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    Migrants en Libye

    MSF dénonce la «complicité» de l’UE

    8 septembre 2017 |Agence France-Presse | Europe
    La présidente de MSF International, Joanne Liu
    Photo: Emmanuel Dunand Agence France-Presse La présidente de MSF International, Joanne Liu

    Bruxelles — L’ONG Médecins sans frontières (MSF) fustige, dans une lettre ouverte aux gouvernements européens publiée jeudi, les mauvais traitements infligés en Libye aux migrants tentant de traverser la Méditerranée, et s’élève contre la politique migratoire de l’UE, accusée d’« alimenter un système criminel ».

     

    « Guidé par l’unique ambition de maintenir ces gens hors de l’Europe, le financement européen cherche à empêcher les bateaux de quitter les eaux libyennes, mais dans le même temps cette politique alimente un système criminel », accuse Joanne Liu, la présidente de MSF International, dans son courrier.

     

    « Les dirigeants européens sont complices et nous voulons leurs réponses », a-t-elle martelé ensuite lors d’une conférence de presse à Bruxelles.

     

    Cruauté extrême

     

    Mme Liu, qui a visité des « centres officiels de détention » en Libye où sont ramenés les migrants après avoir été interceptés par les garde-côtes libyens, selon MSF, rapporte des conditions infernales, dans des pièces surpeuplées, sales, sans ventilation, et évoque « l’incarnation extrême de la cruauté ».

     

    « Les gens y sont tout simplement traités comme des marchandises prêtes à être exploitées », explique-t-elle, faisant état de cas de viols et d’humiliations.

    Dans leur effort pour endiguer le flux, les gouvernements européens seront-ils prêts à assumer le prix du viol, de la torture et de l’esclavage?
    Joanne Liu, présidente de MSF International
     

    « L’Union européenne donne aussi beaucoup d’argent […] aux organisations internationales pour travailler avec elles pour essayer d’améliorer les conditions en Libye parce que oui, en effet, elles sont atroces », a reconnu la commissaire européenne Cecilia Malmström, interrogée lors d’un point presse, et qui a elle-même visité la Libye il y a plusieurs années.

     

    « J’ai vu les centres — ce ne sont pas des centres d’accueil, ce sont des prisons. La situation était abominable il y a quelques années. Je n’ai pas d’informations qui indiquent que la situation a été améliorée », a-t-elle expliqué.

     

    Pas lieu de se réjouir

     

    Selon Joanne Liu, les gouvernements européens ne devraient pas se réjouir d’une chute des traversées de la Méditerranée ces dernières semaines.

     

    « Sachant ce qui se déroule en Libye, un tel “succès” prouve, au mieux, une hypocrisie, au pire, une complicité cynique dans la tentative de réduire l’être humain à l’état d’une marchandise aux mains des trafiquants », dénonce Mme Liu.

     

    « Dans leur effort pour endiguer le flux, les gouvernements européens seront-ils prêts à assumer le prix du viol, de la torture et de l’esclavage », s’indigne encore la présidente de MSF.

     

    Devant les journalistes, Joanne Liu a demandé à ce qu’« au moins, on arrête de renvoyer les gens dans ce pays cauchemardesque qu’est la Libye actuellement ».

     

    « On est tout à fait conscient des conditions inacceptables, souvent scandaleuses, voire inhumaines dans lesquelles les migrants sont traités dans les camps de réception en Libye », a également réagi une porte-parole des services extérieurs de l’UE.

     

    « On ne reste pas aveugle face à ça, on agit », a-t-elle insisté, notamment en soutenant financièrement les organisations internationales sur place.

     

    « On essaie de soutenir les organisations pour qu’elles aient accès à ces camps, qu’elles puissent assister les migrants », a expliqué la porte-parole.

     

    Plus de 7000 personnes ont notamment été aidées à retourner volontairement dans leur pays d’origine. L’UE cherche également à « ouvrir des avenues légales vers l’Europe pour ceux qui sont en besoin d’une protection internationale ».













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