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    La fin du clivage gauche-droite en Europe?

    La France est loin d’être le seul pays à vivre une crise des grands partis traditionnels

    6 mai 2017 | Christian Rioux - Correspondant à Paris | Europe
    Si les récentes élections néerlandaises n’ont pas porté au pouvoir le populiste Geert Wilders, elles ont consacré la marginalisation des travaillistes du PvdA, qui sont passés de 38 à 9 sièges à la seconde chambre du Parlement.
    Photo: Emmanuel Dunand Agence France-Presse Si les récentes élections néerlandaises n’ont pas porté au pouvoir le populiste Geert Wilders, elles ont consacré la marginalisation des travaillistes du PvdA, qui sont passés de 38 à 9 sièges à la seconde chambre du Parlement.

    Depuis trois mois, les yeux de l’Europe sont tournés vers la France. Une France projetée dans l’inconnu depuis que les deux grands partis de la droite et de la gauche, qui arbitrent habituellement le débat politique, ne sont pas parvenus à se qualifier au second tour de l’élection présidentielle. Ce résultat est pourtant le fruit d’une tendance ancienne.

     

    Depuis les années 1980, on a vu de manière constante la part de ces blocs socialiste et républicain (autrefois UMP et RPR) diminuer dans l’électorat. Alors qu’en 1980, seulement 30 % de l’électorat français considérait le clivage droite-gauche comme dépassé, cette proportion atteint aujourd’hui 73 %. Un sommet !

     

    Or, la France est loin d’être la seule à affronter une crise des droites et des gauches traditionnelles.

     

    Le « modèle » italien

     

    Ceux qui estiment que la France est l’enfant malade de l’Europe feraient bien de se tourner vers l’Italie, un pays aujourd’hui presque totalement paralysé à cause du chambardement de son paysage politique. En Italie, cela fait des années que les partis traditionnels ont été remplacés par de nouvelles formations politiques.

     

    Il n’y a pas si longtemps, les socialistes français, qui avaient déjà importé les primaires italiennes, n’hésitaient pas à donner en exemple le Parti démocrate de Matteo Renzi, fondé en octobre 2007 sur la base de courants issus de la gauche anciennement communiste et de la démocratie chrétienne.

     

    Le premier ministre Manuel Valls n’a jamais caché son admiration pour l’ancien maire de Florence et son parti « ni de droite ni de gauche ».

     

    L’ironie de l’histoire, c’est que c’est Emmanuel Macron qui est sur le point de réaliser ce rêve et de se faire élire à la tête d’une nouvelle coalition gauche-droite.

    Photo: Giuseppe Cacace Agence France-Presse Le leader du mouvement italien 5 Étoiles, Beppe Grillo (à gauche)
     

    Renzi et Macron veulent tous deux fluidifier le marché du travail, réduire les dépenses publiques et simplifier l’administration. « Si j’étais Français, je voterais Macron », a d’ailleurs déclaré celui qui, après son échec référendaire, vient de reprendre la tête du Parti démocrate italien.

     

    Un pas que n’a pas franchi le leader populiste Beppe Grillo, qui, comme Marine Le Pen en France, est devenu la principale force d’opposition du pays. Cette dernière n’avait pourtant pas caché qu’elle attendrait les prochaines élections italiennes pour négocier avec Bruxelles.

     

    Des élections que Beppe Grillo a de bonnes chances de gagner. Les points communs sont aussi nombreux entre le Mouvement 5 Étoiles (M5S) et le Front national. Tous deux réclament la restauration de la souveraineté nationale, le contrôle de l’immigration, le protectionnisme et une sortie de la zone euro.

     

    Comme Marine Le Pen, qui s’est montrée prête à reculer sur la sortie de l’euro en s’alliant à Nicolas Dupont-Aignan, Beppe Grillo a récemment voulu s’allier aux libéraux au Parlement européen.

     

    Le match qui devrait se dérouler dans quelques mois entre Matteo Renzi et Beppe Grillo pourrait donc ressembler à celui qui se termine en France entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen.

    73%
    C’est la proportion de l’électorat français qui considère comme dépassé le clivage droite-gauche, contre seulement 30% en 1980.
     

    Ailleurs en Europe

     

    À l’exemple italien, qui a le plus de points communs avec celui de la France, il faudrait ajouter celui de la Grèce, où Syriza a pratiquement fait disparaître le Pasok, qui avait fondé la Grèce moderne. En Grande-Bretagne, l’effondrement du Parti travailliste de Jeremy Corbyn n’est pas loin de ressembler à ce qui arrive au Parti socialiste français de Benoît Hamon. Sa marginalisation presque complète dans le référendum du Brexit a montré qu’il avait perdu tout contact avec ses anciens bastions ouvriers.

     

    L’autre pays qui illustre le mieux cet effondrement des droites et des gauches est l’Autriche. La dernière élection présidentielle a vu triompher un écologiste de 73 ans, Alexander Van der Bellen, issu à l’origine du Parti socialiste, mais qui se présente comme un « indépendant ». Il l’a emporté sur les populistes du Parti de la liberté (FPÖ).

     

    Comme aux Pays-Bas, ce sont les écologistes qui mènent l’opposition aux partis populistes, et non la gauche traditionnelle. Van der Bellen est un économiste libéral chaud partisan de Bruxelles, alors que le FPÖ a surtout fait campagne sur la protection sociale, la défense de l’emploi et contre l’Europe. Comme Marine Le Pen.

     

    Notons au passage que, si les récentes élections néerlandaises n’ont pas porté au pouvoir le populiste Geert Wilders, elles ont consacré la marginalisation des travaillistes du PvdA, qui sont passés de 38 à 9 sièges à la seconde chambre du Parlement.

     

    La lutte des classes

     

    Derrière ce brouillage droite-gauche, dans tous ces cas, on assiste à un certain retour de la lutte des classes. Partout, les mouvements dits populistes recrutent particulièrement dans les classes populaires et paupérisées par la mondialisation, alors que ceux qui succèdent aux sociaux-démocrates traditionnels s’appuient largement sur la nouvelle bourgeoisie mondialisée des grandes métropoles.

     

    Où vont s’asseoir les députés centristes d’En marche ! ? a demandé la journaliste Florence Aubenas.

     

    À droite, à gauche, ou vont-ils rester debout dans le couloir de l’Assemblée ? Et si le clivage gauche-droite était simplement en train de changer de signification ?

     

    Après tout, à la fin du XIXe siècle, la gauche française était colonialiste. La droite, elle, s’opposait à la séparation de l’Église et de l’État.

     

    Aujourd’hui, la première est tiers-mondiste et la seconde défend la laïcité













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