier, à Vancouver.

    La foi fédéraliste du député néodémocrate Pierre Nantel vacille. L’élu de Longueuil–Saint-Hubert s’inquiète de l’intention de certains candidats au leadership du Nouveau Parti démocratique de bloquer le Québec s’il légifère en matière de laïcité. Selon lui, si les aspirants à la succession de Thomas Mulcair ne comprennent pas l’importance de présenter une offre politique respectueuse aux Québécois, ces derniers pourraient retourner à leurs anciennes amours souverainistes. Pour sa part, il pourrait même siéger comme indépendant.

     

    Dans une lettre ouverte publiée sur les plateformes numériques du Devoir, Pierre Nantel lance d’entrée de jeu que ce n’est « pas évident d’être un Québécois qui cherche la place du Québec à Ottawa ». Il rappelle que « la moitié du Québec a déjà rêvé, à un moment ou à un autre, à l’option de l’indépendance. J’ai été de ceux-là ». « Comme tant de Québécois, je conjugue mon fédéralisme au conditionnel. […] Mais comme bien d’autres qui sont passés par là, et qui eux aussi y ont mis du coeur, j’en suis à douter. »

     

    M. Nantel justifie son doute par les hésitations de la ministre du Patrimoine à intervenir pour protéger l’industrie culturelle affectée par la dématérialisation ou encore par le refus net des chefs fédéraux d’entamer le dialogue constitutionnel proposé par Philippe Couillard. Mais il s’en prend aussi à son parti, le NPD, et aux positions de ses aspirants-chefs.

    Photo: Franky LeRetoir Pierre Nantel

    Pierre Nantel ne digère pas que Jagmeet Singh, Niki Ashton et Charlie Angus s’arrogent le droit de critiquer le projet de loi no 62 de Québec, qui impose la prestation et la réception de services publics à visage découvert. M. Singh et Mme Ashton ont même laissé entendre qu’ils seraient prêts à utiliser les ressources de l’État pour contester la loi devant les tribunaux.

     

    « Je doute, écrit M. Nantel dans sa lettre, quand je vois des candidats à la chefferie de mon propre parti […] issus d’autres provinces remettre en question la légitimité des débats qui se passent à l’Assemblée nationale et réfléchir à haute voix à d’éventuelles mesures disciplinaires fédérales. Si la reconnaissance de la nation québécoise a un sens, on ne peut évidemment pas accepter, en tant que représentants du Québec, que le fédéral propose de s’ingérer dans nos affaires. »

     

    En entrevue avec Le Devoir, M. Nantel explique qu’il tient ce discours à l’interne depuis un an, quand la course à la chefferie a débuté, et qu’il a écrit à Mme Ashton et à MM. Singh et Angus. S’il s’exprime publiquement aujourd’hui, concède-t-il, c’est qu’il sent qu’il n’a pas été entendu. « Je leur reproche de ne pas donner suite à ce que moi j’ai acheté en tant que Québécois avec Jack Layton en 2011. C’est non seulement de ne pas faire évoluer l’offre au Québec, mais même de la faire reculer en évoquant une forme d’ingérence en parlant de décisions contestables [de l’Assemblée nationale]. »

     

    Il annonce qu’il appuiera Guy Caron dans la course, ce qu’il n’avait encore jamais indiqué. Mais il se désole que seulement un Québécois soit capable d’incarner la conscience québécoise du parti.

     

    Malaise dans les rangs québécois

     

    Les quelque 124 000 membres en règle du NPD commenceront à voter pour le prochain chef lundi prochain. La sortie de M. Nantel s’inscrit dans un contexte plus large de malaise dans les rangs québécois du parti. Loin des micros, certains s’inquiètent que le prochain chef soit déconnecté de la réalité québécoise, en particulier sur les questions de laïcité et de symboles religieux, et nuise aux chances électorales du parti en 2019. On craint que ne se reproduise la débâcle de 2015 : l’appui de Thomas Mulcair au droit d’une femme de porter le niqab pendant une cérémonie de citoyenneté avait fait chuter de 20 points le NPD dans les intentions de vote au Québec. Le hic, c’est que les militants québécois n’auront que peu d’impact sur le choix du chef puisqu’ils ne représentent que 4 % des personnes habilitées à voter.

     

    En coulisses, certains ont même évoqué l’avènement d’un caucus du Québec où les insatisfaits du nouveau chef siégeraient comme indépendants. Est-ce ce qui pointe à l’horizon ? « Je ne peux pas parler pour les autres, mais moi, oui », répond M. Nantel.

     

    L’inquiétude est plus vive encore envers Jagmeet Singh, un sikh pratiquant qui porte turban et kirpan et qui milite en Ontario pour l’exemption du port du casque de moto pour ses coreligionnaires. Les ex-députés Alain Giguère et Pierre Dionne Labelle se sont prononcés contre son élection pour ces raisons. Alexandre Boulerice, qui a décidé de rester neutre dans la course, a indiqué que, sur la question de la laïcité, « M. Singh a une position assez extrême dans la défense des droits individuels ».













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