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    24 heures à Trois-Rivières

    Matricule 95428, en prison!

    La visite du vieil établissement carcéral de Trois-Rivières révèle les pénibles conditions de détention qui y ont sévi pendant plus d’un siècle et demi

    5 août 2017 | Diane Précourt à Trois-Rivières | Voyage
    La plupart des sections de la Vieille Prison de Trois-Rivières sont restées intactes depuis son ouverture en 1822.
    Photo: GL Photographe La plupart des sections de la Vieille Prison de Trois-Rivières sont restées intactes depuis son ouverture en 1822.

    Pendant 164 ans, on y a pratiqué les conditions de détention réputées parmi les plus difficiles en Amérique du Nord. La Vieille Prison de Trois-Rivières, construite au début du XIXe siècle, fut l’établissement de détention le plus longuement en fonction au Canada. Visite des lieux en compagnie de Thomas, un ex-détenu. Une incursion troublante dans des installations qui, malgré une extrême désuétude, n’ont jamais connu de modifications dignes de ce nom… jusqu’à la fermeture en 1986 !


    Dès les premiers pas dans l’ancienne prison trifluvienne, surtout par une journée de grande chaleur, on sent la vétusté des lieux et l’odeur qui suinte des murs. Dans l’une des cellules, restées pratiquement inchangées pendant toutes ces décennies, Thomas raconte avec émotion les traitements réservés aux prisonniers au fil des ans, y compris son séjour au « trou », à tout juste 20 ans.

     

    Ce cachot, un minuscule espace voûté au sol en terre battue, saturé d’humidité, est plongé dans le noir total. Le candidat au « trou » y sera enfermé pendant cinq jours sans possibilité de sortir, jusqu’à en perdre toute notion du temps (et la raison ?). Et comme si ce n’était pas suffisant, on lui servira ses repas à différentes heures de la journée, histoire de le désorienter encore un peu plus, explique Thomas.

     

    « Un détenu au trou particulièrement aimable avec un gardien pourra éventuellement obtenir une cigarette. Le briquet pour l’allumer servira peut-être aussi à “ brûler ” au mur un nom ou un message. »

     

    Les prisonniers y seront enchaînés, comme au Moyen Âge : il fallait bien les empêcher de creuser un tunnel pour s’enfuir... Une pratique en vigueur jusqu’au début des années 1970. Puis, au fil des années, sept pendaisons y seront exécutées, par défenestration, pour des crimes graves comme des meurtres, la dernière ayant eu lieu en 1934.
     

    Histoire Le « trou », un minuscule espace voûté au sol en terre battue, saturé d’humidité, est plongé dans le noir total. Le malheureux candidat y sera enfermé pendant cinq jours sans possibilité de sortir, jusqu’à en perdre toute notion du temps (et la raison?). Aussi, on lui servira ses repas à différentes heures, pour le désorienter un peu plus.

    Mais au XIXe siècle, les peines y sont purgées surtout pour des délits mineurs : vagabondage, vol, ivresse, atteinte à la morale ou à l’ordre public, désertion. Ce qui n’empêchera pas la surpopulation. En 1911, le lieu d’incarcération conçu pour une quarantaine de détenus en accueillera une centaine, puis ils seront plus de 130 en 1986, résume notre guide.

     

    La nuit, confinés dans leur cellule, les prisonniers feront encore, jusque dans les années 80, leurs besoins dans des seaux communs. Avec les odeurs qu’on imagine aisément. D’autant plus qu’on entassait jusqu’à six personnes dans les cellules qui faisaient à peine trois mètres sur trois. Les chaudières nauséabondes étaient vidées à tour de rôle au petit matin. On rapporte qu’à certains moments, le récipient et son contenu pouvaient servir d’arme...

     

    « Après la période des douches — hebdomadaires —, précise Thomas, ça sentait le savon partout dans la bâtisse puisque tout le monde y passait la même journée. » Lui se lavait tout habillé, histoire de nettoyer du même coup ses vêtements, qu’il laissait sécher sur la peau. Il n’y avait pas de buanderie dans l’établissement.

