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    Tourisme

    Mordre à quatre dans la Grosse Pomme

    22 avril 2017 | Gary Lawrence - Collaborateur | Voyage
    Central Park, l’incontournable poumon vert de Manhattan, à New York
    Photo: Gary Lawrence Le Devoir Central Park, l’incontournable poumon vert de Manhattan, à New York

    Quand on vit à une heure d’avion ou huit heures de route de l’une des plus trépidantes mégapoles de la planète, on se doit de s’y rendre pour son propre plaisir, mais aussi pour y exposer sa descendance à la variété, à certaines vérités, à la cadence et aux décadences de la vie moderne, pour le meilleur et pour le pire. Morceaux choisis de quatre jours passés à quatre sans aucun temps mort.


    — Mais qu’est-ce qu’il a à crier comme ça, le monsieur ?

    — Euh… C’est le muezzin qui appelle les musulmans à la prière, ma chérie.

     

    L’été dernier, en me rendant à New York en famille, je ne pensais pas avoir l’occasion d’aborder les us et coutumes de l’islam avec ma fille de huit ans. Mais la globalisation du Village mondial étant ce qu’elle est, on ne peut plus se surprendre de rien, y compris trouver plusieurs mosquées en plein Brooklyn, en particulier dans le quartier de Fort Greene, où nous avions élu domicile pour quatre jours.

     

    Bien loin de la très manhattanite Trump Tower et au-delà de l’ultrabranché Williamsburg et de l’écolo-bobo Park Slope, ce secteur du célèbre borough de New York est en douce mutation.

    Photo: Gary Lawrence Le Devoir Fresque murale dans Prospect Heights, un quartier de Brooklyn.
     

    Y alternent aujourd’hui immeubles abandonnés, marchands de jus bios, boutiques pour vélomanes, épiceries et restos moyen-orientaux et barbiers octogénaires aux origines incertaines, mais aussi des rues entières en brownstones — ces ravissantes demeures en pierre —, ainsi qu’au moins une église néogothique transfigurée en propriété à condos.

     

    Le quartier voisin, Prospect Heights, n’échappe pas à cette mouvance réformiste. « Il y a un an, c’était le ghetto ici ; de nos jours, les hipsters affluent en raison des loyers plus abordables », souligne une gentille autochtone, tandis qu’un barista prépare nos doses de drogue noire (et deux laits au chocolat pour les petiots), dans un café situé sur le chemin qui mène au Brooklyn Museum, plus au sud.

     

    Nous y allions pour voir les momies et les 4000 artéfacts d’art égyptien (fifille est égyptologue en herbe). En lieu et place, nous avons plutôt accroché sur l’art africain contemporain, les fascinantes « oeuvres virtuelles chimériques » de Saya Woolfak, ainsi que sur l’exposition BoomBox, des sculptures formées de minichaînes portatives. « Parfait pour moi », dixit fiston, 11 ans, adepte de break dance, style inventé à New York.

     

    — Et ça, c’est quoi ? d’ajouter le rejeton, au dernier étage de ce musée de 52 000 mètres carrés.

    — Des affiches du style de celles qu’on trouve à Coney Island. Ça tombe bien : nous y allons ce soir…

    Photo: Gary Lawrence Le Devoir Le musée d’art de Brooklyn possède une collection de 4000 artéfacts et objets égyptiens, dont ce sarcophage.
     

    On est comme Coney

     

    « C’est le meilleur monde du monde ! » s’exclame fiston en se rendant compte qu’on peut être dans une forêt de gratte-ciel à 17 h et sur une plage à 18 h, rien qu’en empruntant le métro — même dans une colossale cité-goliath de plus de 20 millions d’âmes.

     

    Mais Coney Island n’est pas qu’un long liseré de sable blond en bord de mer, où il fait bon piquer une tête ou un roupillon. Dès qu’on sort de la station du métro aérien, on sent qu’on vient d’atterrir sur une autre planète, celle où règnent les enseignes criardes, les affiches de carton-pâte et les devantures aussi délavées par les embruns que ravalées par les années, créant du coup une ambiance surannée. Parfait pour de jeunes yeux en quête de stimuli envoyés sous forme de coloris.

     

    Entre 1880 et 1940, Coney Island abritait aussi le plus important parc d’attractions des États-Unis. Aujourd’hui, ses jeux et manèges rétro-kitsch nous téléportent gaiement dans une dimension parallèle du New York actuel, qu’on soit tout jeune, ado, adulescent ou adulte évanescent.

     

    Du reste, les New-Yorkais affluent et déambulent toujours par milliers sur les quatre kilomètres du boardwalk tout de bois recouvert, là même où trône Nathan’s, le père de tous les hot-dogs, et l’intrigante échoppe où on ose tremper les biscuits Oréo dans la friture.

