Le voyage généalogique, un pèlerinage singulier au seuil du mystère

Distré, près de Saumur, lieu d’origine de Jean Proust, l’ancêtre de la majorité des Proulx d’Amérique, établi en 1673 à Montmagny et marié à Jacquette Fournier, petite-fille de Louis Hébert.
Photo: Jean-Pierre Proulx Distré, près de Saumur, lieu d’origine de Jean Proust, l’ancêtre de la majorité des Proulx d’Amérique, établi en 1673 à Montmagny et marié à Jacquette Fournier, petite-fille de Louis Hébert.

Tourisme généalogique ou pèlerinage singulier ? Celui qui part sur la trace de ses ancêtres, généralement en France, se sent souvent comme un pèlerin, voire se dit pèlerin. Il marche en effet vers un lieu sacré, celui de ses origines mythiques. Quand il a enfin atteint le village de son ancêtre, voire sa maison, l’église où il fut baptisé, là s’arrête son chemin. Croyant ou non, peu importe, l’émotion l’envahit : « Ici sont mes racines les plus lointaines et les plus profondes. » Au-delà, c’est le mystère.

Qui se souvient de cette scène mémorable du film de Perrault Le règne du jour ? Le vieil Alexis Tremblay de l’île aux Coudres, en voyage aux Perches, embrasse, ému, l’acte de mariage de ses ancêtres Philibert Gilbert et Anne Coignet. Même émotion chez René Simard quand, au cours de l’émission Qui êtes-vous ?, il se rend en Charente, dans le village de son ancêtre.

Quel est donc le sens de ce tourisme particulier auquel s’adonnent chaque année bon nombre (on ne sait combien) de Québécois ? Simple curiosité ? Quête du père mythique ? Ou de la mère…. patrie ? Recherche d’émotions nouvelles ?

En mai dernier, treize membres de l’Association des familles Proulx d’Amérique ont connu pendant dix jours ces singulières émotions. Singulières, parce qu’indéfinissables, mais douces et joyeuses.

Neuf d’entre eux étaient des descendants de cinq des six ancêtres Proulx immigrés en nos terres entre 1640 et 1816. Ils se sont rendus successivement à Vertou, en banlieue de Nantes, la patrie de Jean-Baptiste Préau-Prou ; à Curzon, en Vendée, la patrie de Pierre, le premier arrivé en Nouvelle-France ; à Gournay, dans le Poitou, la patrie de Jacques ; à Poitiers, la patrie de Jean de Neuville ; enfin à Distré, dans la Loire, la patrie de Jean de Montmagny. On cherche encore le lieu d’origine de René, le dernier arrivé vers 1816.

Rencontres

Le tourisme généalogique, c’est aussi rencontrer ceux qui aujourd’hui habitent toujours ces mêmes endroits. Certains sont déjà largement fréquentés. C’est le cas de Mortagne-au-Perche, dont il a été question dans Le Devoir du samedi 22 juillet (Monique Durand, « Partis du Perche »).

Les Proulx ont connu en mai ce plaisir d’être reçus dans les villages précités, petits pour la plupart. Monter lentement par un dimanche radieux vers Gournay, sur une étroite route communale du Poitou, à travers champs de blé et verts bosquets, procure une joie certaine. Puis être accueillis chaleureusement au pied des escaliers de la mairie constitue un moment indicible : à échelle humaine, le Québec et la France se rejoignent soudain à travers la mémoire de ce Jacques Proust qui jadis, pour une raison inconnue, a quitté en 1705 Gournay pour Pointe-Claire, pour ne jamais plus y retourner. Il y revient cette fois à travers Lucie Plante, l’une de ses fières descendantes. Et ce retour se fête dans les rires avec le vin du pays et un tourteau fromager à la croûte noire, une spécialité poitevine.

Parfois, la rencontre est tout autre. À Curzon, la mairesse a mis son écharpe républicaine en bandoulière pour nous accueillir avec égards. Et elle nous a offert un buffet-banquet princier ! À Distré, le maire, menant campagne aux législatives, nous a confiés à sa collègue, Mme Lamandé, qui est aussi directrice de l’école. Ce sont donc les élèves de 5e et 6e années qui nous ont reçus. Ils nous ont posé cent questions sur la raison d’être de ce voyage dans leur village. Ils ont voulu savoir comment on y avait retrouvé la trace de l’ancêtre Jean Proust né ici même. Et, fin pédagogue, leur enseignant les avait initiés à la généalogie avant notre arrivée.

Dans tous ces lieux où nous sommes passés, nous avons scellé ces amitiés nouvelles en laissant une plaque commémorative en hommage à l’ancêtre Proust. C’est ainsi que l’on écrivait et qu’on écrit encore ce patronyme dans le vieux Poitou. La remise de la plaque est le rituel dorénavant obligé pour sceller ces alliances à échelle humaine entre la France et le Québec d’hier et d’aujourd’hui. Et, signe du sérieux de cette initiative, le maire de Gournay a précisé que le conseil municipal décidera si on apposera la plaque à la mairie ou à l’église !

