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    Pétrolia tient son assemblée annuelle à huis clos

    Les actionnaires ont approuvé la fusion avec une société gazière albertaine

    Une trentaine d'opposants ont perturbé le début de l’assemblée des actionnaires de Petrolia, puis ont été expulsés par des policiers déjà sur place.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Une trentaine d'opposants ont perturbé le début de l’assemblée des actionnaires de Petrolia, puis ont été expulsés par des policiers déjà sur place.

    L’entreprise Pétrolia a refusé mardi l’accès aux journalistes à son assemblée annuelle, qui se tenait sous la protection du Service de police de la Ville de Montréal. La rencontre a été l’occasion, pour les actionnaires, d’approuver l’entente qui fera passer le contrôle de Pétrolia à une entreprise gazière de Calgary.

     

    Dans un geste pour le moins inhabituel pour une assemblée annuelle d’une entreprise publique, Pétrolia, dont le gouvernement du Québec est le « premier actionnaire », a interdit l’accès aux journalistes à la rencontre.

     

    « L’assemblée est réservée aux actionnaires », a simplement répondu au Devoir le directeur des affaires publiques de Pétrolia, Jean-François Belleau. Il a aussi évoqué brièvement la présence de manifestants opposés aux projets de l’entreprise pour justifier l’interdiction d’accès aux journalistes.

     

    Ces opposants, qui étaient environ une trentaine et qui ont perturbé le début de l’assemblée des actionnaires, ont été expulsés par les policiers présents sur les lieux avant même le début de l’assemblée. Une dizaine de voitures de policiers étaient stationnées devant les locaux du complexe La Plaza, où se tenait l’assemblée. Les policiers contrôlaient aussi l’entrée de l’immeuble.

     

    « Inacceptable »

     

    Fait à noter, les journalistes, dont les représentants du Devoir, ont pu assister aux assemblées de l’entreprise au cours des dernières années. Règle générale, les entreprises publiques (cotées en bourse) autorisent d’ailleurs les journalistes à assister aux assemblées annuelles, même si aucune réglementation formelle n’encadre la pratique.

     

    La Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) a vivement dénoncé la décision de Pétrolia, une entreprise qui a reçu plusieurs millions de dollars de fonds publics au fil des ans. « C’est une décision inacceptable », a soutenu mardi le président de la FPJQ, Stéphane Giroux.

     

    « Il y a un risque de précédent, lorsqu’une entreprise comme Pétrolia décide d’imposer de telles règles aux journalistes, a fait valoir M. Giroux. C’est dangereux pour l’accès du public à l’information. Et il faut rappeler que le premier actionnaire de l’entreprise est le gouvernement du Québec. Cet actionnaire devrait plaider pour un libre accès pour les journalistes. »

     

    Le président exécutif du conseil de l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques (IGOPP), Yvan Allaire, juge lui aussi que ce refus d’accès aux journalistes est pour le moins « inhabituel ».

     

    « Les médias doivent pouvoir être sur place, lors des assemblées, pour transmettre l’information aux actionnaires, mais aussi rendre compte des questions qui peuvent être soulevées. C’est encore plus vrai pour une entreprise dont le public québécois est actionnaire », a-t-il expliqué mardi. Selon M. Allaire, cet accès est une question de « transparence ».

     

    Est-ce que le gouvernement du Québec approuve ce refus de laisser les journalistes accéder à l’assemblée de Pétrolia ? « Rappelons que nous ne sommes pas actionnaire majoritaire de Pétrolia. Cette décision revient donc à l’entreprise », a répondu le cabinet de la ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation, Dominique Anglade.

     

    Contrôle albertain

     

    Cette assemblée de Pétrolia a permis aux actionnaires d’entériner une entente de fusion entre la pétrolière québécoise et la société albertaine Pieridae Energy, qui se spécialise dans le développement de projets de gaz naturel liquéfié. Au terme du processus de fusion, la nouvelle entité détiendra plusieurs permis d’exploration en Gaspésie.

     

    En vertu d’un accord conclu le 15 mai, les deux entreprises devraient former une nouvelle structure sous le nom de Pieridae Energy Limited. La nouvelle entreprise maintiendra des bureaux à Calgary, à Québec et à Halifax. Le réel contrôle sera toutefois exercé depuis l’Alberta, puisque les actionnaires de Pieridae détiendront la majorité des actions de la nouvelle entité.

     

    Pieridae concentre actuellement ses activités autour du développement du terminal méthanier Goldboro, en Nouvelle-Écosse. Ce projet doit permettre de liquéfier du gaz naturel exploité notamment aux États-Unis, en vue de son exportation vers l’Europe, l’Amérique du Sud et l’Asie.

     

    Gaz et pétrole

     

    Quant à Pétrolia, elle mise déjà sur le développement du projet Bourque, situé à l’est de Murdochville. Celui-ci pourrait renfermer un important potentiel en gaz naturel, mais aussi possiblement en pétrole. Premier actionnaire de Pétrolia, le gouvernement du Québec a d’ailleurs investi plus de 12 millions de dollars dans le projet Bourque. Des forages exploratoires ont déjà été réalisés, dont deux forages horizontaux achevés en 2016.

    Pour le moment, le potentiel d’exploitation commerciale d’énergies fossiles reste à préciser. Si le projet de Bourque va de l’avant, il est prévu de construire un gazoduc, puis une usine flottante de liquéfaction de gaz naturel dans la baie de Gaspé, en vue de l’exportation de la ressource. Après avoir reçu en août 20,5 millions de dollars de fonds publics en guise de compensation pour la fin du contrat Hydrocarbures Anticosti, Pétrolia souhaite aussi lancer un projet d’exploration nommé Gaspésia, au sud du parc national de la Gaspésie.

     

    Cette nouvelle entité sera surtout spécialisée dans la production et la distribution de gaz naturel liquéfié. La fusion ne signifie toutefois pas que Pétrolia laisser tomber ou retarde le projet pétrolier Haldimand. Un « test de production » réalisé l’an dernier a permis d’extraire 1200 barils de pétrole, peut-on lire dans le rapport annuel de l’entreprise. La Ville de Gaspé s’oppose clairement au projet Haldimand.













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