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    Ça suffit, les mots!

    Manon Cornellier
    21 mars 2017 |Manon Cornellier | Canada | Éditoriaux

    Chaque année, c’est le même refrain. Quand arrive la Journée internationale de la Francophonie, les politiciens multiplient les déclarations vantant les vertus du français, ce qu’ils n’ont pas manqué de faire lundi. Cela peut faire plaisir, mais en ce 375e anniversaire de la présence française à Montréal, il faudrait de vrais gestes pour contrer la fragilisation du français dans la métropole et le reste du pays.


    De la fin juin à la mi-novembre 2016, la ministre du Patrimoine, Mélanie Joly, a tenu des consultations en vue d’élaborer un plan pluriannuel en matière de langues officielles. Ce dernier, prévu pour ce printemps, est attendu avec une certaine impatience et aura intérêt à être musclé, car le portrait n’est pas rose.

     

    En janvier, Statistique Canada a partagé des projections préoccupantes sur la place qu’occupera le français en 2036. Peu importe l’angle choisi, la proportion de francophones diminuera lentement mais sûrement partout au pays.

     

    Vieillissement de la population, faible fécondité et assimilation ont un rôle à jouer, mais l’immigration est le facteur le plus important. Il est impossible de recevoir plus d’immigrants sans voir la variété des langues maternelles s’élargir. Même la proportion de Canadiens de langue maternelle anglaise va baisser. En revanche, quand on regarde l’évolution de la proportion de personnes dont l’anglais est la première langue officielle parlée, il y a une hausse.

     

    Entre 2011 et 2036, la proportion de Canadiens ayant l’anglais comme première langue officielle parlée (PLOP) passera de 75 à 77-78 %, alors que la part de ceux qui déclarent le français comme PLOP fléchira de 23 à 20-21 %. Au Québec, même scénario. La part des Québécois déclarant le français comme PLOP passera de 85 à 82-83 %. Celle des anglophones augmentera de 14 à 16-17 %.

     

    Le problème n’est pas l’immigration, mais l’attraction qu’exerce l’anglais sur les nouveaux arrivants, y compris au Québec, en particulier à Montréal. Et ce n’est pas pour rien. Le premier vecteur d’intégration, avec l’éducation, est le travail. Or la francisation est inégale et surtout inadéquate dans les petites et moyennes entreprises, les premiers employeurs de la province.

     

    Pour que le français ait tout l’attrait qu’il doit avoir, il faut le promouvoir, le défendre et même le rendre nécessaire, surtout pour travailler. Dans son portrait de la situation au Québec, le Secrétariat à la politique linguistique souligne que « la francisation des milieux de travail québécois demeure vitale pour l’avenir du Québec » et une des raisons invoquées est le fait que « pouvoir réussir économiquement et socialement“en français” reste encore la plus grande motivation à apprendre et à utiliser le français. »

     

    Lors de la séance de consultation à Montréal à la fin août, le président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc, a souligné les dangers de laisser le bilinguisme des francophones devenir la norme et ainsi permettre que les choses puissent se passer de plus en plus en anglais sur les lieux de travail. « Il y a une langue officielle qui va progressivement devenir marginale et [une autre] qui va devenir dominante encore plus qu’elle ne l’est présentement. »

     

    Mme Joly n’a pas vraiment relevé l’avertissement et, à Ottawa, on résiste toujours à l’idée d’assujettir à la loi 101 les entreprises et organismes fédéraux actifs sur le territoire québécois. Travailler en français n’est pourtant pas un privilège, mais un droit et, dans un contexte d’immigration, une nécessité pour garantir l’épanouissement à long terme du français.













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