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    Syrie

    Des terroristes déguisés en humanitaires

    Une pratique ancienne et répandue chez les belligérants

    21 avril 2017 | Jean-Frédéric Légaré-Tremblay - Avec l’Agence France-Presse | Actualités internationales
    Un garçon syrien des localités assiégées de Foua et Kafraya
    Photo: Omar Haj Kadour Agence France-Presse Un garçon syrien des localités assiégées de Foua et Kafraya

    Les auteurs de l’attentat qui a fait près de 130 morts, dont la moitié étaient des enfants, samedi dans le nord-ouest de la Syrie étaient déguisés en humanitaires, ont affirmé jeudi des responsables de l’ONU. Un modus operandi choisi par les assaillants qui vient révéler la vulnérabilité des organisations humanitaires, dont la réputation peut être usurpée par les belligérants.

     

    « Quelqu’un prétendant distribuer de l’aide et attirant les enfants a provoqué cette horrible explosion », a déclaré à Genève l’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura. Samedi, un véhicule qui distribuait des sacs de croustilles aux enfants a explosé à proximité d’autobus transportant des évacués. L’attentat a en effet eu lieu lors d’une opération d’évacuation de civils de Foua et Kafraya, deux localités fidèles au régime de Damas et assiégées depuis deux ans par les rebelles.

     

    Pratique répandue

     

    « L’usurpation de l’identité des humanitaires [par des belligérants] n’est pas nouvelle. C’est malheureusement répandu, explique François Audet, directeur scientifique de l’Observatoire canadien sur les crises et l’action humanitaire et professeur à l’UQAM. Et cela montre encore la vulnérabilité du système humanitaire, qui se retrouve instrumentalisé. »

     

    Si cette tactique est employée par des groupes rebelles et terroristes, les États ne sont pas en reste. En 2008, par exemple, le président colombien d’alors, Álvaro Uribe, a dû présenter ses excuses à la Croix-Rouge après que les militaires ont utilisé le symbole de l’organisation humanitaire lors de l’opération de sauvetage d’Ingrid Betancourt, otage des FARC.

     

    Il faut comprendre que certains emblèmes, dont celui de la Croix-Rouge, sont protégés par les Conventions de Genève, faisant de leur usage non autorisé une violation en règle du droit international humanitaire. On ne connaît toutefois pas l’identité de l’organisation humanitaire usurpée, le cas échéant, lors de l’attentat de samedi en Syrie.

     

    Ententes bafouées ?

     

    L’identité des auteurs de l’attentat de samedi en Syrie n’était pas connue non plus jeudi. Le régime de Damas a accusé les rebelles, qui ont rejeté toute responsabilité. Quoi qu’il en soit, il est possible que les responsables de l’attentat se soient joués de l’entente qu’ils avaient conclue avec les organisations humanitaires dans cette région, compromettant ainsi leur présence et leurs actions.

     

    Car « les organisations sérieuses négocient leur présence sur le terrain de gré à gré avec les belligérants », rappelle François Audet. « C’est la clé de voûte de l’existence même de ces organisations. Elles doivent se faire accepter par les belligérants, qu’ils soient deux ou huit, et même s’ils sont considérés comme terroristes. On aide tout le monde. Ce qui compte, c’est l’accès à la population. » Cela inclut donc de négocier avec des groupes tels les talibans, al-Qaïda et même le groupe État islamique, indique M. Audet.

     

    Méfiance et cible

     

    Bien qu’ils n’aient rien à voir avec les actes terroristes commis, les humanitaires peuvent en subir les conséquences dans leur travail. « Dans un contexte où des combattants se déguisent en travailleurs humanitaires, les véritables travailleurs humanitaires seront incapables de servir de façon effective la population civile en raison de la peur d’une attaque », écrit le politologue Michael L. Gross dans The Ethics of Insurgency : A Critical Guide to Just Guerrilla Warfare (Cambridge University Press, 2015). Qui plus est, cela « viole l’immunité des travailleurs humanitaires, qui deviennent alors un objet de méfiance et d’une possible attaque ».













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