CHUM–CHU Sainte-Justine: Québec doit revenir sur sa décision

L’attachement de la population au CHU Sainte-Justine est grand et le gouvernement se doit de retrouver l’aplomb nécessaire pour reconsidérer son orientation, estime l'auteur. 
Photo: Michaël Monnier Le Devoir L’attachement de la population au CHU Sainte-Justine est grand et le gouvernement se doit de retrouver l’aplomb nécessaire pour reconsidérer son orientation, estime l'auteur. 

Bravo au Devoir, qui a permis de révéler le véritable fondement de la décision de fusionner le conseil d’administration et la direction générale du CHUM et du CHU Sainte-Justine. Il s’agissait, a-t-on appris, de remplir une condition posée par le directeur général Fabrice Brunet pour accepter, en septembre 2015, la direction du CHUM se trouvant sans directeur général à la suite d’une crise opposant le ministre de la Santé à l’ex-p.-d.g. Jacques Turgeon. Le Dr Brunet, a-t-il expliqué, ne voulait pas « laisser Sainte-Justine ».

 

Une blague douteuse

 

En comparaison de cette admission, la raison invoquée officiellement — c’est-à-dire la transition de la médecine pédiatrique vers la médecine adulte — n’est plus qu’une blague douteuse. Ce prétexte ne peut absolument pas constituer un motif de poids pour poser un geste aussi majeur que de fusionner à jamais le conseil d’administration et la direction générale des deux établissements. Le CHU Sainte-Justine est le seul hôpital pédiatrique autonome au Québec et le plus important centre hospitalier universitaire mère-enfant au Canada, et il nécessite une gouvernance complète et cohérente pour réaliser sa mission spécialisée et non pas figurer dans la liste des sujets d’un conseil d’administration et d’une direction à temps partiel ou accaparés par les problèmes complexes du CHUM.

 

Autre fait à souligner, le ministre, placé sur la défensive par l’animateur Paul Arcand, affirmait le 18 septembre que la fusion du conseil d’administration et de la direction générale du CHUM et du CHU Sainte-Justine était prévue « depuis le début » et que la vacance au poste de p.-d.g. du CHUM n’avait été que « l’occasion de la faire ». Ces propos ont certainement provoqué un sursaut d’agitation chez ceux qui défendent l’autonomie du CHU Sainte-Justine. Le ministre révélait, ce faisant, que le projet de loi no 10 avait été une sorte de canular en ce qui a trait à la gouvernance autonome promise pour Sainte-Justine et que son dessein était de passer la fusion des conseils et des directions générales en catimini quelques mois plus tard. Dans ce contexte, comment peut-il demander aux gens d’accorder de la valeur aux assurances qu’il offre concernant la part résiduelle d’autonomie de Sainte-Justine ?

 

Le fait qu’on n’ait pas trouvé de meilleures raisons à invoquer et que l’on s’empêtre dans les contradictions est en soi une preuve du peu de fondement rationnel de la décision originelle. Quiconque a un peu d’expérience dans les affaires humaines a bien compris que c’est la condition posée par le Dr Brunet qui se situe au coeur de l’affaire. Depuis le début, cette décision se cherche une raison. Malheureusement, elle n’est pas parvenue à s’en trouver une qui soit valable.

 

Le gouvernement se doit de retrouver l’aplomb nécessaire pour reconsidérer son orientation et relancer solidement le CHU Sainte-Justine sur son élan. Cela serait d’autant plus normal qu’il n’y perdra aucun point politique, car l’attachement de la population au CHU Sainte-Justine est grand et la population sait qu’elle peut compter sur cette grande institution. Aucune décision positive à son égard ne sera mal venue, fût-elle tardive.

4 commentaires
  • Robert Beauchamp - Abonné 12 octobre 2017 08 h 52

    Les liens

    La réponse concernant la justification de cette fusion se trouve peut-être dans les liens à découvrir qui donnent tant de poids impérial à ce Fabrice Brunet. Dépisteurs: ''À vos marques''.

    • Robert Beauchamp - Abonné 12 octobre 2017 13 h 04

      Je viens de trouver un début de réponse à ma propre question. En consu;tant son CV sur internet, on y observe une feuille de route impressionnante, une grosse pointure quoi. Barette a trouvé sur chemin une chaussure à son pied. Ce monsieur d'origine française, diplômé des plus grandes universités, a évolué dans le monde médical à l'internationale. Sans doute était-il de stature a s'imposer à Barette, Ste-Justine étant trop petit pour lui, il voulait diriger un CHUM. Dès le départ, depuis les 50 dernières années il faut constater que le Québec cherche à devenir aussi grosse que le boeuf à cause des gros nombrils qui le dirigent. Dépenses pharaoniques: Stade olympique, 2 chums, le Plan Nord, et maintenant le REM...

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 12 octobre 2017 09 h 58

    Il eut mieux valu

    que cette requete soit signée par de nombreux médecins du CHU- Ste-Justine.

  • Nicole Delisle - Abonné 12 octobre 2017 10 h 59

    Quand l'attrait du pouvoir mène à des dérapages irréparables et illogiques!

    On a bien senti à travers d'autres articles que le fameux M. Fabrice Brunet en menait large en santé! Autant que le Dr Barrette, le ministre en titre. Quel lien les unit vraiment? Amis, anciens collègues, lien de parenté ou simplement arrivistes de connivence pour en retirer du profit? Quel qu'en soit la raison, ces deux hommes sont en train de foutre en l'air une institution de savoir et d'expertise qui a ses origines dans le désir de deux femmes visionnaires (Irma Levasseur et Justine Lacoste-Beaubien) de fonder un hôpital entièrement consacré au service des enfants. Pour une question de pouvoir et d'argent, on vient tout saccager le travail de ces pionnières qui ont plus de mérite que ces hommes sans grande envergure! Comment peut-on enlever l'autonomie de cet hôpital unique au Canada pour l'engloutir dans une structure aberrante et complètement déconnectée de la réalité qui est celle de ce
    centre hospitalier et ce centre de recherches? Comment peut-on laisser deux égos
    aussi forts d'hommes tournés vers eux-mêmes venir à bout d'une telle entité exceptionnelle que l'on veut ramener à une petite case dans un organigramme pour
    que l'égocentrisme et la gloire de son directeur général soit mis bien en évidence et
    que les pouvoirs et rémunérations complètent le tout! On est bien loin des efforts des fondatrices visionnaires qui n'ont ménagé aucun effort pour faire de Ste-Justine ce qu'il est devenu aujourd'hui! Il fallait que deux hommes imbus d'eux-mêmes fassent tomber le rêve. Quel innommable gâchis! Honte à vous messieurs!