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    Hors saison? Pas question!

    Carolyne Parent
    2 septembre 2017 |Carolyne Parent | Voyage | Chroniques

    Le maïs d’ici, je le déguste lorsqu’il est à son sommet, fin août, début septembre. Eh bien, c’est pareil pour les destinations : je veux y être lorsqu’elles se présentent sous leur meilleur jour. Pas vous ?

     

    Difficile d’être contre l’idée de voyager hors saison. Après tout, c’est un bon plan qui ne comporte que des avantages, non ? Il y a moins de monde sur les routes, moins de touristes sur les sites, il fait — peut-être — encore beau et puis, les tarifs hôteliers sont moins élevés, chose appréciable.

     

    Mais en ce qui me concerne, le « bon plan » mérite quelques nuances. À quelle période fait-on référence exactement ? Parle-t-on des quelques semaines qui suivent la haute saison, soit l’arrière-saison ? Des quelques semaines qui la précèdent ? Ou de la période hors saison proprement dite et… proprement morte et morne ?

     

    L’arrière-saison et le hors saison urbains, balnéaires et de villégiature évoquent aussi des réalités tout à fait différentes. Un hôtel-spa nordique dans Lanaudière fin octobre ? J’arrive, car j’en ai plus pour mon argent, le forfait de séjour étant souvent bien plus généreux qu’en décembre. Et si le temps est pourri, peu importe, car je ne visiterai après tout que des baignoires à remous. Venise tout juste après le carnaval ? J’accours ! Les fêtards sont partis et le ciel est bleu Canaletto. Calvi en septembre ? Oubliez-moi ! En Corse, dès la fête du Travail, la qualité de la lumière n’est déjà plus ce qu’elle était à peine la semaine d’avant, le vent s’est levé, le fond de l’air est frisquet et les transats, empilés en bordure de la plage, me narguent. Et c’est sans compter les rues désertées et les cafés fermés des hameaux de la Balagne. Bonjour l’ambiance, même avec son amoureux…

    Photo: Carolyne Parent Un temps automnal plus que tonique à l’Espiguette, une plage du Gard, dans le sud de la France, qui est tellement plus invitante en… juillet !
     

    Comme l’amie Carole, j’aime toutefois Paris en novembre : j’infiltre la vie parisienne sur fond de fébrilité des fêtes de fin d’année et de cafés aux vitrines embuées. La flambée des couleurs d’automne à Magog-Orford, Noël à Saint-Pétersbourg, janvier dans une forêt du Michoacán, où il « neige » des papillons monarques, la fête des vendanges à Mendoza en mars, New York à Pâques, la Promenade du philosophe à Kyoto, au temps des cerisiers en fleurs, Cannes pendant son festival, Montréal pendant les siens : c’est exaltant ! Ces destinations vibrent alors de vie et d’animation ! On se mêle aux gens du cru en liesse, comme disait l’autre.

     

    Voyager au Mexique pendant El Día de los Muertos, qui dure en fait trois jours à compter du 31 octobre, c’est participer à l’une des fiestas les plus vivantes du pays et se familiariser avec une tradition qui remonte aux Aztèques, qui permet de mieux saisir l’âme mexicaine. Mañana, mañana, la muerte ! Séjourner à Mumbai ces jours-ci, pendant la fête de Ganesh, le dieu éléphant, c’est être plongé dans une ferveur religieuse qui vire vite fait au party de rue avec ses processions et ses délicieux bhel puri préparés sous nos yeux. Ah, c’est clair, votre chambre d’hôtel vous coûtera plus cher qu’en juin, pendant la mousson, mais au fait, que voulez-vous acheter : un bas tarif ou une expérience de voyage signifiante ?

     

    L’envers de l’été

     

    L’industrie du tourisme vit mal les flux saisonniers, et pour cause. Ceux-ci ont un impact économique important et engendrent des problèmes de taille. Par exemple, dans des destinations qui ne s’animent qu’en saison, comment maintenir une qualité de service — le nerf de la guerre du secteur de l’hôtellerie — dans un contexte d’irrégularité d’emploi ?

     

    Depuis quelques années au Québec, le ministère du Tourisme a pour stratégie d’accompagner le développement d’un tourisme hivernal afin de contrer les effets de la saisonnalité. Comme le rappelait Claudine Barry, de la Chaire de tourisme Transat, dans un article diffusé récemment sur le site Réseau veille tourisme, en 2014 (dernières données disponibles), 35 % des visites chez nous ont eu lieu, sans surprise, en juillet, en août et en septembre. L’analyste faisait toutefois remarquer qu’entre 2000 et 2014, « la part des visites concentrées au troisième trimestre a baissé de six points de pourcentage au bénéfice des premier et quatrième trimestres », soit à l’automne et à l’hiver. Bonne nouvelle pour les acteurs du secteur !

     

    En tant que touriste, je n’en continue pas moins de chercher les avantages du tourisme hors saison dans des destinations qui ne créent aucune plus-value pour compenser un temps de canard, ou encore le sentiment tristounet qui vient avec la réalisation que ça-doit-être-tellement-formidable-en-juillet.

     

    Claudine Barry, elle, a trouvé un bienfait pour la destination en elle-même. Le ralentissement post-haute saison procure, dit-elle, « un moment de récupération pour la communauté et les travailleurs, mais aussi pour la nature et les sites touristiques ». Je suis bien d’accord. Nature et sites ont parfois besoin de vacances, eux aussi.













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