    Photo: Gary Lawrence Le Devoir L’étonnante plage de Coney Island, accessible en métro
     

    Coney Island forme enfin un bel endroit pour initier les jeunes à la variété et à la diversité de la faune humaine dans toute sa splendeur : femme fripée qui dégobille sa bière sur la terrasse où nous dégustons une glace ; épaves humaines échouées sur les lattes de bois ; nains à tête de chou et autres créatures burlesques apparaissant sur les affiches des freak shows ; bimbo au bikini minimaliste et à la poitrine gonflée à l’hélium qui cherche à se faire tamponner (par des autos tamponneuses). Le tout à l’ombre de la fleur de métal du Parachute Jump (la « tour Eiffel de Brooklyn », un ancien manège), de la Wonder Wheel (une grande roue aux nacelles mobiles) et du Cyclone (un parcours de montagnes russes qui aura 90 ans cette année), qui se dressent devant une infinité de baigneurs.

     

    — Papa, on peut se baigner ?

    — Euh… Oui, mais uniquement dans l’ambiance. M’est avis que l’eau n’est pas des plus salubres ici. Tiens, paraît que celle du zoo est bien plus propre…

     

    À la recherche de Madagascar

     

    Des siècles (dans l’esprit des enfants) après avoir vu le film Madagascar, voici enfin venu le jour de la visite du célébrissime zoo de Central Park. C’est plutôt une minuscule prison animalière comme on en faisait tant autrefois, tout bien réfléchi, laquelle a tôt fait d’émouvoir les enfants, mais pas dans le sens qu’on aurait aimé.

     

    « Pauvre bête, comme elle a l’air de souffrir, il fait tellement chaud… » de soupirer fifille à la vue d’un léopard des neiges, qui encaissait comme il le pouvait les 35 degrés à l’ombre, ce jour-là, dans sa microcellule.

     

    Consolation : cette façon désuète d’aménager des zoos exigus rebute tellement qu’elle permet de former de nouvelles générations de visiteurs sensibles au bien-être des bêtes. En revanche, le spectacle des otaries a cartonné et nous étions d’autant plus réjouis qu’elles avaient tout l’espace voulu pour batifoler, dans de l’eau fraîche de surcroît.

     

    — Ça ne serait pas les cousines des loutres du Biodôme et de l’Ecomuseum, papa ?

    Photo: Gary Lawrence Le Devoir La Wonder Wheel, icône du parc d’attractions de Coney Island, date des années 1920.
     

    Rien à cirer de Madame Tussauds

     

    Dans ma prime jeunesse, j’ai visité Madame Tussauds, le célèbre musée londonien de personnages de cire grandeur nature.

     

    À l’époque, j’avais apprécié les reconstitutions historiques — dont celles du sinistre Henri VIII, passé maître dans l’art de la torture. Plus tard, après une visite du Grévin de Paris, mon intérêt pour les personnages stoïques au sourire figé et à l’expression inerte a rapidement chuté.

     

    Alors, quand ma fille a insisté pour visiter le Madame Tussauds de New York, c’est à reculons que j’ai accepté de me soumettre volontairement à ce tourment et de l’accompagner pour voir « Djostine Bibeurre » et consorts.

     

    Au début, la visite tenait effectivement du supplice : nymphettes aux dents triplement cerclées de broches qui se font prendre en photo près d’un ersatz de Robert Pattinson ; jeunes quidams qui passent à deux doigts de vous éborgner avec leur selfie stick ; et surtout, moult statues au teint exsangue dont on ne reconnaît pas le personnage, une fois sur deux, tellement elles sont ratées. Puis…

     

    — Papa, regarde : c’est Helen Keller !

    — Qui ?

    — Une femme aveugle, sourde et muette dont on nous a parlé à l’école !

    — Ah ben oui, Helen Keller…

     

    Vinrent ensuite Gandhi, Obama, Woody Allen, Hemingway, Andy Warhol, Messi… tous plutôt réussis, comme l’était Jennifer Lawrence.

     

    — Regardez les enfants, vous savez que son père porte le même prénom que le vôtre ? Elle pourrait être votre grande soeur…

     

    Hélas, cependant, point de « Djostine Bibeurre », l’élément motivateur et principale raison pour laquelle nous avions pénétré dans cet antre de morts-vivants.

     

    — Dis Papa, en rentrant à Montréal, on pourra voir s’il est au Grévin ?

    Photo: Gary Lawrence Le Devoir La statue (plutôt réussie) de Jennifer Lawrence au musée Madame Tussauds de New York.
     

    Jamais rien vu d’aussi haut

     

    Qu’on mesure deux mètres ou qu’on soit haut comme trois pommes, le monument commémoratif du World Trade Center a de quoi vous secouer les fondements. L’aménagement, simple et sobre, souligne sans flonflon ni flafla la disparition des quelque 3000 âmes avalées par le 11-Septembre 2001 : l’eau s’écoule vers le centre dans deux trous béants dont on ne voit pas le fond depuis les abords.

