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    Des Canadiens laissés à eux-mêmes face à l'ouragan «Irma»

    Le gouvernement tarde à apporter de l’aide aux victimes, alors que le bilan s’alourdit

    9 septembre 2017 | Marie-Lise Rousseau Avec l’Agence France-Presse | Actualités internationales
    L’ordre d’évacuation a causé la congestion de l’autoroute 75 Nord à Wildwood, en Floride.
    Photo: Stephen M. Dowell Associated Press L’ordre d’évacuation a causé la congestion de l’autoroute 75 Nord à Wildwood, en Floride.

    Un couple de Canadiens coincé à Saint-Martin, petite île des Caraïbes ravagée par le passage de l’ouragan Irma, est sans nouvelles des autorités fédérales, malgré plusieurs demandes d’aide auprès des services d’urgence.

     

    Antoine Dutrisac et sa conjointe, Geneviève Brière, étaient en vacances dans la portion néerlandaise de l’île. Le passage d’Irma a été dévastateur à Saint-Martin. « 95 % du territoire est détruit… nous sommes en état de siège… », a déclaré le député français local, Daniel Gibbs, sur les ondes de RCI Guadeloupe jeudi.

     

    Le couple a tenté de quitter l’île avant le passage de l’ouragan, mais le dernier vol à partir vers le Canada était plein. Depuis plus de quatre jours, il tente de joindre des représentants canadiens, en vain. Antoine et Geneviève sont temporairement hébergés chez un employé de leur hôtel — le toit de celui-ci s’étant effondré —, sans électricité ni eau courante. Les réserves d’eau et de nourriture diminuent à vue d’oeil.

    Photo: National Oceanic and Atmospheric Administration / Le Devoir Carte montrant la projection de la trajectoire d’«Irma» au cours des prochains jours

    Il a été impossible d’entrer en contact avec eux vendredi, les piles de leur téléphone cellulaire étant presque vides en fin de journée. Le couple a préféré garder sa dernière chance d’être contacté pour les services d’urgence.

     

    Mais jusqu’ici, c’est silence radio, déplore le frère d’Antoine, Félix Brabant, qui ne cache pas son angoisse. « On ne sait pas ce qu’il se passe et, bientôt, on ne pourra plus les contacter. On risque de passer plusieurs jours sans savoir s’ils sont en vie. »

     

    L’arrivée imminente de Jose, de force 4, inquiète d’autant plus les proches du couple. De nouvelles alertes ouragan sont en place à Saint-Martin, tout comme à Saint-Barthélemy, Barbuda et Anguilla.

     

    Aide insuffisante

     

    À défaut de pouvoir les rapatrier, le gouvernement canadien devrait au moins entrer en contact avec ses ressortissants pour leur donner des directives à suivre, réclame Félix Brabant. « On ne s’attend pas à une solution immédiate, mais là, on est sans nouvelles depuis près de cinq jours. De l’information serait le strict minimum. »

     

    Les démarches d’Antoine et Geneviève n’avaient toujours pas abouti vendredi soir. Lors d’un appel à une ligne d’urgence, un employé les a simplement redirigés vers leur compagnie aérienne afin d’être évacués. Or, l’ouragan a détruit l’aéroport local, rendant impossible tout déplacement aérien.

     

    « Le gouvernement tient à ce que les Canadiens sachent qu’il continue à suivre la situation de près et qu’il fait tout son possible pour venir en aide aux citoyens canadiens qui subissent les contrecoups de l’ouragan Irma », a déclaré par courriel vendredi soir la porte-parole d’Affaires mondiales Canada, Natasha Nystrom.

     

    Plus de 1100 appels et courriels ont été traités par le Centre de surveillance et d’intervention d’urgence en date de vendredi, ajoute-t-elle.

     

    Dans l’après-midi, une autre porte-parole, Brianne Maxwell, avait simplement indiqué au Devoir que le gouvernement conseille « à tous les Canadiens de se préparer à faire face [à Irma], d’établir un plan et, surtout, de suivre les conseils des autorités locales ».

     

    Au moins 19 morts

     

    Au moment d’écrire ces lignes, le passage d’Irma dans les Caraïbes avait tué au moins 19 personnes. Au moins deux individus ont perdu la vie à Porto Rico, 4 dans les Îles Vierges américaines et 10 à Saint-Martin et Saint-Barthélemy, qui comptent également 7 disparus. Deux personnes sont mortes dans la partie néerlandaise de Saint-Martin et une à Barbuda. Les autorités des Îles Vierges britanniques ont fait état de « morts ». À Haïti, un chauffeur de moto emporté par les eaux est porté disparu.

     

    Irma, rétrogradé à la catégorie 4, doit ensuite frapper les Bahamas avant la Floride, selon le Centre américain des ouragans (NHC). Aux États-Unis, l’état d’urgence déjà en vigueur en Floride, en Géorgie et en Caroline du Sud a été étendu à la Virginie.

     

    « L’ouragan Irma a des proportions épiques, peut-être le plus gros que nous ayons jamais vu. Soyez en sécurité et dégagez de sa route, si possible », a tweeté le président Donald Trump.

     

    Exode en Floride

     

    Le gouverneur de la Floride, Rick Scott, a appelé vendredi les 20 millions d’habitants de l’État à « se préparer à évacuer bientôt ».

     

    Ce qui sera impossible, soutient le directeur de l’Observatoire canadien sur les crises et l’aide humanitaire de l’UQAM, François Audet. « La capacité routière ne le permet pas, dit-il. Imaginez s’il fallait qu’on évacue Montréal avec 48 heures d’avis, ce serait impensable. Multipliez ça par dix. »

     

    L’ouragan, une gigantesque dépression plus grande que la Floride, doit arriver dans la nuit de samedi à dimanche avec ses vents de 240 km/h et devrait provoquer de brutales et massives montées des eaux.

     

    Les États-Unis font face à une des plus importantes évacuations de leur histoire, a mentionné le météorologue de CNN Dave Hennen.

     

    Mais partout l’essence faisait défaut, même si le gouverneur a promis de tout faire pour réapprovisionner des stations-service et permettre à plus de gens de fuir.

     

    Des centaines de milliers de personnes se sont jetées sur les routes pour fuir vers le nord de la Floride vendredi et tenter d’échapper au puissant ouragan. Les deux autoroutes, qui longent les côtes du Sunshine State, offraient le même spectacle : voitures et pick-up chargés, pare-chocs contre pare-chocs.

     

    Où vont-ils ? Chez des proches, dans des hôtels, des centres d’hébergement d’urgence ou même dans des logements AirBnb, dont la plateforme permet à ses usagers d’ouvrir leurs portes aux victimes à travers son plan d’urgence en cas de catastrophe.

     

    Mais toutes ces options seront insuffisantes, prévient François Audet. « Les véhicules vont probablement devenir des campings improvisés », anticipe l’expert en catastrophes humanitaires.













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