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    Les nénuphars, patrimoine botanique français

    Il y a 90 ans, Claude Monet montrait au monde ses «Nymphéas»

    2 septembre 2017 | Jordane Bertrand - Agence France-Presse au Temple-sur-Lot | Jardinage
    Avant le XXe siècle, les nénuphars étaient blancs. C’est l’hybridation réalisée en France qui a permis de développer d’autres variétés, explique Robert Sheldon, propriétaire de pépinière.
    Photo: Nicolas Tucat Agence France-Presse Avant le XXe siècle, les nénuphars étaient blancs. C’est l’hybridation réalisée en France qui a permis de développer d’autres variétés, explique Robert Sheldon, propriétaire de pépinière.

    Il y a tout juste 90 ans, l’exposition Les nymphéas du peintre Claude Monet était inaugurée à Paris. Son inspiration ? Des nénuphars colorés, conçus dans une pépinière du sud-ouest de la France, qui, un siècle et demi plus tard, en cultive toujours par centaines.

     

    Paris, Exposition universelle de 1889 : tous les yeux sont rivés vers une étonnante tour de fer, érigée par un certain Gustave Eiffel. Claude Monet, fou de fleurs, scrute, lui, les bassins du Trocadéro. Des fleurs totalement atypiques attirent son attention : des nénuphars (autre nom des nymphéas) jaunes, roses, rouges…

     

    « On a oublié que jusqu’à la fin du XIXe siècle, les seuls nénuphars indigènes en Europe, les Nymphaea alba, étaient blancs. Ce n’est que par l’hybridation avec des espèces tropicales, réalisée ici pour la première fois, à la pépinière Latour-Marliac, que des nénuphars colorés résistant au climat européen ont fait leur apparition », explique Robert Sheldon, Franco-Américain de 41 ans, propriétaire de cette pépinière située dans le village du Temple-sur-Lot, dans le département du Lot-et-Garonne.

     

    C’est au fondateur des lieux, Joseph Bory Latour-Marliac (1830-1911), rejeton d’une famille aisée du cru et horticulteur passionné, que l’on doit cette découverte. Après une dizaine d’années de tentatives de croisement entre nénuphars rustiques blancs et nénuphars tropicaux achetés auprès de collectionneurs, il réalise enfin son rêve.

     

    « Entre 1870 et 1880, il crée 19 variétés. Elles sont toutes présentées à l’Exposition universelle de 1889, où Latour-Marliac reçoit le premier prix dans sa catégorie », raconte Robert Sheldon.

     

    « On suppose que c’est comme cela que Monet a découvert les nénuphars colorés, ajoute-t-il. Il n’a pas encore son jardin d’eau à Giverny [en Normandie]. Dès qu’il le construit, il passe commande à Latour-Marliac. Nous disposons dans les archives de la pépinière des factures adressées à Claude Monet. »

     

    À l’époque, le peintre est « un des premiers » à posséder un jardin d’eau : « Il avait un paysage exclusif, alors que les gens pensent que les nénuphars colorés ont toujours existé… » rappelle Robert Sheldon.

     

    On connaît la suite : pendant plus de 30 ans, le maître impressionniste y puise son inspiration, jusqu’à sa mort en 1926. Et donne naissance à la série des célébrissimes « Nymphéas », soit près de 300 tableaux, dont les fameux panneaux exposés au musée de l’Orangerie, à Paris, dès 1927.

     

    Bagage français

     

    « Il y a le pinceau qui a servi à Joseph Bory Latour-Marliac pour faire ses hybridations, et il y a le pinceau qui a servi à Claude Monet pour reproduire leur nouveauté sur la toile », résume le propriétaire. Qui se souvient que son premier nénuphar, acheté aux États-Unis, avait lui-même pour nom Marliacea rosea, par référence à Latour-Marliac… « Partout dans le monde, de très nombreux nénuphars portent des noms français », rappelle-t-il.

     

    Robert Sheldon, qui vient d’obtenir la nationalité française, aimerait d’ailleurs que ses nouveaux compatriotes prennent conscience que ce patrimoine botanique exceptionnel est né chez eux, dans cette pépinière où certains bassins datant des années 1870 composent toujours de sublimes tableaux végétaux.

     

    Installé en France depuis 15 ans, ce professeur de marketing passionné par les plantes aquatiques depuis l’adolescence a acheté la pépinière il y a dix ans à un couple britannique, qui l’avait acquis auprès des Latour-Marliac en 1991.

     

    Chaque année, plus de 15 000 visiteurs se promènent sur les deux hectares de ce site qui, avec plus de 300 variétés de nénuphars, détient le titre de « collection nationale » attribué par le Conservatoire des collections végétales spécialisées (CCVS), association de défense du patrimoine végétal.

     

    À terme, Robert Sheldon a un objectif : « Plutôt que de reprendre l’hybridation nous-mêmes, nous souhaiterions obtenir des variétés, les cultiver et verser des redevances à leurs créateurs », explique-t-il.

     

    Avant de rappeler que si Joseph Bory Latour-Marliac a fait « traverser les frontières à ses nénuphars » dans le monde entier, depuis son petit village, « il n’a jamais touché lui-même de redevances… »













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