     

    C’est notamment pour demeurer terre à terre que nous ne sommes pas allés nous élever jusqu’à l’observatoire du 102e étage de la nouvelle tour de 541 mètres du One World Trade Center — mais aussi parce qu’il en coûte une beurrée pour s’y rendre à quatre.

     

    Nous avons donc plutôt gagné The Oculus, chef-d’oeuvre de grâce et de lumière signé Calatrava, pour nous y engouffrer et prendre le métro jusqu’à l’Empire State Building.

     

    « Du haut de ce promontoire du 86e étage, l’Empire vous contemple depuis 1931 », dis-je aux enfants d’un ton napoléonien, une fois au sommet. Et je suis sûr qu’on voit beaucoup plus de choses ici que dans l’autre tour : celle-ci est au centre de l’île de Manhattan, celle du One World Trade Center est à l’une de ses extrémités… »

     

    Plus haut observatoire en plein air de New York, l’Empire State Building n’est cependant pas le seul à permettre de s’offrir un bol d’air de haute altitude : celui du Top of the Rock est tout aussi fascinant, sinon plus. Non seulement peut-on y voir Manhattan en étant à l’air libre, mais encore le fait-on en étant carrément sur le toit d’un gratte-ciel (de 70 étages), celui du Rockefeller Center. Une vue à 360 degrés inoubliable le soir, quand la ville s’illumine et que les nuages percutent doucement le sommet…

    Photo: Gary Lawrence Le Devoir The Oculus, chef-d’oeuvre du starchitecte catalan Santiago Calatrava.
     

    Liberté, j’écris ton nom

     

    Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de fifille et elle veut absolument… aller voir la statue de la Liberté.

     

    — Ben voilà, regarde, on la voit très bien d’ici, non ? dis-je en apercevant l’interminable file d’attente en train de cuire sous le soleil, à l’embarquement du bateau-navette, depuis Battery Park.

    — Non, je veux la voir de très près et monter à l’intérieur !

     

    Deux heures plus tard, périple en bateau compris, nous y étions, au pied du fameux présent remis par la France à ce qui deviendrait les États-Honnis. Si les enfants furent bien impressionnés, pas de quoi fouetter un chat ou écrire à sa mère pour les parents. Cela dit, la vue sur la pointe de Manhattan est sublime, convenons-en.

     

    — Et quand est-ce qu’on monte au sommet de la statue ?

    — Pas avant trois mois : c’est le délai d’attente minimum, en date d’aujourd’hui. On va faire un peu de magasinage à Times Square pour compenser ?

     

    Quelle mauvaise idée que de proposer pareille activité dans la mégapole la plus richement fournie en babioles au pays de la surconsommation extrême — à moins, bien sûr, d’être ouvert à l’idée de contracter une seconde hypothèque.

     

    Quelques heures plus tard, nous étions dans l’immense Disney Store, véritable caverne d’Ali Baba pour marmots. Quand le préposé a su que c’était l’anniversaire de fifille, il a pris son micro et avisé tous les clients répartis sur trois étages.

     

    — Très gentil à vous, quelle délicate attention. Est-ce qu’on a aussi droit à 10 % de rabais en pareille circonstance ?

     

    Nos ancêtres sur terre

     

    Le Musée d’histoire naturelle est probablement le premier endroit auquel on songe en débarquant en famille à New York, qu’on ait vu ou non le film Une nuit au musée.

     

    Si rien ne s’y anime, la collection de squelettes de dinosaures est ahurissante. Oubliez le T-Rex : depuis l’an dernier, la nouvelle vedette du musée est le titanosaure, un mastodonte de 37 mètres de long qui pesait 70 tonnes. « L’espèce vient juste d’être découverte en Patagonie, et les paléontologues ne l’ont même pas encore formellement baptisée ! » indique-t-on au musée.

     

    Les enfants ont tout autant aimé palper le crâne-boulet d’un pachycéphalosaure (65 millions d’années), ainsi qu’une palette de stégosaure (140 millions d’années). C’est ce qu’on appelle toucher du doigt l’histoire du monde, et pas qu’un peu.

     

    Du reste, les scènes animalières peintes sont d’un réalisme criant, et la section des « Origines humaines » est tout aussi fascinante, qu’on cherche à retracer les cousins néandertaliens de Donald Trump ou qu’on veuille saluer Lucy, habilement reconstituée aux côtés de ce qui devait être son conjoint velu.

     

    — Regardez les enfants, des australopithèques ! C’est à ça qu’on ressemblait il y a très longtemps…

    — Ça veut dire que j’avais l’air de ça quand je suis née ?













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