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    Chronique

    De mieux en mieux

    François Brousseau
    8 janvier 2018 | François Brousseau - François Brousseau est chroniqueur d’information internationale à Ici Radio-Canada. | Actualités internationales | Chroniques

    Toujours mieux ! Le monde va toujours mieux ! Cela n’est pas une blague… Au seuil de l’année 2018, malgré l’interminable guerre de Syrie, les bombardements saoudiens au Yémen et le massacre des Rohingyas en Birmanie, malgré le chaos et la folie à la Maison-Blanche, malgré les inquiétantes menaces nucléaires de Donald Trump et de Kim Jong-un, malgré les craintes sur le changement climatique et le cri d’alarme de 15 000 scientifiques sur la biosphère, malgré les paradis fiscaux, la montée des inégalités et l’isolement superbe des ultrariches…

     

    Jamais, jamais dans l’histoire, autant d’êtres humains — en chiffres absolus, comme en proportion du total — n’ont eu accès à l’éducation ou aux communications. Jamais autant n’ont mangé à leur faim ou disposé d’un toit. Jamais les grandes maladies qui ont ravagé l’humanité dans les décennies et les siècles précédents n’ont autant reculé, quand elles n’ont pas disparu.


     

    La variole ? Mais qu’est-ce que c’est déjà, la variole ? Il y a cinquante ans encore, c’était une préoccupation majeure des autorités sanitaires de nombreux pays décimés… Disparue, oubliée en 2018 ! Le paludisme, ou malaria ? Moins 60 % en quinze ans (2000-2015), un milliard de cas — et des millions de décès — évités grâce à d’efficaces campagnes de prévention.

     

    La mortalité infantile dans le monde ? Selon l’Organisation mondiale de la santé, elle est en recul spectaculaire et accéléré, passée, entre 2000 et 2015, de 90 à 43 décès pour mille naissances… la bagatelle de 50 millions de vies sauvées.

     

    Fouillez dans les statistiques, cherchez au hasard : taux de scolarisation des filles en Asie, ou en Afrique (passé du quart à la moitié des filles, entre 2000 et 2012); pauvreté absolue dans le monde (passée en deux décennies de deux milliards à un milliard de personnes); analphabétisme (un être humain sur deux en 1950; 15% en 2016 selon l’UNESCO).

     

    L’écologie ? Légitime motif d’inquiétude. Mais la couche d’ozone se reconstitue; la déforestation ralentit; les zones protégées se multiplient; l’humain est plus que jamais conscient de sa relation délicate avec la planète. Peut-être même que les provocations et trahisons d’un Donald Trump sur la question climatique auront eu l’effet contraire d’une mobilisation redoublée…

     

    L’économie, la vie matérielle, l’accès aux biens essentiels ? Malgré les petits chiffres de la croissance, malgré les crises, l’euro malade et les krachs boursiers, deux millions de personnes nouvelles, chaque semaine quelque part sur Terre, obtiennent l’accès (jusque-là inabordable ou impossible) à l’eau courante et à l’électricité.

     

    L’accès aux communications de base ? Rendez-vous n’importe où, y compris dans les bidonvilles d’Haïti, du Libéria ou du Bangladesh : tout le monde, absolument tout le monde, a son cellulaire.

     

    Les chiffres de l’Indice du développement humain (IDH) de l’ONU sont sans appel… Partout ou presque, la courbe est ascendante : éducation, revenu, espérance de vie. Tout monte, même au fin fond de l’Afrique.

     

    Les exceptions sont rares, localisées et tragiques. Souvent, mais pas toujours, conjoncturelles. Elles sont reliées aux guerres (Syrie, Yémen, Soudan du Sud, points noirs de la carte du monde de 2018), à la corruption extrême, ou à un sous-développement aberrant et persistant (le mystère de la RDC, République démocratique du Congo : queue de la queue de tous les classements, malgré une nature généreuse et un sous-sol richissime).

     

    On pourrait continuer : recul de la violence en général, malgré de fausses perceptions, guerres plus rares qu’auparavant (même si elles sont localement terribles), droits des femmes, etc.


     

    Les ronchons et les inquiets n’ont pas tout faux : oui, l’affrontement nucléaire entre les deux « princes-enfants » de Pyongyang et Washington est préoccupant et pourrait déraper. Oui, il y a des régressions, des reculs localisés, des effets pervers. Et puis ces 10 % qui ne profitent de rien.

     

    Oui, l’évolution économique, matériellement profitable à beaucoup d’humains (et pas seulement les plus riches) a des effets pervers : la simplification, voire l’abrutissement d’une culture mondialisée; la perte des particularismes, des réseaux locaux, régionaux, nationaux, dans un grand tout homogène. Peut-être le prix de cette élévation générale du niveau de vie.

     

    On y reviendra certainement. Mais pour ce début d’année, constatons l’incroyable, constant — et souvent invisible — progrès de l’humanité, qui malgré tous les drames se poursuit jusqu’à ce jour.













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