La vanité de l’oncle Sam

Tenter de comprendre l’actuel président des États-Unis, ou de trouver une logique dans sa politique, n’est pas chose aisée. Après bientôt six mois de Donald Trump à la Maison-Blanche, c’est l’idée même de cohérence ou de cohésion dans l’action politique qui est remise en question.

 

Défi majeur pour l’analyste politique, qui cherche à comprendre les motivations des acteurs en se fondant sur une présomption de rationalité, de constance minimale des principes, avec un certain rapport entre ce qui est dit et ce qui est fait, etc.

 

Rien de tel chez celui-là… On répète que Donald Trump est le plus grand menteur jamais vu en politique, du moins en régime démocratique moderne. Mais ce n’est pas qu’un menteur : ses propos et prises de position relèvent également, dans une certaine mesure, de l’aléatoire.

 

Il y a une grande part de hasard dans ce qui sort de la bouche du président américain, à tel ou tel moment. Cela explique la nervosité de certains de ses conseillers (ou des éléments de l’appareil d’État) qui fonctionnent encore — ou voudraient encore fonctionner — selon les « anciens » critères… et qui pensent que « malgré Trump », malgré le tourbillon de ses caprices et improvisations, une certaine continuité peut malgré tout émerger de cette présidence, du moins dans certains domaines.


 

Cette nervosité — sur l’air de : « Que va-t-il nous sortir encore ? » — était particulièrement marquée à la veille de la fameuse rencontre de vendredi, au G20 de Hambourg, entre M. Trump et son homologue russe, Vladimir Poutine.

 

Une des questions que bien des gens se posaient : le grand manitou du Kremlin allait-il « rouler dans la farine » son interlocuteur, en le flattant habilement dans le sens du poil, tout en obtenant de lui des déclarations, des prises de positions qui le renforceraient, lui Poutine, que ce soit en Syrie, en Ukraine ou face aux accusations de piratage informatique ?

 

(Étant bien entendu que les déclarations de Donald Trump valent ce qu’elles valent, qu’elles sont réversibles, et que par ailleurs, au Congrès et au FBI, l’enquête sur la Russie et ses incursions dans la politique américaine poursuit son chemin… indépendamment de ce que peut dire le président.)

 

Tout de même, sur cette rencontre hautement médiatisée, les commentaires, aux États-Unis comme en Russie, semblent converger : c’est « mission accomplie » pour Vladimir Poutine ! Il l’a roulé dans la farine… et bien frit.


 

La presse russe parle suavement d’une rencontre réussie et d’un « réchauffement entre les deux hommes » (l’agence en ligne RT cite entre autres l’ex-président Mikhaïl Gorbatchev, qui s’en réjouit) tandis qu’à New York et à Washington, les grands médias estiment que le président russe « a obtenu tout ce qu’il voulait » de son homologue américain (Masha Gessen dans le New York Times ; plusieurs autres commentaires allant dans le même sens).

 

Qu’on en juge : le supposé « cessez-le-feu » dans le sud-ouest de la Syrie, conclu par Poutine et Trump (à l’initiative du Russe), au mieux ne fera que conforter les positions du régime de Bachar al-Assad (soutenu par la Russie). Au pire, ce n’est qu’une déclaration sans effet sur le terrain, mais diplomatiquement utile à Moscou.

 

Sur la question des incursions informatiques russes, et de la cybersécurité, on a eu droit à un savoureux numéro trumpien sur l’air de « Deux fois je l’ai brassé sur la question ; Poutine m’a assuré que c’était faux, que ce n’était pas la Russie ; pour moi la question est donc close. » Résultat de la discussion : « Nous avons parlé, Poutine et moi, de former un comité sécuritaire commun et inviolable, qui préviendrait tout sabotage d’élections à l’avenir. »

 

Moment suprême, où la vanité et la naïveté de l’un et le calcul et la flatterie de l’autre se conjuguent de façon optimale. On croit rêver… mais ce n’est pas une blague !

 

Pas étonnant que, durant ce G20 de Hambourg, les États-Unis se soient retrouvés isolés sur des sujets comme le libre commerce et la lutte contre les changements climatiques. Et que les Européens soient enfin sortis de leur réserve, pour affronter désormais Washington à visière découverte. Et pour commencer à s’assumer… indépendamment de cet oncle Sam devenu fou.

