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    Le «petit Damas» gastronomique dans Idleb la rebelle

    11 août 2017 | Omar Haj Kadour - Agence France-Presse à Idleb, Syrie | Alimentation
    Un Syrien travaille au restaurant Sultan Daraya dans le nord de la ville d'Idlib, contrôlée par les rebelles, en Syrie.
    Photo: Omar Haj Kadour Agence France-Presse Un Syrien travaille au restaurant Sultan Daraya dans le nord de la ville d'Idlib, contrôlée par les rebelles, en Syrie.

    Dans une rue animée de la cité syrienne rebelle d’Idleb, Abdelrahim Abou al-Ezz sert un délicieux chawarma de poulet préparé selon une recette de sa ville natale de Daraya, toute proche de Damas, qu’il a été contraint de quitter.

     

    Son restaurant « Sultan Daraya » est situé au milieu de magasins et de restaurants appartenant à des Syriens évacués de leurs localités assiégées autour de Damas, en même temps que les rebelles, à la suite d’accords passés avec le régime de Bachar al-Assad.

     

    Portant des noms comme « Madaya supermarché » ou « Les mets damascènes Ibad al-Rahmane », ces commerces ont transformé en un « petit Damas » cette artère principale de la ville du nord-ouest du pays ravagé par plus de six ans de guerre.

     

    Les sandwichs de « Sultan Daraya » sont particulièrement appréciés parmi les nostalgiques de la localité perdue.

     

    « Nous avons appelé le restaurant ainsi car nous sommes de Daraya », dit Abdelrahim Abou al-Ezz, 24 ans, qui se considère comme tous les habitants de cette ville située à à peine 10 km au sud-ouest de la capitale syrienne, comme originaires du grand Damas.

     

    La spécialité de son snack : le sandwich chawarma fait avec du pain arabe, des lamelles de poulet, des tomates et des poivrons mélangés à des sauces spéciales.

     

    « Nous achetons des épices et préparons une sauce traditionnelle de Damas. C’est pour cela que notre chawarma est différent. Nous ajoutons au poulet une marinade dont personne ne connaît ici le secret », confie-t-il fièrement.

     

    Cette recette a été concoctée dans le restaurant de la famille à Daraya, l’une des premières localités à se révolter contre le régime en 2011. Abdelrahim Abou al-Ezz avait ensuite quitté l’université pour rejoindre les rebelles défendant Daraya soumise plus tard à un siège impitoyable.

     

    En août 2016, il fut parmi les milliers de combattants et de civils à quitter la ville pour la province d’Idleb qui est avec sa capitale éponyme aux mains des rebelles

     

    « Les bons vieux jours »

     

    Ces dernières années, des dizaines de milliers de personnes ont été déplacées en vertu d’accords dits de « réconciliation », consistant pour le régime à lever le siège et à cesser les bombardements et pour les opposants, armés ou civils, à quitter leurs maisons.

     

    Il y a deux mois, M. Abou al-Ezz a ouvert son restaurant et emploie maintenant sept personnes, dont cinq de Daraya.

     

    « La majorité de mes clients sont de Madaya, Zabadani, Daraya et Mouadamiyat al-Cham », des villes concernées par les mêmes accords. « Tous les habitants de la banlieue de Damas sont friands de ces spécialités damascènes », dit-il.

     

    Les habitants originaires de Daraya étaient nombreux dans le restaurant le jour où le journaliste de l’AFP s’y est rendu.

     

    Abou Hamdane, vendeur de meubles installé à Atmé, une localité de la province d’Alep proche de la frontière turque, vient au « Sultan Daraya » « uniquement pour se souvenir du parfum de Damas ».

     

    « Venir dans ces restaurants nous rappelle Daraya, ses habitants, sa nourriture. Être déplacé c’est comme si votre âme avait été aspirée de votre corps », soupire le quinquagénaire.

     

    Habitant aussi à Atmé, Abou Imad, un menuisier âgé d’une cinquantaine d’années, est également un client régulier. « Je viens à Idleb pour acheter de la marchandise et c’est l’occasion de renouer avec des amis de ma ville natale. Je viens ici pour me rappeler les bons vieux jours de Daraya ».

     

    Le falafel, style Daraya

     

    Dans cette même rue, le restaurant « Ibad al-Rahmane » offre du houmous, une purée de pois chiches à la crème de sésame, et des falafels, petites boulettes de pois chiches frites.

     

    Son propriétaire, Mohammad Nouh, 22 ans, a emporté avec lui les succulentes recettes du restaurant familial à Daraya.

     

    « Mon père possédait un restaurant et quand j’avais 10 ans mes frères et moi y travaillions régulièrement. Je prépare aujourd’hui mes plats de la même façon », dit-il.

     

    Il a dû s’endetter pour ouvrir ce restaurant. « J’ai travaillé très dur », raconte-t-il. « C’est une coïncidence si nous sommes tous dans la même rue. La majorité ne se connaissait pas avant ».

     

    Lui aussi attire des clients à la recherche des saveurs de Damas. « Les gens d’Idleb adorent les sauces piquantes. Ils les mettent dans tous les plats et cela tue le goût. Nous leur faisons goûter de nouvelles recettes ».

     

    « Nous les Damascènes avons la réputation d’aimer la bonne bouffe, et nous nous régalions dans les restaurants de Daraya, Madaya et autres localités de la banlieue » de la capitale, assure Abou Moukhtar, originaire de Madaya.

     

    Avec des amis de sa ville natale, il a ouvert un supermarché qui porte le nom de leur cité abandonnée.













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