Statistique Canada explique les données du recensement 2016 sur le français à la maison

Les analyses présentées par Statistique Canada en août dernier reflètent les préoccupations et les commentaires d’un nombre grandissant d’utilisateurs, estime le responsable du programme de la statistique linguistique à Statistique Canada. 
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Les analyses présentées par Statistique Canada en août dernier reflètent les préoccupations et les commentaires d’un nombre grandissant d’utilisateurs, estime le responsable du programme de la statistique linguistique à Statistique Canada. 

Depuis la diffusion des données linguistiques du recensement de 2016 en août dernier, certains utilisateurs de ces données ont remis en question l’approche adoptée par Statistique Canada pour présenter les principaux résultats, en particulier ceux sur l’évolution du français.

 

Deux principaux enjeux ont été soulevés : l’absence de répartition des réponses multiples aux questions sur la langue maternelle et les langues parlées à la maison entre les groupes linguistiques, et la présentation de statistiques sur les autres langues parlées régulièrement à la maison en plus de celle parlée le plus souvent. Dans un cas comme dans l’autre, ces enjeux mettent en cause le traitement statistique des réponses de personnes qui déclarent plus d’une langue, soit comme langues maternelles ou comme langues parlées à la maison.

 

Mentionnons tout d’abord que les documents d’analyse publiés par Statistique Canada ont pour objectif de présenter au grand public l’information sur les caractéristiques et les comportements linguistiques de la population fournie par les répondants eux-mêmes lors du recensement de la population de 2016. Un des constats principaux de ces documents est la croissance du plurilinguisme dans la société canadienne, ce par quoi on entend notamment la croissance des réponses multiples.

 

Dans ses documents d’analyse, Statistique Canada présente entre autres des données sur les langues parlées à la maison. Suivant une approche déjà utilisée au recensement de 2011, on y présente des statistiques sur l’utilisation des langues parlées le plus souvent et celles parlées régulièrement, en plus de la langue principale. En 2016, environ 323 000 Québécois ont déclaré plus d’une langue à la question sur la langue parlée le plus souvent à la maison.

 

Si l’on ajoute à ce nombre les quelque 1,2 million de Québécois qui ont déclaré parler au moins une autre langue de façon régulière à la maison, en plus de celle qu’ils y parlent le plus souvent, c’est donc plus d’un million et demi de Québécois qui déclarent parler plus d’une langue à la maison.

 

Réalité plurilingue

 

Ces résultats, d’ailleurs en croissance depuis 2001, témoignent d’une réalité plurilingue que les impératifs de la comptabilité démographique classique parviennent mal à présenter en redistribuant les réponses multiples entre les langues (ou groupe de langues), ou entre les groupes (francophone, anglophone et allophone). Une telle approche impose l’attribution d’une catégorie unique à chaque individu. Les groupes linguistiques sont ainsi mutuellement exclusifs. Cette façon de concevoir les dynamiques linguistiques comme le fruit de rapports entre groupes distincts séparés par des frontières nettes et difficilement perméables correspond de moins en moins à la réalité.

 

Les questions du recensement, pas plus que les concepts qui leur sont associés, ne font aucune mention des groupes francophone, anglophone ou allophone. Ces termes sont polysémiques et leur usage traditionnel est de plus en plus contesté, ne serait-ce que parce qu’ils reflètent de moins en moins la dynamique et l’utilisation réelle des langues dans les sphères privée et publique. Par ailleurs, aucune question linguistique du recensement ne comporte une dimension identitaire.

 

La mesure de la présence des langues à la maison ne requiert pas une approche suivant laquelle chaque individu se verrait attribuer une seule langue. Dans le document intitulé « Le français, l’anglais et les minorités de langue officielle au Canada », on peut voir clairement que, malgré une relative stabilité de l’ensemble des mentions du français à la maison, à hauteur de 87 %, la proportion de la population ayant déclaré parler surtout ou uniquement le français à la maison est passée de 80 % à 79,1 % entre 2011 et 2016.

 

Cette approche, loin de masquer les tendances de fond sur la langue française au Québec, permet de les analyser avec davantage de nuances. Elle permet ainsi de dénombrer les personnes qui font usage du français et de calculer la part qu’elles représentent dans la population en respectant la possibilité bien réelle qu’elles fassent usage de plus d’une langue à la maison. Une telle approche est contradictoire avec celle qui consisterait à limiter chaque personne à une seule réponse afin que la somme des catégories totalise 100 %. Les analyses des données du recensement sur l’origine ethnique et les groupes de population, entre autres exemples, présentent également les statistiques de cette façon depuis plusieurs cycles de recensement.

 

Statistique Canada a rendu public un grand nombre de données sur la langue. Des données sur la langue de travail seront également diffusées le 29 novembre prochain. Les analyses présentées par Statistique Canada en août dernier reflètent les préoccupations et les commentaires d’un nombre grandissant d’utilisateurs. Chaque utilisateur reste libre de faire les regroupements qu’il souhaite selon ses objectifs et ses besoins, et les données diffusées permettent une grande polyvalence aux utilisateurs de données sans compromettre la comparabilité historique.

4 commentaires
  • Jean-François Trottier - Abonné 13 octobre 2017 08 h 13

    Au-delà des chiffres

    Les statistiques neprésentent toujours qu'une photographie ponctuelle.
    Entre autres, le point de vue du "photographe" y joue un grand rôle.
    Il est probable que le fait de changer une seule virgule dans la question aurait donné des résultats différents, et il faut toujours compter aussi sur l'effet psychologique créé par les questions précédentes.
    Donc, une photo et rien de plus.

