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    Attentats du 13 novembre 2015: des larmes et de la rancoeur

    14 novembre 2017 |Nathalie Raulin - Libération | Actualités internationales
    Près du Bataclan, le président Emmanuel Macron a réconforté un proche d’une des victimes des attentats du 13 novembre 2015.
    Photo: Étienne Laurent Agence France-Presse Près du Bataclan, le président Emmanuel Macron a réconforté un proche d’une des victimes des attentats du 13 novembre 2015.

    En présence de François Hollande et d’Anne Hidalgo, Emmanuel Macron s’est rendu lundi sur les lieux des attentats du 13 novembre 2015. Un hommage boycotté par certaines familles de victimes, exaspérées du manque de soutien présidentiel.


    D’une présidence à l’autre, le même cérémonial dépouillé : lecture des noms gravés sur les plaques mémorielles, dépôt d’une gerbe de fleurs suivi d’une minute de silence et d’un échange avec les familles. Comme François Hollande un an plus tôt, Emmanuel Macron est retourné lundi sur les lieux des attentats sanglants du 13 novembre 2015 pour un hommage silencieux aux 130 victimes.

     

    L’ordre des cérémonies a une nouvelle fois respecté la chronologie de la cavalcade meurtrière des commandos djihadistes. D’abord le Stade de France, à Saint-Denis, lieu de la première attaque, lorsqu’un kamikaze du groupe État islamique avait déclenché sa ceinture explosive. Puis le chef de l’État, accompagné de la mairesse de Paris, Anne Hidalgo, s’est recueilli à proximité des cinq bars et restaurants parisiens — Le Petit Cambodge, Le Carillon, La Bonne Bière, Le Comptoir Voltaire et La Belle Équipe — dont les terrasses furent cette nuit-là fauchées par des rafales d’arme automatique. Dernière étape du parcours présidentiel : le Bataclan, ultime cible des terroristes, 90 fans du groupe de rock Eagles of Death Metal ayant perdu la vie dans la salle de concert.

     

    En dépit des piques qu’ils s’adressent désormais publiquement, Macron a invité son prédécesseur à participer aux cérémonies. Par respect d’abord. Lui qui fut son protégé et son intime n’ignore pas combien François Hollande avait été éprouvé par cette tuerie au coeur de Paris. Au point de décréter l’état d’urgence national. Et de promouvoir la déchéance de nationalité, qui allait finir de compromettre ses chances de réélection. La levée de l’état d’urgence — au prix de l’inscription dans la loi de plusieurs de ses dispositions — peut faire valoir que le passage de témoin s’accompagne d’un retour à la « normale ».

     

    Victimes « oubliées dans l’heure »

    Photo: Stéphane de Sakutin Agence France-Presse Beaucoup de familles, qui ont fait le déplacement « pour faire vivre la mémoire des morts », disent la douleur toujours vive, mais aussi la lassitude et leur besoin de vérité.

    Mais pour Macron, la présence de Hollande est aussi question de symbole : il s’agit pour lui de marquer la permanence du soutien de l’État aux victimes. Une continuité désormais remise en question, voire niée, par plusieurs d’entre elles. De fait, d’une année à l’autre, l’atmosphère a changé. Lundi, devant le Bataclan, les familles étaient nettement moins nombreuses à assister à la cérémonie d’hommage. « Sur la totalité des sites, on avait près de 900 inscrits, dont 654 pour le Bataclan. C’est 40 % d’inscriptions de moins qu’en 2016 », admet un représentant de la mairie de Paris. Et les inscrits ne se sont, à l’évidence, pas tous déplacés : devant la salle de concert, le carré réservé aux familles des disparus ne comptait pas plus de 200 chaises…

     

    Effet de calendrier — les cérémonies s’étant déroulées un dimanche l’an passé — comme l’affirment les services de la Mairie de Paris ? Pas seulement. Plusieurs familles ont sciemment repoussé l’invitation à participer aux commémorations. Michael Dias, fils de la première victime tombée au stade de France, ne veut « pas saluer le président de la République qui, depuis son élection, agit envers les victimes du terrorisme comme avec les plus défavorisés de notre pays d’une façon tout simplement méprisante et inacceptable », comme il l’écrit sur son blogue. Élisabeth Boissinot, mère de Chloé, tuée sur la terrasse du Carillon, a elle aussi décliné, sur Facebook, « un tour d’honneur », avant que les victimes ne soient « oubliées dans l’heure ».

