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    Libre opinion: Dur d'être étudiant et parent!

    4 février 2003 |France St-Onge - Présidente du Conseil national des cycles supérieurs (CNCS-FEUQ)
    Nombreuses sont les politiques sociales dont l'objectif est de limiter la précarité économique des étudiants. Il ne s'agit guère plus que d'un voeu pieux car la contribution gouvernementale est déficiente et l'application des mesures prévues est souvent mal ciblée.

    Sans le soutien de l'État et des établissements universitaires, la réalité parentale est malheureusement souvent incompatible avec la réalité étudiante. En effet, la tâche fort exigeante d'assumer à la fois des responsabilités familiales et étudiantes pousse plusieurs à prolonger leurs études et, dans certains cas, à les abandonner faute de soutien. Les étudiants-parents se retrouvent alors pénalisés puisque leur entrée sur le marché du travail est retardée. Cette réalité aura ainsi pour conséquence d'intensifier la précarité financière des étudiants-parents en plus de représenter un important coût pour la société en général. Or le fait d'avoir des enfants ne devrait pas pénaliser les étudiants désireux de poursuivre et de terminer avec succès leurs études supérieures. La situation vécue par ces derniers constitue une préoccupation de première importance pour le Conseil national des cycles supérieurs (CNCS-FEUQ).

    Le fait d'être parent n'est pas à proprement dit inconciliable avec le fait d'être étudiant. Le problème réside davantage dans l'insuffisance du soutien dont peuvent bénéficier les étudiants-parents. Abandonner ces derniers comme le font actuellement le gouvernement et les établissements universitaires, c'est hypothéquer l'accès des citoyens d'aujourd'hui et de demain à des chances égales de développement et d'épanouissement. En outre, au choc démographique qui se dessine s'ajoutent les exigences liées au développement de l'économie du savoir en matière de formation de personnes hautement qualifiées. Le gouvernement doit donc se rendre à l'évidence qu'il est temps d'accroître l'accessibilité aux études pour les étudiants-parents.

    En effet, leur situation particulière n'est pas prise en considération lors de l'élaboration des différents programmes de soutien financier aux étudiants. La FEUQ dénonce déjà le fait que les prêts et bourses octroyés par le gouvernement du Québec sont insuffisants et non indexés au coût de la vie alors que les besoins des étudiants deviennent de plus en plus criants, et c'est plus particulièrement le cas en ce qui concerne les étudiants-parents. Puisque le règlement de l'aide financière aux études prévoit l'arrêt du versement des prêts et bourses lors de l'interruption complète des études, les étudiants en viennent à perdre une importante source de revenu à la suite de l'arrivée d'un enfant.

    Compte tenu du fait que la moyenne d'âge des étudiants à la maîtrise et au doctorat est de 31 ans, ceux-ci sont souvent les plus susceptibles de fonder une famille pendant leurs études.

    Le gouvernement québécois doit prendre ses responsabilités envers les étudiants-parents. Il doit entre autres trouver une façon de faciliter l'accès des étudiants-parents aux garderies à 5 $ par jour (CPE). En 1999, plus de 11 000 étudiants des cycles supérieurs avaient un enfant à charge alors que seulement 1017 places étaient disponibles dans les CPE universitaires. Sur certains campus, la liste d'attente peut atteindre jusqu'à trois ans alors que les besoins sont criants. Cette réalité compromet sévèrement la capacité des étudiants-parents à poursuivre et à réussir leurs études avec succès. Rappelons au passage que le création des CPE se voulait à l'origine une mesure universelle!

    À l'heure actuelle, 20 % des étudiants des cycles supérieurs inscrits à temps plein ont des enfants, et c'est aussi le cas de près de 40 % des étudiants des cycles supérieurs inscrits à temps partiel. Pourtant, les seuls parents qui ne sont pas inclus dans le projet de loi sur l'assurance parentale sont les étudiants-parents. En effet, ce régime d'assurance, conçu pour être plus avantageux que l'actuel programme du fédéral, exclut de nombreux étudiants parents. Près de 40 % des étudiants qui bénéficient de l'aide financière aux études ne pourraient pas avoir droit au régime québécois puisque leur revenu d'emploi brut, seul revenu assurable, se situe à moins de 2000 $ (seuil minimal de revenu pour être admissible à l'assurance parentale).

    Le calcul de la durée des études pose également problème. La durée dite normale des études ne reflète en rien la durée réelle des études, de sorte que les étudiants en fin de parcours se retrouvent sans aucune aide financière. Les universités devraient par ailleurs mettre sur pied des programmes de retour progressif aux études pour faciliter la transition entre les nouvelles responsabilités familiales et la poursuite des études.

    Qu'est-ce qui est au coeur de nos préoccupations en matière de développement social? La contribution de la main-d'oeuvre à la productivité et à l'innovation? Le progrès scientifique? La protection de l'environnement? Et les enfants, dans tout cela? Et le désir et la possibilité de faire des enfants peu importe le statut ou l'occupation, qu'en fait-on?












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