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    Tourisme

    À la conquête de l'ouest de la Chine dans les pas de Marco Polo

    5 août 2017 | Carolyne Parent - Collaboratrice dans la province de Gansù | Voyage
    Stupas et ravissement aux grottes de Mogao
    Photo: Carolyne Parent Stupas et ravissement aux grottes de Mogao

    Le désert de la Mort. Les steppes désolées de l’Asie centrale. Les barbares sanguinaires… Aux yeux des Han sous l’empereur Wudi, tout ce qui se trouvait au-delà de l’extrémité occidentale de la Grande Muraille était terrifiant. Mais cela ne les a en rien empêchés d’acheminer leur soie jusqu’à Rome ! Récit au fil de la plus ancienne des routes commerciales du monde.


    Tel un moussaillon détectant un bout de terre à l’horizon après des mois de navigation, Marco Polo s’écria « Cathay ! » en apercevant Dunhuang. Enfin, l’empire du grand khan ! Enfin, une oasis dans cet océan de sable ! Enfin… de l’eau !

    Photo: Benjamin Chow L’oasis de Dunhuang

    En vérité, je ne sais fichtrement rien de ce que l’aventurier vénitien a bien pu dire au terme de sa traversée du désert, mais ça me plaît bien de l’imaginer aussi tonitruant qu’assoiffé. Ma seule certitude est que je marche dans ses pas, dans cette Chine mongole, actuelle Chine du Nord, qu’il avait baptisée Cathay.

     

    Je voyage dans la province de Gansù, le seuil du monde occidental au temps de l’empereur aux visées expansionnistes. C’est d’ailleurs sous l’impulsion de ce cher Wudi que fut créée la fameuse Route de la soie. Parti explorer les territoires de l’Ouest, son émissaire établit une voie commerciale reliant Chang’an (rebaptisée depuis Xi’an) à Rome, au IIe siècle… avant Jésus-Christ.

     

    Précision : on dit la Route de la soie, mais dans les faits il y avait deux voies majeures, interconnectées par tout un écheveau de chemins qui totalisaient quelque 6500 kilomètres, dont le quart se trouvent dans le Gansù.

    Photo: Carolyne Parent Dunes sous la lune de Dunhuang
     

    « Il y avait la route du Nord et celle du Sud, via le Tibet, explique Tony Du, un agent de voyages natif de la région avec qui je voyage. Au carrefour, Dunhuang occupait une position stratégique qui a connu son apogée sous les dynasties Han et Tang. »

     

    La voie du développement

     

    Mais Dunhuang est encore loin. Je ne suis qu’au début du corridor du Hexi, l’ancien trait d’union entre le no man’s land occidental et le reste de l’empire Han. Pour y arriver, je traverserai une portion caillouteuse du désert de Gobi et plusieurs anciennes étapes devenues les principales villes du Gansù.

     

    La première d’entre elles, Lanzhou, capitale provinciale, abrite la plus importante base militaire de l’ouest de la Chine. Son industrie pétrochimique est également florissante. Tant et si bien que le fleuve Jaune qui la borde est d’un beau brun latte. Voilà qui explique sans doute pourquoi la spécialité culinaire locale est une célèbre soupe aux nouilles et non un plat de poisson.

    Photo: Carolyne Parent Le marché de nuit à Dunhuang
     

    Tout comme Linxia, sa pimpante voisine au sud, Lanzhou est nickel. Ciel, on dirait même que tout y a été construit la veille ! Et pour cause… Jadis synonyme de prospérité, la Route de la soie représente encore aujourd’hui un espoir de jours meilleurs pour la population locale.

     

    Même que l’Administration nationale du tourisme en a fait une « destination prioritaire » dans le but avoué d’éradiquer la pauvreté dans cet arrière-arrière-pays.

     

    Dévoilée en 2013, l’initiative One Belt, One Road du président Xi Jiping vise par ailleurs à revitaliser la mythique route commerciale pour reconnecter la Chine à l’Asie centrale et au littoral indien, via l’Indochine. Ponts, barrages et autres méga-infrastructures sont en chantier à cette fin.

     

    « Dans les années 1990, le gouvernement a baptisé la région le “nouveau village”, raconte Tony Du. Il encourageait les jeunes en quête d’emploi à s’y établir, car il y voyait déjà un grand potentiel de développement. » Selon cet ex-résidant, les autorités ont eu raison puisque la qualité de la vie s’est grandement améliorée depuis 15 ans : « Les salaires y ont été multipliés par 10. »

     

    Just imagine !

