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    Pour l’amour des prunes

    Sans la passion de ses propriétaires, la Maison de la prune, âgée de plus de 100 ans, aurait sûrement disparu

    Lise Gobeille
    26 août 2017 |Lise Gobeille | Jardinage | Chroniques

    Ouverte en 1993, la Maison de la prune à Saint-André de Kamouraska est une histoire d’amour entre ce domaine et ses propriétaires. Quand, en 1974, Paul-Louis Martin et Marie de Blois achètent la propriété, ils n’avaient aucune idée de la présence des pruniers de Damas sur le terrain. C’est après avoir goûté à leurs fruits et découvert leur histoire étonnante qu’ils décident de mettre en valeur la dernière prunelaie de la Côte-du-Sud.

     

    Un peu d’histoire

     

    Sifroy Guéret dit Dumont, descendant d’une famille normande installée dans la région à la fin du XVII siècle, est un marchand rural entreprenant pour qui les affaires vont bien. En 1840, il fait construire une immense maison — bâtiment d’esprit néoclassique qui comprend 24 pièces, dont le magasin dans le sous-sol. Aujourd’hui, c’est d’ailleurs dans l’ancien magasin joliment reconstitué qu’on peut se procurer de délicieux produits maison à base de prunes fabriqués par Marie. Autour de la résidence se trouvent encore une grande laiterie, un hangar à grain transformé en centre d’interprétation, la confiturerie, un caveau à légumes, le verger-musée et le nouveau verger.
     

    Photo: Charles de Blois-Martin La Damas bleue est probablement une des plus anciennes variétés connues en occident.

    Le verger–musée date d’environ 1871, moment où, suivant les traces d’un riche marchand de Saint-Roch-des-Aulnaies, Amable Morin, Sifroy Guéret dit Dumont plante 1000 pruniers, qui donnent principalement des prunes Damas bleues et jaunes, mais aussi des pommiers, des pommetiers, quelques cerisiers et des amélanchiers. Chaque automne, le marchand envoie de grandes quantités de prunes par goélette vers Québec. Comme le marché est fructueux pour « les p’tites prunes du bas du fleuve » ou « p’tites prunes d’habitant », plusieurs dizaines de vergers se développent dans la région et ailleurs au Québec à cette époque. Depuis, cette production a vécu un déclin graduel.

     

    En augmentation jusque dans les années 1920, la production diminue ensuite jusqu’à la fin de la Deuxième Guerre mondiale dans le comté de L’Islet, puis partout au Québec, pour devenir aujourd’hui marginale. D’abord, le nodule noir causa beaucoup de ravages dans les vergers et en détruisit plusieurs. Encore aujourd’hui, cette maladie doit être bien contrôlée pour éviter sa propagation. Une mauvaise organisation de la mise en marché aurait de plus joué contre les producteurs. Aussi, la trop grande variété de prunes cultivées dans la région aurait eu une incidence sur les ventes. Uniformité, quand tu nous guettes ! Puis, le fait que les pruniers produisent en abondance seulement une année sur deux déplaît au marché. Finalement, le facteur qui a le plus joué sur ce déclin est l’arrivée massive par train de prunes de l’Ontario et de la Californie, précise Paul-Louis Martin.

    Photo: Charles de Blois-Martin Des prunes Damas jaunes
     

    Un savoir-faire impressionnant

     

    À une certaine époque, déjà, cette région agricole était très dynamique. Elle avait même sa propre société d’horticulture, la Société d’horticulture du comté de L’Islet, qui offrait des conseils aux producteurs de fruits et de légumes. C’est probablement grâce à leurs conseils que le site de cette prunelaie a été si bien choisi. Non loin du fleuve, elle bénéficie de son effet tampon, mais elle est aussi à l’abri des vents du nord, nord-ouest, car adossée à la montagne. De plus, le sol riche et passablement argileux conserve son humidité, ce qui convient parfaitement aux pruniers, dont les racines sont en surface.

    Photo: Lise Gobeille La Maison de la prune, d’esprit néoclassique, date de 1871.

