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    Les Casques blancs: ambassadeurs de paix dans une guerre sans fin

    Au péril de leur vie, les membres de la Défense civile syrienne, surnommés les Casques blancs, volent chaque jour au secours des victimes de la guerre dans leur pays.
    Photo: Syrian Civil Defense White Helmets/associatd Press Au péril de leur vie, les membres de la Défense civile syrienne, surnommés les Casques blancs, volent chaque jour au secours des victimes de la guerre dans leur pays.

    Ils étaient professeurs, ouvriers ou boulangers. Maintenant, ce sont des Casques blancs. Ils éteignent des feux, libèrent des survivants des décombres et désamorcent des bombes dans une Syrie à feu et à sang. Portrait de ces hommes ordinaires, qui ont des vies extraordinaires.


    Dans une ville syrienne, une bombe tombe du ciel sur un immeuble qui s’écroule. Quelques minutes plus tard, des secouristes s’engouffrent dans une camionnette et foncent sur le lieu du drame. Dans les gravats, ils creusent à la recherche de survivants. Sous un toit effondré, ils libèrent un nourrisson âgé d’une semaine à peine. Cris de joie : l’enfant est vivant. Un secouriste le serre dans ses bras alors que les larmes coulent sans s’arrêter sur ses joues.

     

    Cette scène bien réelle est tirée du documentaire Les Casques blancs, primé aux Oscar en février dernier. Mais pour les membres de la Défense civile syrienne, mieux connus sous le nom de Casques blancs, cette scène fait partie d’une routine presque quotidienne. Qui sont ces hommes qui risquent leur vie chaque jour pour en sauver d’autres ? Le Devoir a joint deux d’entre eux en Syrie. Voici leur histoire.

     

    Tayseer

     

    Tayseer Al Haraki a 36 ans. Avant la guerre, il installait des planchers de céramique et de marbre. Après avoir assisté aux ravages des bombardements, il a décidé de rejoindre les Casques blancs il y a trois ans. Une adhésion qui a été un moment décisif dans sa vie.

     

    « Je suis devenu le témoin d’un grand nombre de crimes », déplore-t-il. Les horreurs de la guerre le hantent : des corps déchiquetés pas les bombardements, des bébés qui donnent leur dernier souffle dans ses bras. Des atrocités qui l’ont empêché de manger pendant des jours. Et qu’il ne pourra jamais oublier.

     

    Mais Tayseer n’est pas seulement un témoin de la guerre. Il est aussi une cible et une victime potentielle. Il y a quelques mois, un missile a atterri dans un poteau électrique, à quelques mètres du véhicule de son équipe. « Quelques mètres de plus et la mort était inévitable », raconte-t-il. Blessé pendant l’accident, il a été transféré à l’hôpital, où il a subi une chirurgie afin d’extraire un fragment issu de l’explosion de son crâne.

    Photo: Tayseer Al Haraki Tayseer Al Haraki (à gauche) serre son collègue Abdullah Abu Amin lors d’une formation sur la désactivation des bombes en Jordanie. Abdullah est décédé en mai dernier, lorsque l’ambulance dans laquelle il prenait place a explosé sur une mine.
     

    En mai dernier, une mine posée sur la route a réduit à néant une ambulance et quatre de ses collègues. « Il y a de plus en plus de mines sur les routes… C’est un cauchemar pour moi », confie-t-il. « Je ne survivrai pas à ces bombes meurtrières ; elles sont plus dangereuses que les roquettes et les missiles. »

     

    Tayseer vit avec sa femme et ses deux enfants dans la maison de ses parents dans la province de Daraa, au sud de la Syrie. La zone est contrôlée par les rebelles. De fait, la Défense civile syrienne n’a pas accès aux régions contrôlées par le régime de Bachar al-Assad. Ce dernier considère les secouristes comme des terroristes. « On documente les crimes du régime », explique Tayseer.

     

    Le Casque blanc fait maintenant partie d’une équipe formée d’experts britanniques qui désactivent des bombes à sous-munitions n’ayant pas explosé à l’impact.

     

    Ce type de bombe est constitué d’un conteneur transportant plusieurs projectiles explosifs, lesquels font généralement beaucoup de victimes parmi la population civile. L’utilisation de ces bombes est condamnée par l’ONU depuis 2008.

     

    « Je me sens fier lorsque je réussis à désactiver des bombes, lorsque je sauve des vies », témoigne le Syrien. Mais celui-ci est fatigué : « Je pense à quitter le pays quand on aura tourné la page de cette tragédie. Peu importe où, pourvu qu’il y règne la paix. »

     

    Hamid

     

    Hamid Kutini avait 20 ans et étudiait en ingénierie lorsqu’il a rejoint les Casques blancs. Quatre ans plus tard, sa vie a complètement changé. Mais il ne changerait son métier pour rien au monde.

     

    « J’aime mon travail, cela me rend heureux de sauver des gens, cela me donne la force de continuer », explique-t-il en anglais en vidéoconférence sur son cellulaire. « C’est le métier le plus utile qu’il est possible de faire en Syrie actuellement. »

     

    Il est minuit chez lui, à Idleb, une ville voisine d’Alep dans le nord-ouest du pays. La ville est contrôlée par al-Qaïda depuis le mois d’août et est régulièrement attaquée par le régime syrien et la Russie. L’air fatigué et les yeux humides, Hamid parle de son quotidien, assis sur le divan de la maison de ses parents.

     

    « Parfois, quand je rentre à la maison après le travail, ma femme pleure d’inquiétude », confie Hamid.

     

    Au cours du dernier mois, il y a eu plus de 40 attaques aériennes sur la ville. Six ont visé des hôpitaux.

     

    Le jeune homme explique que les frappes visent directement les Casques blancs : les avions tirent des bombes, puis reviennent après 30 à 40 minutes pour tirer d’autres bombes au même endroit… à l’intention des secouristes.

     

    L’an dernier, il a perdu trois collègues dans ces doubles attaques. « On regarde toujours le ciel », soupire-t-il.

     

    Malgré les horreurs de la guerre, la vie continue. L’an dernier, il s’est marié. Après sa journée de travail, il rentre à la maison ou va chez des amis. Ils se racontent leur journée en fumant des cigarettes et en buvant du maté. Ils se racontent des histoires de sauvetage. Des histoires de héros.

     

    « Tu veux voir mon fils ? » demande-t-il en se dirigeant vers une chambre à coucher. La caméra plonge dans un berceau, où un pompon de huit mois dort à poings fermés au coeur d’une montagne de peluches. Le rêve d’Hamid : que son fils Omar suive ses pas et devienne secouriste, comme lui. Et si la guerre finit un jour ? Il veut rester en Syrie, à tout prix. Et reconstruire.

     

    Qui sont les Casques blancs? Les Casques blancs sont des secouristes volontaires et des membres de la Défense civile syrienne, une organisation humanitaire créée en 2013 qui a comme objectif de protéger la population civile de la guerre en Syrie. Ils sont à présent plus de 3000 volontaires, dont 140 femmes. L’organisation est sujette à controverse; ses détracteurs l’accusent notamment de mises en scène, de fabrication de preuves et d’affiliation à des groupes terroristes. Les Casques blancs s’en défendent et affirment être sans parti pris dans ce conflit. En 2017, ils étaient candidats, pour la deuxième année consécutive, au prix Nobel de la paix.













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