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    Êtes-vous un touriste authentique?

    Réclamer du vrai, c’est bien, tout comme l’être aussi!

    Carolyne Parent
    3 septembre 2016 |Carolyne Parent | Voyage | Chroniques
    Sourires authentiques pour une touriste vraie, à Bagan, en Birmanie. (Et vœux sincères aux habitants de cette région touchée par un séisme la semaine dernière.)
    Photo: Carolyne Parent Sourires authentiques pour une touriste vraie, à Bagan, en Birmanie. (Et vœux sincères aux habitants de cette région touchée par un séisme la semaine dernière.)

    Nous amorçons la publication d’une chronique de tourisme où il sera question des enjeux du secteur, de destinations tendance, de rencontres inspirantes, de littérature de voyage, de bons plans de séjour et plus encore. Gary Lawrence signera Partir une fois par mois, tandis que Carolyne Parent y déballera l’un de ses mille et trois sujets toutes les deux semaines. Bourlingueurs aguerris, nos deux fidèles collaborateurs parcourent le monde pour nous depuis 20 ans.


    Vous, je ne sais pas, mais moi, je suis une touriste vraie et j’en suis fière ! Vous préférez vous penser voyageur, histoire d’arriver à destination avant moi ? C’est votre droit le plus strict, même si, dans les faits, est touriste quiconque passe au moins une nuitée hors de son lieu de résidence habituel selon l’Organisation mondiale du tourisme.

     

    Mais, de toute façon, je me moque bien de l’étiquette : aventurier, baroudeur, explorateur, nomade, routard, vadrouilleur, bon vent à tous !

     

    Non, mon dada, c’est plutôt la vérité qui accompagne l’acte d’aller voir ailleurs. N’est-ce pas la moindre des choses en cette ère où, paraît-il, nous réclamons de plus en plus un « tourisme authentique », une tendance lourde qui marquera l’industrie d’ici 2020, nous rappelaient en janvier dernier la Chaire de tourisme Transat ESG UQAM et Tourisme Montréal ?

    Photo: Carolyne Parent Sourires authentiques pour une touriste vraie, à Bagan, en Birmanie. (Et vœux sincères aux habitants de cette région touchée par un séisme la semaine dernière.)
     

    Ce n’est d’ailleurs pas d’hier que le touriste veut du vrai. À preuve, il n’a jamais raté l’occasion de préciser, en relatant les péripéties de ses vacances : « Et ce n’était pas un truc pour touristes, vous savez, c’était tellement typique ! » Depuis toujours aussi, il veut ouvrir des portes closes, regarder derrière les rideaux, écornifler chez l’autochtone…

     

    Sa curiosité envers son prochain se manifeste au bout de sa rue comme au bout du monde. Seulement, voilà, on appelle maintenant cela un « désir d’authenticité ». Fort bien, car c’est sans doute en réclamant de l’authentique qu’on en obtient.

     

    Exiger la « vraie affaire », ça tombe évidemment sous le sens quand on voyage pour élargir ses horizons, mais, en contrepartie, encore faut-il que ce touriste soit lui-même authentique. Hé, il lui faut prendre son rôle au sérieux ! Son devoir essentiel ? Se documenter sur la destination qu’il compte visiter afin d’avoir un minimum de sens critique par rapport aux expériences qu’on lui proposera. (C’est toujours utile pour valider leur véracité…)

     

    Chez les Hurons-Wendat, par exemple, le touriste authentique ne prendra pas un messie pour un shaman et savourera ses médaillons de bison tout en sachant pertinemment que ce mastodonte des plaines n’a jamais connu les pâturages du Québec !

     

    En Mauricie, il vivra l’expérience du dodo dans une yourte mongole, mais réalisera peut-être qu’au fond, une tente Huttopia, c’est bien mieux. Et à Louxor, au terme d’un spectacle médiocre, il en dénoncera les costumes faux à faire se démailloter quelques momies égyptiennes.

     

    Le touriste vrai reconnaîtra aussi que l’authentique n’est pas toujours acceptable. Exhiber, au nom du contact avec l’autochtone, de jeunes femmes girafes dans des ateliers de tissage en Birmanie n’a rien, mais rien de désirable. Comme il aura aussi la sagesse d’admettre que, parfois, le simili, identifié comme tel, vaut mieux que le vrai pour les principaux intéressés.

     

    Dites, en 2016, qui a encore envie de vivre dans une maison longue dépourvue de toute commodité et perdue au fin fond de la jungle de Bornéo ? Certainement pas les Ibans !

     

    Mais si leurs habitations urbaines sont désormais de béton, ils se font encore un plaisir de partager avec nous un verre de tuak, l’alcool de riz du cru, dans une maison longue reconstituée dans cette même jungle, un petit cours Sarbacane 101 à la clé.

     

    Et si c’était (trop) vrai…

     

    Parfois, il arrive que la « vraie affaire » soit, comment dire, trop vraie pour le touriste faux. Au Laos, par exemple, un agent de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) m’a expliqué que la population voulait de moins en moins consommer d’insectes, à cause du dégoût que les touristes occidentaux manifestent envers l’entomophagie…

     

    Cette pratique est pourtant culturellement acceptée au pays depuis toujours et constitue une source bienvenue de protéines dans un coin du monde où sévit la malnutrition.

     

    En deux mots, des touristes mal avisés grimacent à l’idée de manger de la tapenade de punaises d’eau géantes et des Laotiens commencent à avoir honte de s’en régaler.

     

    Au Bhoutan, un talisman censé éloigner le mauvais oeil attire immanquablement le regard des étrangers : le phallus. À la ville comme à la campagne, soit il est peint, hum, dans toute sa gloire sur les façades des maisons et des commerces, soit il est suspendu, dans sa version en bois, au toit des chaumières.

     

    C’est une vieille tradition qu’il serait trop long d’expliquer ici, mais qui, en ce petit royaume himalayen, a une connotation bouddhiste de première importance. Ici aussi, j’ai senti un malaise chez la population face aux moqueries occidentales.

     

    Tout ça pour dire que, pour apprécier l’authenticité tant convoitée, il vaut mieux être un touriste vrai. Ou un voyageur vrai, si vous y tenez.













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