      

    L’autocar avale les kilomètres, et nous voilà à Wuwei. C’est une jolie ville qui compte plusieurs sites historiques. Trouvées dans un tombeau — qu’on visite — sous le temple Léitái, plusieurs sculptures de bronze, dont un cheval ailé, font sa fierté. Vieux de 2000 ans, l’original de celui-ci est sous vitrine au très beau Musée provincial, à Lanzhou.

    Photo: Carolyne Parent Une marchande de fruits à Wuwei
     

    Ce cheval renvoie au véritable culte que vouaient les Han à une race équine d’Asie centrale reconnue pour sa rapidité. À l’époque, la survie du guerrier dépendait de la célérité de cette monture de Ferghana qui, selon la légende, suait le sang…


    Au temple ming Wen Miao, consacré à la littérature et érigé par un disciple de Confucius, une stèle rappelle que « la bibliothèque ne connaît pas la nuit ». Au temple du Grand Bouddha, de rares statues d’arhats entretiennent l’espoir que le nirvana existe bel et bien.

     

    Au parc, des aînés dansant le triple swing ou s’activant sur des équipements d’entraînement, mis à la disposition de tous, mettent en relief le triste sort de certains de nos aînés vivotant en CHSLD…

    Photo: Carolyne Parent Au temple de la littérature à Wuwei
     

    « Dites, M. Wei, à Zhangye (où Marco Polo a vécu un an avant de rejoindre la cour de Kubilaï Khan), pourra-t-on aller voir la statue érigée en son honneur ?

     

    — Euh, horaire serré, sorry, just imagine ! » répond le guide.

     

    Imaginer… Mais je ne fais que ça, car vous pensez bien qu’il ne reste pas grand-chose du passage du marchand au XIIIe siècle.

     

    Un désert qui fait boom

     

    Zhangye, ville du désert, est vraiment étonnante. Imaginez, justement, une plaine aride dans laquelle toutes les grues du pays semblent avoir migré, et je ne parle pas d’oiseaux. Dans cette immensité, des « Dix30 » surgissent çà et là. De rutilantes tours lasvegasiennes côtoient des édifices de deux étages et des excroissances de béton non finies. Le tout avoisine un vert « poumon », le National Wetland Park, où l’on vient se mettre au frais. Irréel !

    Photo: Carolyne Parent Le chameau, «paquebot du désert»
     

    Dans les parages de la ville, le parc géologique de Danxia est une autre surprise. Sur quelque 500 kilomètres carrés, des collines aux couleurs des minéraux qu’elles renferment créent un paysage rayé blanc, jaune, rouge et ocre. Au site voisin de Binggou Danxia, ce sont plutôt de grandes « orgues » de grès mauve qui s’élancent vers le ciel.

     

    Shawna Park, une agente de voyages de Toronto faisant partie de notre groupe, est ravie, car le mois prochain 22 de ses clients, des artistes peintres et sculpteurs, se rendront dans le Gansù. « Ils cherchent des paysages inspirants. En voici ! » s’exclame-t-elle.

     

    Trois heures de bus et d’un panorama beige-grenailles-de-pierre plus tard et nous voilà à Jiayùguan. Son fort imposant érigé sous les Ming, à proximité d’un massif aux pics enneigés, marquait la fin de la Grande Muraille, la frontière occidentale de la Chine impériale et la fin du monde civilisé. Aussi, tous les marchands y transitaient afin d’obtenir le visa leur permettant de franchir cette « passe imprenable sous le ciel ».

     

    En pâmoison à Mogao

     

    Sur la Route de la soie ne voyageaient pas que des marchandises, mais aussi des idées. C’est d’ailleurs par ce chemin que le bouddhisme, né en Inde, arriva en Chine.

     

    À cinq heures d’autocar du fort, les grottes de Mogao apparaissent tel un mirage à l’horizon, tandis que souffle une tempête de sable. Le gars des vues n’aurait pas mieux planifié la chose !

     

    Inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, Mogao consiste en 500 sanctuaires rupestres, chacun ayant été financé par une famille fortunée de Dunhuang, le carrefour stratégique situé tout au bout du corridor du Hexi.