     

    Tout ça constituera évidemment un foyer rêvé pour les maladies et les infections de toutes sortes. Et ce n’est qu’en 1912 que seront retirées les multiples couches de chaux sur les murs, où se terrent punaises et coquerelles, pour y appliquer de la peinture.
     

    Photo: GLOB Photo L'ancienne prison de Trois-Rivières

    Dans la cellule où nous nous installons avec Thomas, quatre lits superposés — auxquels on pouvait ajouter deux autres matelas par terre au besoin — nous servent de salle d’entrevue. Entourés de ces murs délabrés, témoins de souffrances et d’angoisses parfois jusqu’à la psychose, nous restons figés, assis au bord du « matelas » — d’origine — en écoutant son témoignage. Thomas fait mine de s’étendre sur le sien, et s’enfonce littéralement. On n’est pas dans un cinq-étoiles, n’est-ce pas?

     

    Tout au long de ses décennies en fonction, la Vieille Prison de Trois-Rivières a fait l’objet de réclamations de la part des détenus, mais aussi des geôliers et des organismes sociaux, pour mettre fin à l’insalubrité et aux minables conditions de détention qui y avaient cours.

     

    Même Amnesty International s’est investie à quelques reprises pour la cause. Mais d’une promesse électorale à l’autre, ces revendications sont étrangement restées lettre morte malgré le piètre état d’insalubrité des lieux, connu de tous.

     

    Une prison qui fut érigée en véritable forteresse. L’une des raisons pour lesquelles le projet de sa démolition fut plus tard abandonné !

     

    Heureusement, puisqu’on peut aujourd’hui pénétrer dans ce témoin concret de l’histoire, un repaire de détenus où les pièces transpirent encore la tristesse et la douleur.

     

    Ah oui, notre matricule : 95428.

    Une vie pénitentiaire La visite de la Vieille Prison de Trois-Rivières est ouverte au public : l’expérience En prison ! dure environ une heure et quart, sous la supervision d’un guide (parfois un ex-détenu). On y voit notamment les cellules et les cachots, en plus d’en imaginer les conditions difficiles de détention. L’établissement intégré au Musée québécois de culture populaire offre même un séjour d’une nuit pour des groupes, moyennant une « caution » de 60 $.

    On prévient les gens que « la visite n’est pas accessible aux jeunes de moins de 12 ans. Elle comprend, entre autres, les témoignages sur la vie carcérale. Les propos tenus ne sont pas pour les enfants. De plus, la visite des cachots peut être angoissante pour certaines personnes. »

    La bâtisse, érigée selon les plans de l’architecte François Baillairgé, est classée au patrimoine culturel. Dès 1905, « on reconnaît ironiquement que la prison de Trois-Rivières est le seul monument historique de ce genre au Québec, mais on se plaint du même souffle des mauvaises odeurs des latrines, du mauvais chauffage en hiver, des punaises et des coquerelles ».

    En vrac Depuis 2015, dans une ancienne banque rénovée en conservation patrimoniale, Nancy Samson brasse des affaires en chocolat. Intarissable sur sa passion pour ce métier artisanal, elle concocte des produits qui ne souffrent d’aucune concession sur la qualité. Et ça se goûte, sur place avec un bon café, ou à emporter. Son atelier tout vitré permet de voir la maître chocolatière à l’oeuvre.

    Au restaurant Angéline, on trouvera un menu italien comprenant notamment des pâtes fraîches maison, mais aussi une ambiance conviviale et un accueil des plus chaleureux. Une terrasse sur rue et une autre ensoleillée à l’arrière complètent agréablement l’espace intérieur.

    Le restaurant Poivre noir propose un décor avec vue sur le fleuve. On pourrait y aller juste pour son entrée de tartare de bison. Un menu « Amphithéâtre » à prix fixe est spécialement conçu pour ceux qui veulent assister au spectacle Stone hommage à Plamondon du Cirque du Soleil, présenté jusqu’au 19 août au très bel amphithéâtre de Trois-Rivières longeant le Saint-Laurent.

    Une petite tournée des boutiques dans la vieille ville permet de dénicher de belles trouvailles.












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