    Je dois donc y ajouter la réalité empirique telle que je l'ai constatée depuis longtemps. Au début des années quatre-vingt, on pouvait raisonnablement croire qu'une carrière professionnelle se ferait entièrement en français en autant qu'on restait au Québec.
    C'était dans le domaine des possibilités tangibles.

    Maintenant on en est loin. Personne ne pense sérieusement avoir mieux qu'une jobine sans connaître l'anglais, en tout cas dans le Grand Montréal, et je suppute que c'est le cas pas mal partout au Québec.

    Je doute qu'il y ait plus de raisons réelles d'apprendre l'anglais aujourd'hui qu'à cette époque. Il y a une mode, aucun doute. Et un poids médiatique, certainement.

    Dans les faits je suis persuadé que dans n'importe quelle réunion d'affaire où tout le monde est francophone sauf un seul anglophone, parfaitement bilingue, tout se passe en anglais.
    Déjà j'ai entendu de ces réunions toutes en anglais... alors que pas un seul anglophone n'était présent, alors!

    Pas question de condamner qui que ce soit. Mais il faut changer cet état de fait, et maintenant on ne pourra plus causer un choc comme l'a fait Laurin avec la loi 101.

  • Raymond Labelle - Abonné 13 octobre 2017 14 h 40

    Une réponse à M. Charles Castonguay

    Dans ce texte, l'auteur aborde tous les points soulevés par M. Charles Castonguay dans son commentaire du 13 octobre, ici: http://www.ledevoir.com/politique/quebec/509961/st

    C'est comme s'il lui répondait sans le nommer.

    Le document auquel réfère M. Corbeil, "Le français, l’anglais et les minorités de langue officielle au Canada", se retrouve ici: http://www12.statcan.gc.ca/census-recensement/2016

    Mon résumé: M. Castonguay reprochait à SC de regrouper sous "français, langue d'usage" toutes les instances où le français était utilisé à la maison, y compris lorsque pas principalement. Ceci serait une dissimulation de l'utilisation réelle du français.

    La réponse de M. Corbeil: nous ne cachons pas les chiffres quant à la langue d'usage principalement ou uniquement en français - on peut retrouver ces chiffres facilement dans nos publications. Même dans ma réponse, je vous fais état des chiffres que nous avons déjà cités, sans dissimulation, faisant état d'une baisse de +-1% du français utilisé principalement ou uniquement à la maison entre 2011 et 2016.

    Étant donné l'accroissement de la réalité plurilingue, forcer la classification de chaque individu en une seule langue ne tient plus suffisamment compte du réel. Nous croyons publier suffisamment de nuances fines pour permettre à quiconque d'examiner l'aspect qui l'intéresse.

  • Raymond Labelle - Abonné 13 octobre 2017 14 h 55

    Première langue officielle parlée (PLOP) - meilleur critère pour connaître l'évolution du français.

    Le chiffre que je trouve le plus significatif pour connaître l'état du français au Québec est celui de "première langue officielle parlée". Ainsi, même si quelqu'un ne parle pas principalement le français à la maison si, par ailleurs elle parle plus français qu'anglais, cela montre qu'elle s'intègre davantage à la société québécoise, et les chances que ses enfants s'orientent davantage vers le français sont plus grandes. Bien entendu, cette catégorie comprend aussi les personnes parlant surtout ou seulement le français à la maison. On a compris dans cette catégorie la moitié des personnes qui parlent les deux langues officielles à la maison.

    Prochaine intervention: l'évolution du PLOP français au Qubéec jusqu'en 2036 d'après SC.

  • Raymond Labelle - Abonné 13 octobre 2017 15 h 04

    Évolution du PLOP français au Québec - faut-il s'inquiéter?

    Tableau 4 du document cité par M. Corbeil (%, PLOP français, Québec)
    2011 : 85,5% / 2016 : 85,4%.

    Stat Can (SC) avait fait des projections à partir des données disponibles après le recensement de 2011 (avant 2016) pour jusqu'à 2036, pour le Québec (entre autres). Dans ce document : http://www.statcan.gc.ca/pub/89-657-x/89-657-x2017

    La conclusion de SC « En ce qui a trait au Québec en particulier, il importe de souligner que la baisse du poids démographique de la population ayant le français comme première langue officielle parlée pourrait être de 2,7 points à 3,6 points de pourcentage. Cette baisse serait donc moindre que ce qu’on observerait au regard de l’évolution de la population de langue maternelle française. Cette situation témoigne principalement de la contribution des immigrants de PLOP français dont la langue maternelle n’est ni le français ni l’anglais à la population de langue française du Québec. » Mais, « Cette croissance ne devrait cependant pas empêcher son poids relatif dans la population totale de diminuer entre 2011 et 2036, poids qui passerait de 85,4 % en 2011 à 83 % ou légèrement moins en 2036 selon le scénario considéré. » Et les différents scénarios sont relatifs au volume d’immigration (petite, moyenne, forte).

    Mais Stat Can a probablement dû projeter à partir du comportement déjà vu jusqu’en 2011 des personnes de langue maternelle tierce, pour la plupart issues de l’immigration.

    Cet avenir peut être modifié - ça dépend du volume de l’immigration, du choix de l’immigration, des politiques d’intégration et de la langue de travail, premier facteur d’intégration. Entre autres. Toutes des choses sur lesquelles on peut agir dès maintenant, sans amendement constitutionnel.