     

    « La première grotte date de l’an 366 ; la dernière fut creusée 1000 ans plus tard, explique la guide. Et comme seuls quelques lettrés pouvaient lire les soutras, les familles engageaient des artistes peintres et des calligraphes pour les interpréter. »

     

    Le résultat est fabuleux ! Le roc est tatoué de fresques qui mettent en scène des nomades aux pantalons bouffants d’un beau bleu lapis-lazuli afghan, des sages en tunique tang et des bouddhas aux yeux bridés. Ces magnifiques « chapelles » accueillaient notamment les caravaniers qui venaient y prier afin que leur périple soit fructueux.

     

    Tout aussi déconcertante est Dunhuang, dont une des artères principales débouche directement sur les dunes aux sables chantants des confins du désert de Gobi.

     

    Nous voilà dans l’oasis où les marchands de l’Ouest pouvaient enfin trouver refuge et échanger leurs chameaux. « La soie destinée à Rome y transitait, et du thé, des peaux de lézard, des pierres semi-précieuses, des couteaux et les fameux blood sweat horses y étaient négociés », raconte Tony Du.

     

    Les dunes sont vertigineuses. La présence de loueurs de chameaux, de luges des sables et de 4 x 4 ne donne pas moins le tournis. C’est franchement le cirque touristique.

     

    Pour goûter au désert, il me faut atteindre une des crêtes. Je prends donc mon courage à deux mains et gravis une dune.

     

    Au sommet, l’océan de sable est époustouflant. La nuit tombe. Il me semble bien entendre « Cathay ! » mais non, c’est juste le sable qui rugit, soulevé par le vent. Et du coup, j’ai tellement soif…

    Une autre Chine

    Si vous n’avez jamais séjourné dans l’empire du Milieu, sans doute aurez-vous envie de visiter Pékin avant le Gansù. Normal. Autrement, allez-y : c’est une autre Chine.

     

    « Cette région est différente du reste du pays à tous les points de vue », assure Tony Du, un agent de voyages établi à Shanghai et natif de Lanzhou, la capitale provinciale. « Notre façon de vivre est plus proche de celle du Moyen-Orient que de la Chine, poursuit l’employé de Rewards Travel China. Nous sommes plus bouddhistes que confucianistes ou taoïstes. Nous mangeons du boeuf, mais aussi de l’agneau ; nous buvons du thé noir et non du thé vert. Nous nous habillons de blanc, de noir et de vert pour nous confondre avec notre environnement. Et nous avons nos propres dialectes. »

     

    Puis, 8 % de la population étant de confession musulmane, on aperçoit des mosquées dans le Gansù. Enfin, l’industrie du tourisme s’y développant depuis tout au plus une décennie, il faut voir la tête — sympathique — que fait le restaurateur quand on entre chez lui pour commander une soupe en pointant la photo scotchée au mur…

     

    Quant à savoir si la région convient à tous ou d’abord aux voyageurs d’ascendance asiatique, Shawna Park, une agente de voyages établie à Toronto, est d’avis qu’elle est pour tous : « Elle est juste plus exotique pour vous ! »


    En vrac

    Le bon moment pour y aller : de mai à octobre.

     

    Un bon ouvrage à lire : Dans les sables du Taklamakan, de Sven Hedin. Ce désert au nom qui claque comme un coup de cravache sur l’échine d’un alezan mongol est situé à l’ouest du désert de Gobi. Hedin, lui, était un explorateur suédois ayant étudié la géographie avec l’inventeur de l’expression « Route de la soie », l’Allemand Ferdinand von Richthofen. Il a été le premier Européen à s’aventurer dans le Taklamakan et, surtout, à en sortir vivant. En 1895, il écrit : « Devant cette majestueuse immensité, plus que jamais je me sens poussé en avant par l’aiguillon de la découverte et par la fantasmagorie de l’inconnu. » Sa soif de découverte lui fera également vivre les affres de la soif tout court, et c’est ce qu’il raconte dans ce livre captivant.

     

    Le bon guide à parcourir en Asie : les Lonely Planet sont imbattables, et Chine ne fait pas exception. La prochaine édition est prévue en novembre prochain. On pourra aussi n’acheter que le chapitre numérique portant sur Gansù.

     

    La bonne soupe aux nouilles de Lanzhou : à déguster aussi à Montréal, chez Nouilles de Lanzhou, dans le quartier chinois, au 1006, boulevard Saint-Laurent.

     

    Renseignements : Air Canada pour ses vols directs Montréal-Shanghai, ville de laquelle on peut s’envoler vers Lanzhou.

     

    Carolyne Parent était l’invitée d’Air Canada et de l’Office national du tourisme de la Chine.













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