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    La p'tite biblio C'est l'histoire d'une petite bibliothèque sauvage installée devant une porte. Des feuilles, des bouquins y sont laissés puis voyagent, épiés par la propriétaire de cet «hôtel de passe» pour mots. En découlent d'autres histoires, de voisinage celles-là, que vous raconte ici Catherine Lalonde.

    De la vertu des livres somnifères

    6 août 2016 14h51 |Catherine Lalonde | La p'tite biblio
    Il ne faut pas sous-estimer la vertu somnifère de certains livres. 
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Il ne faut pas sous-estimer la vertu somnifère de certains livres. 
    Nous discutions, le collègue Christian Desmeules et moi-même, de petits riens, de tout le reste et de littérature, sur sa terrasse rendue marine par l’incessante stridulation de juvéniles goélands urbains, nous avouant presque timidement certains des titres que nous aurions dû avoir lus et qui continuent de manquer à notre culture.

    Une liste ? Une montagne de livres, plutôt. Une cordillère d’incontournables, et toujours grossissante puisque trop souvent un texte renvoie à un autre, et un auteur à ses maîtres et inspirations, ajoutant sans fin des perles sur un fil qui ne se noue jamais en collier, mais s’étire infiniment de page en page, de conversation en conversation.

    Il m’a raconté cette traversée à pied des Pyrénées, qu’il s’est tapées en traînant dans son sac aux kilos et aux grammes comptés de manière presque infinitésimale les 700 pages du tome 1 de L’homme sans qualités de Robert Musil (Seuil), pour finalement s’endormir, éreinté, un mois durant, toujours sur la même phrase.

    Il ne faut pas sous-estimer la vertu somnifère de certains livres. Ils contribuent à contrer la constante hausse des ventes de médicaments. Le sommeil naturel a une grande valeur.

    Et certains livres exigent une disponibilité plus grande du lecteur et méritent à juste titre qu’on en remette la rencontre à plus tard si le contexte, l’environnement ou la météo, externe ou intime, ne sont pas propices.

    J’ai chipé ce soir-là, sur fond de coup d’État turc, son exemplaire du Livre noir d’Orhan Pamuk (Folio). Enchantée par les premières pages, me voilà tournant en rond à la page 540, m’enfargeant et coulant à pic dans cette littérature faite de spirales, d’images accumulées et répétées, d’obsessions dites et redites. Cette ritournelle voulue et signée agit sur mes sens comme une berceuse, « on m’envoie à l’arbre c’est pour y cueillir / on m’envoie à l’arbre c’est pour y cueillir / je n’ai point cueilli j’ai cherché des nids », etc., et je n’avance depuis deux semaines que d’une ou deux pages par soir, tombant à la troisième dans les bras de Morphée-Pamuk, dormant dur, abandonnée, lourde et heureuse, sur un Prix Nobel de littérature qui restera pour moi un livre Xanax, dans toute sa réelle beauté fugitive et, forcément, son onirisme.












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