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    Impressions de mi-mandat

    Denis Ferland
    28 juin 2017 |Denis Ferland | Canada | Chroniques

    L’expression « Beaucoup d’activité mais peu d’action » est de mise à Ottawa, alors qu’on arrive à la mi-mandat du gouvernement Trudeau.

     

    En 2015, les libéraux « frappaient pour le circuit » avec une plateforme très ambitieuse et sont passés de troisième parti au gouvernement. La surprise et l’ampleur de la victoire ont donné les coudées franches à l’entourage de Justin Trudeau, qui a effectué un changement de garde en profondeur, lequel s’est traduit par un décollage laborieux pour les toutes nouvelles équipes ministérielles.

     

    Les balbutiements des dizaines de consultations, lancées par nécessité ou pour gagner du temps, étaient d’autant plus frappants qu’ils contrastaient avec le dynamisme du chef et l’impression laissée dès la sortie de Rideau Hall par l’équipe à l’enthousiasme presque fiévreux mise en place par Justin Trudeau et ses conseillers.

     

    Résultat : les libéraux ont fait adopter moitié moins de projets de loi que le gouvernement Harper majoritaire à ses débuts. La comparaison a toutefois ses limites, puisque ces derniers étaient au pouvoir depuis déjà six ans avec deux mandats minoritaires.

     

    Excuses ? Justifications ? Plutôt un contexte, contexte un peu perdu de vue dans l’accélération du temps de l’ère de Twitter et des égoportraits dont, il est vrai, M. Trudeau a été le premier à profiter.


     

    En matière de bilan, M. Trudeau s’est chargé hier dans son point de presse de revenir sur la première année au pouvoir : baisse d’impôt sur les revenus moyens, nouvelle allocation pour enfants, infrastructures, Régime de pensions du Canada et suicide assisté. Ce rappel intéressé et l’animation soudaine autour de politiques lancées à la veille des vacances (défense, aide internationale féministe, moratoire sur le transport pétrolier, accès à l’information et sécurité nationale) ne font pas oublier un engagement important auquel les libéraux ont tout simplement renoncé, soit celui sur la réforme du mode de scrutin.

     

    M. Trudeau affichait un air contrit hier en expliquant que la décision avait été difficile pour lui, car il croyait personnellement en cette promesse. Finie la candeur, et un certain manque d’humilité, de cette entrevue-bilan de première année dans nos pages, alors qu’il disait que les Canadiens « ont maintenant un gouvernement avec lequel ils sont plus satisfaits. Et la motivation de vouloir changer le système électoral est moins percutante ».

     

    Si on ajoute les maladroites tentatives d’imposer des changements aux règles de la Chambre, la motion 6 qui aurait privé l’opposition d’outils procéduraux légitimes, le financement de groupes sélects et le jeu sur les mots de la réforme sur l’accès à l’information, l’image d’ouverture et de renouveau qui avait attiré tant de nouveaux électeurs en 2015 en prend pour son rhume.


     

    Alors qu’on voit poindre la campagne permanente vers octobre 2019, Justin Trudeau demeure la principale force de son gouvernement avec sa personnalité qui aplanit encore les aspérités.

     

    Et les solutions de remplacement ne rivalisent tout simplement pas avec lui. Andrew Scheer a du pain sur la planche avant de changer la donne de l’image et aucun candidat à la direction du NPD ne se compare à M. Trudeau pour ce qui est de la notoriété. Sans compter l’effet Trump qui pourrait pousser des électeurs vers le chef libéral.

     

    Il y a toutefois un risque à tout miser sur le chef quand les politiques directement associées à son image sont mises au rancart. Ajoutons le dossier des pipelines aux exemples mentionnés plus haut et la vulnérabilité est là.

     

    Pas certain que la seule légalisation du cannabis suffira à renverser la vapeur, sans jeu de mots, chez ces mêmes personnes. Et, quitte à nous répéter, « c’est l’économie, stupide », comme disait un stratège de Bill Clinton. Une économie en redressement lent, mais sûr, si on se fie à la Banque du Canada. M. Trudeau évitait toutefois tout triomphalisme hier en disant toujours miser sur les effets à long terme des investissements en infrastructure et en innovation.

     

    Des risques persistent. Qu’arrivera-t-il aux ménages endettés de la classe moyenne si chère à M. Trudeau quand la même banque centrale relèvera inévitablement son taux directeur en pleine reprise. Et surtout, que donnera cette renégociation de l’ALENA qui s’enclenche à la mi-août à cause de Donald Trump ? Sans parler du déficit persistant qu’Andrew Scheer agite déjà comme un épouvantail.

     

    Justement, est-il là, le pari de Justin Trudeau ? Sa réponse était toute prête hier sur le choix de ne pas « éliminer le déficit de manière arbitraire et à tout prix ».

     

    Octobre 2019. Dans le coin gauche: les investissements à long terme du premier ministre. Dans le droit : l’austérité et la promesse d’Andrew Scheer de l’éliminer en deux ans de pouvoir et, surtout, de dire comment !













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