    Les trois variétés anciennes cultivées à la Maison de la prune sont la Damas bleue, la Damas jaune et la Lombard. Parmi les trois, la Damas bleue est probablement l’une des plus anciennes variétés connues en occident. Elle est vigoureuse et très productive une année sur deux. Ses fruits de petit à moyen poussent souvent en grappes et ils sont couverts d’une pruine. Sa peau tendre varie du pourpre au bleu-violet foncé. Sa chair jaune juteuse et parfumée est mi-sucrée avec une légère pointe d’acidité. Raffinée, la fragrance de cette prune est encore utilisée par Christian Dior pour le parfum J’adore. Elle est excellente pour la table et la transformation. Bon à savoir, cette variété est mieux adaptée au climat maritime qu’au climat continental. Lors de mon passage, une dame originaire de Montmagny racontait à M. Martin que, jeune, elle avait mangé de ces prunes, car sa mère en produisait. Elle voulait se procurer un prunier.

     

    Quant à la Damas jaune, elle ressemble à la bleue, sauf que sa peau est jaune, pigmentée de rouge. Sa chair, riche, légèrement acidulée et peu juteuse, est excellente pour les conserves. Finalement, la Lombard est une variété d’origine hollandaise. Elle est robuste et a l’avantage de s’adapter à différents types de sol. Comme les autres, elle produit abondamment une année sur deux. Cette prune est ronde de couleur rouge foncé, et sa chair est jaune avec un peu de roux. Elle est tendre, sucrée et légèrement parfumée. C’est avant tout une prune de conserve. M. Martin a recommandé cette variété à la dame de Montmagny, car elle serait mieux adaptée au climat continental de Cowansville, où elle vit maintenant.

     

    Pas encore mûrs

     

    Quand je suis passée, je n’ai pas pu goûter les fruits, car ils seront mûrs dans environ deux semaines. Déception. J’ai tout de même acheté de savoureux produits. Si l’envie vous prend de découvrir ces prunes, cette année, la récolte devrait être bonne, car certains arbres sont chargés de fruits. Je vous conseille d’y aller le dimanche pour profiter de la visite guidée, qui a lieu à 10 h 30. Une réservation est obligatoire : 418 493-2616.

     

    Si vous souhaitez vous procurer une des trois variétés anciennes cultivées à la Maison de la prune, Ruralys, à Sainte-Anne-de-la-Pocatière, se spécialise dans la reproduction de variétés anciennes de fruits, dont les prunes.


    Dans la bibliothèque Pourquoi  mon compost est-il chaud ? Et autres questions essentielles sur le jardin
    Guy Barter
    Collection Jardinage
    Delachaux & Niestlé
    224 pages
    26 juin 2017



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    Fête de l'ail 2017 Les Amis du Jardin botanique, en collaboration avec l’Association des producteurs – Ail Québec, lancent une invitation à venir célébrer l’arrivée du nouvel ail. Voilà une belle occasion de rencontrer des producteurs passionnés, de discuter de culture et de faire vos provisions d’ail frais. Au programme : conférences, dégustations et ateliers de tressage. Tous les achats se font en argent comptant seulement. L’activité est gratuite, mais le stationnement au Jardin botanique est payant. Samedi 16 septembre 2017, entre 9 h et 17 h dans la serre d’accueil.

    Au jardin cette semaine Avec toute l’activité qu’implique la rentrée, on peut avoir tendance à négliger nos boîtes à fleurs et nos potagers. Pourtant, la saison n’est pas terminée et s’étire de plus en plus longtemps depuis quelques années. Alors, pour en profiter le plus longtemps possible, n’oubliez pas de les arroser, de les désherber et de les fertiliser. Par ailleurs, le blanc ou oïdium est une maladie fongique qui forme souvent, en août, un léger tapis blanc sur le feuillage des cucurbitacées, des lilas, des pivoines, etc. Ses conséquences sont avant tout esthétiques. Toutefois, si on souhaite la contrôler, on peut la traiter avec 15 g de bicarbonate de soude dans 4 l d’eau en vaporisation environ tous les 7 jours ou après chaque pluie.












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