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    Y a-t-il un président dans la salle?

    Christian Rioux
    14 avril 2017 |Christian Rioux | Europe | Chroniques

    L’histoire est ingrate. Elle ne fait ni dans la dentelle ni dans la compassion. Elle ignore les bonnes âmes et remercie rarement les méritants.

     

    Avouons-le, François Hollande n’a pas été un si mauvais président qu’on le dit. Même si le taux de chômage n’a pas bougé, il a donné un peu d’air aux entreprises et commencé à libéraliser le marché du travail. Lorsque la France a été frappée par les pires attentats terroristes de son histoire, il a réagi avec dignité. Sur le plan international, son intervention au Mali a préservé cette immense région d’une mainmise islamiste.

     

    Pas si mal pour un président qui n’aurait jamais dû triompher à la primaire socialiste en 2011. Car rappelons-nous que Hollande ne fut au fond que le candidat de substitution de Dominique Strauss-Kahn.

     

    Alors, où est donc le problème ? Il est dans cette incapacité où a toujours été le président d’être autre chose qu’un gestionnaire à la petite semaine. Un comptable bon en maths et pas si mauvais administrateur, mais un comptable quand même. Or, la France, depuis Jeanne d’Arc, n’a jamais rêvé d’être dirigée par un comptable. François Hollande n’a jamais su aller au-delà de cette « normalité » qu’il avait revendiquée. Alors qu’il aurait pu trancher dans les réformes économiques, s’engager après les attentats dans le combat contre l’islamisme qui gangrène les banlieues et sortir de l’ombre d’Angela Merkel en Europe, il a choisi à chaque fois le service minimum. Comme si la France n’avait d’autre destin que d’aller dans le sens du vent.

     

    Si l’on voulait avoir un exemple de la raison pour laquelle François Hollande a été le président le plus détesté de la Ve République, on en trouvera un dans ses dernières déclarations à l’hebdomadaire Le Point, où il se définit comme un « antihéros ». Dans cette entrevue, François Hollande ne peut d’ailleurs s’empêcher de continuer à faire ce qu’il a fait pendant tout son mandat : s’ériger en chroniqueur de sa propre présidence. Il est notamment incapable de ne pas adouber implicitement Emmanuel Macron.

     

    Or, quelle est la pire tuile qui pourrait s’abattre sur le candidat d’En Marche ! à dix jours du scrutin alors que l’écart se resserre entre les quatre principaux candidats ? Ce serait justement de passer pour l’héritier de l’actuel gouvernement et de devoir traîner le boulet Hollande. D’où ses appels du pied à la droite et au centre. Un véritable président aurait tu ses préférences jusqu’à la fin. Il aurait même envoyé des signaux contradictoires. Pas François Hollande, qui n’a jamais su se retenir devant les journalistes et ne parvient pas à cacher qu’il souhaite l’élection de son fils spirituel, alors que tout l’appareil gouvernemental est déjà derrière lui. Même les derniers briscards de la Hollandie, comme Stéphane Le Foll, s’apprêtent en effet à annoncer qu’ils voteront Macron.

     

     

    À neuf jours du premier tour, c’est en partie autour de cette question que se jouera l’élection. À moins de croire à un second tour surréaliste entre l’extrême droite et l’extrême gauche, le défi d’Emmanuel Macron consistera à démontrer qu’il n’est en aucun cas l’héritier de François Hollande et qu’il propose autre chose que le louvoiement à la petite semaine qu’incarne son ancien maître.

     

    Quant à François Fillon, dont le programme politique est beaucoup plus en phase avec l’état actuel de la France, son défi consiste à aller chercher ces électeurs de droite déroutés par les « affaires », mais qui sont en colère de s’être fait voler une alternance légitime que tout laissait entrevoir. Le candidat de la droite veut croire à un « vote caché », ce qui n’est pas impossible selon les observateurs.

     

    Le troisième homme, qui est en l’occurrence une femme, a aussi déçu. En effet, Marine Le Pen n’a pas fait une très bonne campagne. Confortablement installée en tête des intentions de vote du premier tour depuis des mois, elle n’a guère montré qu’elle pouvait dorénavant représenter le parti de l’alternance. Il aurait fallu pour cela qu’elle dépasse son cercle de fidèles. Au contraire, elle est parfois retombée dans les vieux démons du FN, notamment en relançant la polémique sur la responsabilité de la France dans la rafle du Vél’ d’Hiv.

     

    Quant au miraculé des sondages, Jean-Luc Mélenchon, il est probablement le seul à s’être grandi dans cette élection, grâce notamment à des talents d’orateur exceptionnels. Mais qui peut croire que les Français éliront un robespierrien admirateur d’Hugo Chávez et de Fidel Castro qui fait campagne sur le programme que défendait François Mitterrand en 1982 ? La France n’est peut-être plus la puissance qu’elle était, mais elle n’est pas non plus la Grèce. Plus qu’une solution, Mélenchon demeure un symptôme. Celui du désarroi complet qui frappe aujourd’hui la gauche.

     

    Et pourtant, comme disait de Gaulle, ce sont les circonstances qui font les grands chefs de guerre. Reste à savoir si, dans le fouillis de cette élection atypique, se cache quelque chose qui ressemblerait de près ou de loin à un président.













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