Nucléaire en Asie, danger

« La politique de la patience stratégique est terminée. […] Toutes les options sont sur la table. » Ainsi s’exprimait, vendredi à Séoul, le secrétaire d’État américain, Rex Tillerson, au sujet de l’impossible casse-tête que représente le chantage nucléaire de la Corée du Nord.

 

« Patience stratégique » : c’est le nom, poétique et un brin asiatique, qui avait été donné à cette idée selon laquelle, devant les provocations à répétition de Pyongyang, il importe avant tout d’éviter l’escalade. En se contentant, à chaque nouveau test nucléaire, à chaque nouveau tir de missiles, à chaque nouveau crachat nord-coréen, de dénonciations verbales et de sanctions économiques.

 

Des sanctions dont on sait qu’elles ne sont pas vraiment appliquées par Pékin (même si la Chine vote en faveur au Conseil de sécurité) et qu’elles n’inquiètent finalement que très peu le régime de Kim Jong-un. Tout en réaffirmant, inlassablement et jusqu’à l’absurde, la nécessité de négocier…

 

Désormais, « toutes les options sont sur la table », y compris — Tillerson a été explicite — celle de frappes militaires pour jeter par terre, ou retarder, le programme nucléaire nord-coréen.

 

Cette éventualité donne froid dans le dos, tant au Japon qu’en Corée du Sud, les deux cibles prioritaires d’éventuelles frappes de représailles. Des frappes qui pourraient provoquer une véritable guerre régionale où les deux Corées, mais également la Chine, le Japon et les États-Unis, se verraient entraînés dans une logique terrifiante.

 

De plus, les connaisseurs du programme nucléaire nord-coréen ont émis des doutes sur l’efficacité de tels bombardements qui viseraient les sites de recherche et d’élaboration de ce programme. D’abord parce que ces sites sont souvent bien dissimulés, sous terre, avec une capacité de déplacement ultrarapide lors des essais de missiles par exemple. Ensuite, parce que les sites nucléaires bombardés pourraient devenir, si on les abîme, une grave source de radioactivité dans la péninsule coréenne, mais aussi au-delà.

 

 

La visite de Tillerson en Asie — chez les alliés japonais et sud-coréen d’abord, puis à Pékin — semble indiquer que les États-Unis du fantasque président actuel ne vont pas abandonner leurs alliés asiatiques. Ils ne vont pas leur dire (comme le répétait le candidat républicain l’an dernier) : « Vous n’avez qu’à vous doter vous-mêmes de l’arme nucléaire pour vous défendre ! »

 

Malgré les caprices imprévisibles de l’actuelle Maison-Blanche, malgré les folles déclarations passées de Trump, il semble y avoir — du moins en matière de politique étrangère — une certaine « normalisation » dans le sens de la continuité, avec des responsables comme Rex Tillerson aux Affaires étrangères et James Mattis à la Défense. On l’a vu lors des dernières déclarations ou actions au sujet de la Syrie, de l’Irak… et même de la Russie.

 

Ce qui donne à penser que même une expression comme « toutes les options sont sur la table »… relève davantage de la rhétorique que d’une menace imminente.

 

Le danger nucléaire en Asie reste pourtant réel et palpable. Comment stopper le dictateur de Pyongyang ? Le « grand frère » chinois lui-même semble à court d’arguments…

 

Une chose est certaine : ceci n’est pas une pièce de théâtre « tout arrangée » ; Pékin ne contrôle vraiment pas le « petit frère » turbulent. Kim Jong-un manipule habilement le dilemme des Chinois. Ceux-ci ne veulent certes pas d’une puissance nucléaire dans la péninsule coréenne, mais en même temps ils ne peuvent pas abandonner ce régime qui reste, in fine, leur allié… et surtout, un tampon essentiel entre la Chine et les quelque 30 000 soldats américains stationnés en Corée du Sud.

