Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous
    Idées

    Énergie Est: ce que doivent faire les souverainistes

    13 avril 2017 | Renaud Lapierre - Ex-sous-ministre adjoint à l’Énergie et coordonnateur de la rédaction de la première politique énergétique du Québec | Actualités sur l'environnement
    Seul le projet Énergie Est est vraiment encore un enjeu puisque toutes les autres options de transport, sur notre territoire, sont déjà en cours.
    Photo: Jeff McIntosh La Presse canadienne Seul le projet Énergie Est est vraiment encore un enjeu puisque toutes les autres options de transport, sur notre territoire, sont déjà en cours.

    Maintenant que, sur le territoire québécois, le projet de pipeline d’Enbridge est autorisé, que celui de TransCanada est en processus d’évaluation, que le transport du pétrole sur le Saint-Laurent, à partir de Sorel par superpétrolier, est effectif et, enfin, que le transport du pétrole par train a explosé, on le sait, nombre d’environnementalistes et tous les partis souverainistes s’y sont opposés ou ont demandé de multiples ajustements à ces activités.

     

    Aussi limpide que l’eau d’un ruisseau, le plan politique du gouvernement Trudeau demeure de sortir le pétrole albertain à tout prix, et le Québec continue d’être une voie de passage incontournable. Alors, comment profiter de ce qui paraît inéluctable ? Comment en faire un atout dans le discours indépendantiste ? Doit-on s’obstiner à marteler un plaidoyer négatif — de victime — ou constater de manière réaliste la situation et se définir une stratégie proactive ? D’autant que le pétrole albertain envahit déjà notre territoire.

     

    Quelles sont les évidences ? Il apparaît que seul le projet Énergie Est est vraiment encore un enjeu puisque toutes les autres options de transport, sur notre territoire, sont déjà en cours. Pourquoi ? Parce que, pour l’essentiel, ils sont de compétence fédérale et que, d’autre part, le gouvernement québécois libéral les accepte d’emblée.

     

    Devant ces faits, à quelle analyse le mouvement indépendantiste devrait-il se livrer ? Au-delà de la vigilance envers l’environnement qui doit demeurer l’axe principal de l’argumentaire, et puisque la position officielle de ces partis est nettement et à juste titre d’être contre le projet Énergie Est, comment peut-on ajouter une dimension à cette situation qui rendrait notre discours, non pas seulement environnementaliste, mais beaucoup plus stratégique ?

     

    Soyons réalistes ! Devant ces usages déjà très concrets, et l’éventualité malheureuse où le projet Énergie Est serait autorisé, quelle devrait être la position des partis souverainistes ? L’analyse paraît claire comme le jour : en position de négociation du Québec-pays, le Canada devra tenir compte de l’impact de ces installations sur son économie.

     

    Percevoir une redevance

     

    Étant donné ce qui précède, à savoir que des millions de barils de pétrole investissent déjà notre espace et que cette situation aura sans doute un effet stratégique bénéfique pour un Québec indépendant, dès lors, ne devrions-nous pas ajuster le discours et le compléter de notre seule opposition légitime au projet Énergie Est ? Comment ? En exigeant que l’exploitation de notre territoire ne soit consentie que dans la mesure où nous percevrons une redevance en contrepartie, applicable sur tout baril de pétrole qui gravite par notre territoire par train, par bateau ou par pipeline.

     

    La proposition n’est pas nouvelle, la Colombie-Britannique ayant osé la faire avant nous. Mais n’en restons pas là. Comme le débat de la péréquation revient incessamment hanter le paysage d’un Québec-pays, proposons un engagement ferme que les sommes qui seront générées par ces redevances (une taxe, par exemple, de 1 $ le baril sur tous les barils non consommés au Québec pourrait rapporter des centaines de millions par année) soient dépensées par le Québec comme suit :

     

    40 % de ces sommes seraient réservées pour créer un fonds de protection en cas d’accidents environnementaux ; ce fonds serait créé pour couvrir la part québécoise, si le fédéral prend l’engagement de réserver annuellement un fonds de taille identique pour la même fin. Il est entendu que les promoteurs aussi devraient y contribuer. Lac-Mégantic aura servi de leçon.

     

    60 % des sommes serviraient à encourager la création de nouveaux emplois, à augmenter le PIB de façon à diminuer la péréquation et, surtout, à appuyer des technologies aptes à limiter notre consommation de pétrole importé. Elles seraient réparties en parts égales entre, d’une part, le développement de technologies vertes, transport électrique y compris, et, d’autre part, l’appui au développement des PME manufacturières ou celles implantées en région.

     

    Un écho

     

    Cette approche permettrait aussi de dire à nos concitoyens que la part québécoise des subventions fédérales au pétrole albertain peut trouver écho dans leur propre économie. La balle étant ainsi renvoyée dans le camp fédéral en ce qui concerne la réponse à donner à cette proposition. Si la réponse est non — comme cela est plus que prévisible —, alors, pourquoi ne pas leur indiquer que nous comptons déclencher un référendum dans lequel nous demanderions à nos citoyens la permission de procéder à l’imposition d’une pareille taxe ? Voilà l’illustration d’un discours proactif qui a plus de chances d’attirer vers les partis souverainistes les indécis que celui qui s’inscrit dans le rôle de la victime.

     

    En ce qui concerne ladite incapacité constitutionnelle d’agir que l’on nous lancera avant même d’avoir pris le temps d’aller jusqu’au bout de ce texte, recourir à un référendum pourrait y suppléer, et au moins donner une nouvelle position de force au Québec à l’égard du fédéral, reconstruisant un tant soit peu l’équilibre perdu. Quelle Québécoise ou quel Québécois serait contre l’idée que, si l’on passe sur son terrain, cela mérite une compensation ? Existe-t-il une autre approche que celle de forcer le jeu pour gagner du terrain ?

     

    Notre propre confusion nous dessert, la preuve en est faite.













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.