     

    La suppression, en juin, du secrétariat à l’Aide aux victimes, mis en place par François Hollande trois mois après les attentats, est pour beaucoup dans ce sentiment d’abandon. « Macron l’a remplacé par une déléguée interministérielle, mais rattachée à la Justice et pas à Matignon, comme c’était mon cas », note Juliette Méadel, ex-secrétaire d’État à l’Aide aux victimes, présente lundi devant le Bataclan. Et d’ajouter : « Or, avec la justice, il ne se passe jamais rien… »

     

    Au président qui vient les saluer, beaucoup de familles, qui ont fait le déplacement « pour faire vivre la mémoire des morts », disent la douleur toujours vive, mais aussi la lassitude et leur besoin de vérité : « On ne m’a laissé voir ma fille que onze jours après son décès, et pendant seulement quelques minutes, soupire la mère d’Estelle Rouat, décédée au Bataclan. Je veux savoir ce qui s’est passé, personne ne m’a expliqué pourquoi nous n’avons même pas pu la veiller… »

     

    Tension émotionnelle

     

    Suivi de Brigitte Macron, le président écoute, serre les mains, prend par les épaules un vieil homme endolori. S’accroupit pour consoler un enfant en larmes sous son bonnet vert. Se relève, les yeux brillants, même si, de l’avis général, la tension émotionnelle a baissé d’un cran d’une année sur l’autre. « C’était plus difficile l’an passé, même si le moment où ils lisent les noms, c’est toujours hyperdur, interminable, confirme la mère de l’enfant, qui a perdu son ancien compagnon au Bataclan. Mais pour les enfants, c’est important de rencontrer le président de la République. » Après un égoportrait avec Macron, l’enfant au bonnet vert lance : « Je vais le montrer à mes copains à l’école. »

     

    Un peu à l’écart, Bley Bilal Mokono cherche lui aussi à capter l’attention de Macron. Quelques minutes plus tôt, l’ancien garde du corps s’était effondré en sanglots dans les bras de l’ancien premier ministre Bernard Cazeneuve, au souvenir de cette nuit où il a perdu ses jambes au Stade de France, un neveu au Bataclan et un cousin sur la terrasse de La Belle Équipe. Son émotion surmontée, le géant assis adresse un franc sourire au chef de l’État, dont il attend qu’« on aménage la loi pour permettre aux victimes de retrouver un emploi ». Emmanuel Macron hoche la tête, se met en route pour rejoindre sa voiture quand Mokono le rattrape. Et c’est avec un sourire que le président se prête à la seconde doléance du colosse : une photo souvenir.

    Concert-surprise du groupe Eagles of Death Metal Paris — Deux membres des Eagles of Death Metal, dont le chanteur Jesse Hughes, très ému, ont improvisé un mini-concert surprise de quelques minutes lundi à Paris dans le cadre des cérémonies marquant le deuxième anniversaire des attentats du 13 novembre 2015. Le groupe de rock californien, qui était sur la scène de la salle du Bataclan le soir des attentats, a interprété deux titres : Save a Prayer, le dernier morceau entier qu’ils avaient joué il y a deux ans avant que l’attaque ne commence, puis I Love You All The Time. Visiblement très ému derrière ses lunettes aux verres de couleur, Jesse Hughes a ensuite distribué des roses blanches aux proches de victimes devant la mairie du 11e arrondissement, où ce concert a été improvisé après le rassemblement organisé par l’association Life Of Paris, a constaté un journaliste de l’AFP.












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