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    Gaspésie

    La culture d’algue selon Salaweg

    Un projet porté par des autochtones micmacs et malécites pour se nourrir de la mer autrement

    Sophie Suraniti
    30 septembre 2017 |Sophie Suraniti | Alimentation | Chroniques

    Fin septembre, dans la baie de Cascapédia, à deux kilomètres du rivage. Des cordelettes de plantules de laminaire sucrée viennent d’être installées sur des filières et plongées à sept mètres de profondeur. Ces algues vont croître tout l’hiver. Au printemps, les « bébés » seront devenus grands ! On remontera alors les filières à quatre mètres sous la surface de l’eau afin de les laisser capter la lumière. Puis, à l’été, on les récoltera et on les transformera.

     

    Relish de mer, mélange à tartare, épices à viande ou à poisson. Salaweg, qui signifie « salé » en langue micmaque, est bien plus qu’une nouvelle gamme de produits à base d’une algue gaspésienne, la laminaire sucrée. C’est un projet porté par l’Association de gestion halieutique micmaque et malécite, dont le siège social se trouve à Gesgapegiag, dans une communauté micmaque située à côté de Maria, en Gaspésie.

     

    Depuis sa création en 2012, l’association s’est donné comme mandat d’aider les Malécites de Viger, les Micmacs de Gespeg et de Gesgapegiag à améliorer et à diversifier leur gestion des ressources halieutiques, notamment les méconnues ou les sous-exploitées, comme les algues. « Cette année, notre mandat était de répondre à la question : est-on capable de vendre des produits transformés à base d’algue ? Y a-t-il une demande pour ça ? » explique la coordinatrice du projet Salaweg, Sandra Autef.

    Photo: Source AGHAMM La laminaire sucrée, une algue gaspésienne, est au cœur des produits Salaweg, un projet porté par trois communautés autochtones.
     

    Après deux semaines de participation à diverses activités, comme le Pow-Wow à Wendake et des ventes tests dans quelques épiceries de la Baie-des-Chaleurs, Sandra et toute l’équipe engagée avaient une réponse claire : plus de pots, plus de sachets, SVP ! L’engouement fut tel qu’il a fallu mettre de côté un peu de marchandise en vue d’autres activités culinaires et pour fournir prioritairement les quelques points de vente gaspésiens. Beau problème.

     

    « À la suite d’un tas d’études de faisabilité, de réflexion sur l’intérêt de telle ou telle ressource, on s’est vite rendu compte que la récolte sauvage d’algues, notamment de la laminaire sucrée, soulevait de grosses inquiétudes quant aux impacts sur la pêche au homard ou sur d’autres espèces. » En effet, Sandra raconte que cette algue est le garde-manger de prédilection pour l’oursin vert et qu’elle sert de pouponnière pour les homards. Une super cachette pour tous ces jeunes crustacés !

     

    C’est pourquoi l’association a opté pour la culture, d’autant plus que des projets de récolte sauvage avaient par le passé fait grincer quelques dents… de regroupements de pêcheurs. En partenariat avec différents spécialistes, dont ceux du centre Merinov, la première récolte de laminaire sucrée a pu se faire en 2016. Une série de tests a suivi, puis la gamme de produits a été mise au point.

     

    Deuxième récolte

     

    L’année 2017 est donc la deuxième récolte, commerciale cette fois, avec une mise en marché des produits. Comme l’un des objectifs du projet est d’offrir à l’année des emplois à Gesgapegiag, surtout en hiver, une période on ne peut plus creuse, la transformation primaire des algues se fait à Shigawake. Quant aux sous récoltés par la vente des produits, ils sont réinjectés dans l’association, ce qui lui permet de pérenniser le projet et d’en développer d’autres.

     

    Il aura fallu tout de même un peu de temps afin que les trois communautés autochtones qui participent au projet voient le potentiel des algues ; et pour Sandra, de se faire accepter. « Chaque communauté autochtone est très différente, notamment dans l’approche personnelle. Les Micmacs sont réservés, très observateurs, ils prennent le temps avant de faire confiance. » Au début, tout le monde se montre donc un peu dubitatif. Surtout que les algues ne figurent plus au menu.

     

    « Les algues servaient surtout comme élément de cuisson, poursuit-elle. Les Innus, les Micmacs et les Inuits en enrobaient des poissons ou de la viande, un peu comme une papillote. Ils faisaient chauffer des pierres, enterraient ça et faisaient cuire à l’étouffée. Les Innus et les Inuits consommaient des algues surtout lors des périodes de famine. » C’est vraiment depuis cette année qu’un beau sentiment de fierté s’est développé et que l’ensemble des partenaires s’approprie le projet. « Si ça continue comme ça, j’aurai réussi ma job ! » La biologiste de formation, qui cumule plusieurs années en aquaculture sur la Côte-Nord, pourra effectivement passer le flambeau.

     

    Sécuriser l’approvisionnement

     

    « L’idée est de mettre le projet sur les rails, puis de former quelqu’un de la communauté. J’essaie qu’il n’y ait pas trop de “moi” dans ce projet pour que ce soit plus facile pour la personne qui va prendre le relais. » Parallèlement à cette passation qui devrait se faire progressivement (sur deux ans maximum, selon Sandra), l’urgence actuelle est de sécuriser l’approvisionnement en algue avec un deuxième site de culture. Car, si le stock de produits Salaweg s’est retrouvé aussi rapidement à court, c’est en partie dû à la récolte qui a enregistré beaucoup de pertes. Les grosses pluies printanières de cette année n’ont pas engendré que des inondations sur terre. En mer, ce fut aussi la débâcle.

     

    Et comme les filières d’algues sont remontées à ce moment-ci de l’année à quatre mètres sous la surface de l’eau, elles aussi ont subi les intempéries. Sandra tente actuellement d’obtenir le « go » pour l’ouverture d’un deuxième site maricole. Ce qui permettra de limiter les risques, d’assurer l’approvisionnement en algues et d’augmenter les volumes de production. Ce site est déjà ciblé. Ne manque plus que tout le monde se concerte et dise oui, car ce genre de projet concerne au moins six ministères fédéraux et provinciaux !

     

    Consommer des produits provenant d’une association qui soutient une communauté, cela parle beaucoup aux consommateurs. Il y a du sens et des valeurs derrière cet acte de consommation. À travers le projet Salaweg, de belles valeurs communautaires sont véhiculées. On enrichit non pas un privé, mais toute une communauté. Une ressource et une fierté mises en pots ou en sachets.

    Les produits Salaweg Ils seront offerts à partir de l’été 2018 à Montréal et à Québec. Patience ! À moins d’en dénicher un sur une tablette d’épicerie de la région. La gamme se compose de quatre produits, tous à base de laminaire sucrée : un mélange à tartare (avec des graines de sésame), la relish de mer (algues et oignons confits dans du sirop d’érable et du vinaigre de pomme) et deux mélanges secs d’épices (l’un pour les viandes, l’autre pour les poissons). Dans le cadre d’un événement culinaire, j’ai pu goûter à la relish de mer et au mélange à tartare. Très réussi ! Bien hâte de mettre la main sur ces pots et de goûter aux assaisonnements secs. Les points de vente pour Montréal et Québec sont déjà prévus. Tout le monde est sur le pied... d’algues !

     

    PHOTO: Félixe Waalwijk













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