Préparations

Un voyage généalogique, surtout en groupe, exige une rigoureuse préparation. Il faut d’abord concevoir un projet rassembleur, recruter les voyageurs à qui on propose ce projet et recevoir leur adhésion. L’appartenance à une association de famille facilite évidemment les choses. Des communications constantes sont essentielles. Un programme et un itinéraire clairs rassurent aussi les voyageurs, surtout s’ils sont d’un certain âge !

Un tel projet doit reposer aussi sur des buts et objectifs partagés. Si le volet patrimonial en constitue le coeur, un volet purement touristique en fait aussi partie intégrante. Ainsi, les voyageurs Proulx se sont arrêtés à Nantes, à La Rochelle, à Brouage, à Poitiers, à Fontevraud, à Saumur et à Angers, accompagnés partout d’un guide professionnel. Le profit culturel que chacun en a tiré valait certainement la dépense.

Aujourd’hui, les intéressés ne sont pas laissés à leurs seules ressources. La Société généalogique canadienne-française offre chaque année au moins un atelier de formation sur les voyages généalogiques. Des agences de voyages offrent aussi leurs services dans le domaine.

Puisse l’expérience des Proulx inspirer d’autres familles. D’autant qu’elle produit un effet formidable : elle élargit et approfondit les liens familiaux.

4 commentaires
  • Jean Lapointe - Abonné 12 août 2017 08 h 21

    Pour soigner le sentiment d'abandon peut-être

    «Quel est donc le sens de ce tourisme particulier auquel s’adonnent chaque année bon nombre (on ne sait combien) de Québécois ? » (Jean-Pierre Proulx)

    Je me demande si ce n'est pas parce que beaucoup d'entre nous se sentent toujours comme ayant été abandonnés par la France, c'est-à-dire par le Roi Louis XV, suite à la conquête de 1760.

    Ce sentiment aurait été transmis de génération en génération.

    Et alors, si on se sent abandonné il me semble qu' il soit inévitable de ressentir le besoin de retrouver ses racines pour que le sentiment de continuité puisse exister, histoire de calmer un peu le sentiment d'angoisse qui nous étreint.

    On dirait que beaucoup d'entre nous ressentent ce sentiment d'abandon comme une coupure à laquelle nous chercherions à remédier.

    C'est en tout cas mon cas. Il y a longtemps déjà j'ai ressenti le besoin de savoir d'où venaient mes ancêtres, surtout ceux dont je porte le patronyme soit les Desautels dit Lapointe.

    Je sais maintenant que c'est en 1653 que Pierre Desautels dit Lapointe a décidé de quitter Malicorne dans le Maine avec Maisonneuve pour venir travailler à Ville-Marie pour un an. Ville-Marie à l'époque était sur un territoire français. Finalement il est resté ici et il n'est jamais retourné sur le continent européen.

    C'est bizarre comme sentiment. On dirait que Pierre Desautels dit Lapointe c'est aussi un peu moi. C'est peut-être cela qui explique en partie mon engagement politique en faveur de l'indépendance du Québec.

    Mon souci serait de renouer avec le passé c'est-à-dire de créer une situation qui ferait qu'on vivrait comme si la conquête n'avait pas eu lieu.

    Mais ce n'est évidemment pas la seule raison qui poussent beaucoup de Québécois à vouloir faire du Québec un pays indépendnant.

    De nos jours il n'y a évidemment pas que des descendants de Français au Québec mais je pense pouvoir dire que ce sont eux qui ont marqué le plus ce qu'il est et que les plus déterminés se retrouvent parmi eux.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 12 août 2017 16 h 20

      "...C'est peut-être cela qui explique en partie mon engagement politique en faveur de l'indépendance du Québec." Jean-Lapointe

      Vous avez vu juste...et l'avez bien résumé.

      C'est en sachant d'où on vient, que l'on sait où ...on va.

  • Jacques de Guise - Abonné 12 août 2017 12 h 51

    Généalogie - biographique - autobiographique - identité narrative

    Votre texte est très inspirant M. Proulx. Merci. Le riche patrimoine culturel recueilli et constitué favorisera les générations subséquentes de votre famille sans l’ombre d’un doute.

    Moi je rêve du jour où nos familles québécoises sentiront la nécessité d’établir et de transmettre un genre de livret de famille élargi qui contiendrait plus que des données signalétiques, où serait consignée une brève autobiographie de chacun, notamment sous une forme de roman d’apprentissage ou de formation. Voilà un riche patrimoine qui vaudrait la peine de transmettre et qui éviterait peut-être que chaque génération réinvente la roue au complet. Sans compter la solidité de l’identité narrative qui pourrait en résulter.

    Dans une perspective développementale, il m’apparaît essentiel que l’enseignement de l’histoire au Québec intègre notamment les dimensions biographiques et généalogiques. Par ailleurs, il est encore plus urgent de palier à une lacune inexplicable du programme de l’école québécoise, à savoir ancrer ou fonder ou asseoir le programme sur une théorie générale de la construction identitaire, sinon la mission de l’école de transmettre le savoir se disperse dans un éparpillement disciplinaire néfaste.

  • Réal Nadeau - Abonné 12 août 2017 23 h 53

    Lutte insensée contre l'identité québécoise.

    Lutter contre l'identité fait partie de la guerre insensée des multiculturalistes à la Couillard et à la Trudeau.C'est implicitement désirer la mort d'un peuple, dans un faux accueil des nouveaux-venus.