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    Vie à crédit

    Le calcul du «jour du dépassement» remis en question

    2 août 2017 |Estelle Pattée - Libération | Actualités sur l'environnement
    «Il s’agit du jour où l’empreinte écologique de l’humanité est supérieure à la biocapacité de la planète», explique M. Boutaud.
    Photo: Getty Images «Il s’agit du jour où l’empreinte écologique de l’humanité est supérieure à la biocapacité de la planète», explique M. Boutaud.

    À partir de ce mercredi, l’humanité aura consommé la totalité des ressources que la Terre peut produire en une année. Une date symbolique pour alerter les gens sur l’urgence écologique et les mesures à prendre au quotidien.

     

    Ce « jour du dépassement », calculé par l’ONG américaine Global Footprint Network, arrive chaque année un peu plus tôt. En 2016, il survenait le 3 août ; en 2015, c’était le 4. Si on remonte encore un peu plus dans le temps, en 1971 par exemple, date à laquelle la planète ne comptait que 3,7 milliards d’habitants (contre 7,6 milliards aujourd’hui), nous commencions à vivre à crédit seulement le 21 décembre.

     

    À première vue, le calcul de Global Footprint Network paraît simple et se résume à une équation : biocapacité de la planète/empreinte écologique x 365 = jour du dépassement. « Il faut imaginer cela comme un système comptable, explique Aurélien Boutaud, docteur en sciences et en génie de l’environnement et conseiller indépendant. La biocapacité, c’est l’offre de la nature ; l’empreinte écologique, la demande humaine. »

     

    La biocapacité est la capacité de la planète à renouveler ses ressources et à absorber les déchets. L’empreinte écologique, concept inventé au début des années 1990 par deux chercheurs canadiens, représente la quantité de matières consommées par l’humanité (nourriture, terrains à bâtir, bois, produits de la mer…) qui seront converties sous la forme d’une surface terrestre ou marine nécessaire à leur production, ou leur absorption pour ce qui concerne les émissions de CO2.

     

    « Déficit »

     

    « Le jour du dépassement est donc le jour où l’empreinte écologique de l’humanité est supérieure à la biocapacité de la planète. Tout le reste de l’année va se faire sur le déficit écologique : on va consommer plus de ressources et émettre plus de pollution que la capacité de la nature à répondre durablement à nos besoins », décrit Aurélien Boutaud.

     

    L’ONG s’appuie sur les milliers de données de l’ONU, notamment celles du Fonds des Nations unies pour l’alimentation (FAO), de l’Agence internationale de l’énergie et du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Ce qui n’empêche pas la méthode d’être controversée.

     

    Leo Hickman, ex-chef de WWF au Royaume-Uni, la dénonçait en 2010 dans une tribune publiée par The Guardian. « On peut dire que cela revient à comparer des pommes et des poires afin d’arriver à une conclusion globale, écrit-il. Comment pouvez-vous coller ensemble des faits concernant, par exemple, les gaz à effet de serre, la destruction des forêts tropicales et le rendement du maïs pour arriver à un seul chiffre ? » Il critique entre autres l’utilisation de l’hectare global (hag) comme unité de mesure pour exprimer l’empreinte écologique et la biocapacité.

     

    « La difficulté vient du fait qu’un hectare de céréales, par exemple, va produire en France un certain nombre de quintaux alors que, dans un pays du Maghreb, il produira moins, car la productivité n’y est pas la même, explique Aurélien Boutaud. C’est pourquoi, quand on veut pouvoir faire des comparaisons internationales, on prend la moyenne de productivité des surfaces au niveau mondial. L’hectare global est en fait un hectare moyen de planète. »

     

    « Hypothèses »

     

    « N’importe quel indicateur agrégé — c’est vrai pour le PIB — fait appel à un moment donné à des conventions de calcul qui sont discutables, ajoute le consultant. Ici, les hypothèses qui ont été prises sont très prudentes et ont tendance à sous-estimer l’empreinte écologique de l’humanité. Le déficit écologique devrait sans doute arriver plus tôt dans l’année. »













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