7 commentaires
  • Micheline Dionne - Inscrite 10 juillet 2017 08 h 22

    Si seulement ça ne l'amusait plus...

    On aurait pu espérer que ne s'amusant plus du tout, l'homme démissionne de lui-même pour retourner dans sa tour dorée et reprendre des activités qu'il maîtrise plus facilement. Si seulement il pouvait tirer sa révérence... Mais non, pour le moment, il reste et continue son cirque! C'est fatigant!

    • Diane Gélinas - Abonnée 10 juillet 2017 14 h 14

      Attention à vos désirs : ils pourraient se réaliser. Non pas que je sois une pro-Trump - bien au contraire - mais contemplez la solution de rechange:

      Trump sorti du décor, c'est le VP Mike Pence qui deviendrait Président. Pas fou, Trump l'a choisi pour servir de garantie chrétienne-évangéliste auprès des gens du "Tea Party" (TEA = "Taxed Enough Already").

      En extrapolant, Trump a peut-être misé sur cette façon d'éloigner toute procédure en vue de sa destitution, le peuple craignant encore plus un illuminé religieux à la tête du pays. Anti-gay et anti-avortement, une Présidence Pence pourrait s'avérer encore plus catastrophique.

      Et en cas de départ de Pence, c'est le porte-parole de la majorité républicaine à la Chambre des Représentants, Paul Ryan, le troisième en lice. Libertarien de droite, il préconise la libre économie, la diminution des taxes et des services publics, la santé et les retraites privatisées. Fervent catholique, il est contre l'avortement.

      Il ne reste plus qu'à souhaiter que les électeurs enverront, en novembre 2018, une majorité démocrate à la Chambre des Représentants et en accordant au Sénat - dont le tiers des membres font aussi face à une élection en 2018 - une majorité démocrate et ainsi mettre fin à cette grande tricherie états-unienne.

  • Robert Lauzon - Abonné 10 juillet 2017 08 h 46

    Quand Sam ne voit que son nombril!

    Le rouquin en chef s'edmire le nombril tant et si bien qu'il en devient myope avec les véritables enjeux.

    E.g. Cuba victime de l'embargo s'était d'abord tourné vers l'URSS puis, après l'éclatement de celle-ci, c'est la Chine qui fournit l'essentiel des besoins vitaux des cubains. Cela à vue et au su du "grand orange".

  • Denis Paquette - Abonné 10 juillet 2017 09 h 18

    peut être que c'est l'avenir qui nous fait signe

    N'est-ce pas nous qui avons fabriqué ce monstre, ne rêvons nous pas d'une liberté tout azimut, cette sorte de liberté a laquelle les slameurs rêvent, soyons francs,et disons un gros oui bien sonore, aussi loin que je me souvienne, avec Artau comme maitre ne rêvons nous pas a cette liberté, qui frise l'anarchie et si ce serait a cette liberté que tout le monde rêve, dans leur fort intérieure, tout a coup que monde de demain ressemble de plus en plus, a celui la, que nous avons dépensé toute notre capacité de rationalisme

  • Michel Lebel - Abonné 10 juillet 2017 09 h 54

    Une note de bas de page!


    Dans peu de temps, cet histrion de président ne sera qu'une note en bas de page dans les livres d'histoire. Ne lui accordons pas une importance qu'il ne mérite déjà pas.

    M.L.

  • Claude Gélinas - Abonné 10 juillet 2017 19 h 06

    La honte de l'Amérique !

    Élu par moins de voix que son adversaire en raison du collège électoral imaginé par les Pères fondateurs en pensant éviter l'élection d'un démagogue l'Amérique a porté à sa direction un narcissique menteur pathologique qui maîtrise à peu près 50 mots de vocabulaire et qui, si la tendance se maintient, en raison du népotisme, de sa cupidité et de ses conflits d'intérêts sans oublier les trois enquêtes sera confronté plus tôt que tard à la destitution.

    Et l'histoire retiendra de ce grossier personnage et de son entourage de bénits oui oui que l'Amérique a frôlé le désastre !