 

La rencontre de dimanche entre Tillerson et le président Xi Jinping a été superficiellement aimable. Xi, plus diplomate que l’inqualifiable Trump (vendredi avec la chancelière allemande à Washington), a patiemment serré la main de tous les membres de la délégation américaine. Le secrétaire d’État, lui, a récité tous les mots qu’il fallait : « dialogue », « compréhension », « coopération », « renforcement des liens »

 

Mais les sujets qui fâchent ont été éludés : le nouveau bouclier antimissile américain en Corée du Sud, l’impérialisme régional de la Chine au large de ses côtes, la guerre commerciale annoncée par Donald Trump… et puis Kim Jong-un et ses bombes.

 

Une prise de contact, pour faire baisser la température entre les deux superpuissances du monde : mieux que rien.

5 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 20 mars 2017 08 h 15

    La guerre s’en vient

    Alors que la guerre en Syrie tire à sa fin, on doit envisager la possibilité d’une autre guerre.

    Un des plus puissants lobbys américain est celui du complexe militaro-industriel. Ce dernier a continuellement besoin de nouvelles guerre afin de maintenir les emplois.

    Alors il y a trois options sur la table.

    Soit convaincre les membres de l’OTAN à des achats massifs d’équipement militaires américains au nom de leurs ‘obligations internationales’ (le fameux 2% qui n’a jamais été une condition d’appartenance à l’OTAN).

    Soit accroître dangereusement la menace d’une guerre nucléaire avec la Corée du Nord — sans nécessairement la déclencher — de manière à inciter le Corée du Sud et le Japon à passer des contrats faramineux d’équipement militaire auprès de fournisseurs américains. Cette option comporte le risque financier de la banqueroute du Japon, déjà le pays le plus endetté au monde.

    Soit donner à l’Arabie saoudite le feu vert à sa guerre préventive contre l’Iran. Une guerre qu’elle souhaite ardemment depuis des années et à laquelle elle se prépare depuis longtemps. Avec un peu de chance, cela pourrait être l’occasion d’un renversement de la dictature saoudienne si celle-ci devait y subir des revers imprévus.

    En somme, il serait naïf de croire que Trump s’est entouré de généraux à la retraite pour faire la paix. Depuis quelques décennies, toutes les administrations républicaines déclenchent une nouvelle guerre afin de stimuler l’économie.

    • Clermont Domingue - Abonné 20 mars 2017 10 h 37

      Permettez-moi d'ajouter deux autres options.Guidés par une vision planétaire, les Américains pourraient collaborer à deux grands projets dans notre village global.
      1- Il faut reconstruire l'Irack et la Syrie.
      2- Nous avons plusieurs peuples à sortir de la misère.

      L'égoïsme triomphe depuis trop longtemps. Si ça continue, nous allons en crever.

    • Pierre Robineault - Abonné 20 mars 2017 12 h 15

      Vous avez peut-être oublié Israël à propos de l'Iran, monsieur Martel.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 20 mars 2017 16 h 44

      Pierre Robineault écrit : « Vous avez peut-être oublié Israël à propos de l'Iran, monsieur Martel.»

      Il n’y aura pas de guerre frontale d’Israël contre l’Iran. Pourquoi ? Parce qu’on ne peut gagner une guerre sans troupes au sol.

      À pied, les fantassins israéliens devraient traverser de nombreux pays musulmans qui se réjouiraient de leur tendre des embuscades. Les pertes seraient au-delà ce que peut tolérer l’opinion publique israélienne.

      Les parachuter signifie violer l’espace aérien de nombreux pays pendant des semaines ou des mois, à la merci de leurs batteries antiaériennes.

      Bref, c’est tout le Moyen-Orient qui entrerait en guerre.

      Donc cela n’arrivera pas.

  • Daniel Bérubé - Abonné 20 mars 2017 11 h 39

    Je me pose la question...

    serait-il possible que la Corée du Nord ne serve que "testeur", à savoir, permettre à la Chine de savoir jusqu'où elle peut aller dans ses choix dictatoriaux. Les réactions des autres pays du monde lui permettant de savoir où se situent ses limites, et si jamais ça va "trop loin", c'est la Corée du Nord qui servira de "zone tampon" et démontrera où est la limite à ne pas dépasser...

    Simple question...