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    Le modèle néolibéral, une nuisance pour l’environnement?

    William Rees, le scientifique de renom à l’origine du concept d’empreinte écologique, critique la vision d’Ottawa

    Le scientifique William Rees
    Photo: Le Devoir Le scientifique William Rees

    Le gouvernement Trudeau a beau prétendre qu’il protégera l’environnement tout en développant l’économie canadienne, il n’en sera rien, affirme William Rees, le scientifique à l’origine du concept d’empreinte écologique. Selon lui, le pays restera enfermé dans un modèle néolibéral basé sur une croissance éternelle, qui a pourtant des effets destructeurs pour la planète.

     

    Le premier ministre, Justin Trudeau, mais aussi la ministre de l’Environnement, Catherine McKenna, répètent depuis des mois que la croissance de l’économie doit aller de pair avec la protection de l’environnement. « Ils ne peuvent pas le faire. Il n’existe aucun cas dans aucun pays où la croissance perpétuelle ne signifie pas un recul pour l’environnement », réplique M. Rees, en entrevue au Devoir.

     

    « Même si les politiciens ne veulent pas le reconnaître, il existe une contradiction flagrante entre la croissance économique continue et la protection de l’environnement. Il en a toujours été ainsi et il en sera toujours ainsi », ajoute celui qui a développé le concept d’empreinte écologique, un outil qui permet d’évaluer la pression de l’activité humaine sur les ressources naturelles et les « services » fournis par la nature.

     

    William Rees estime que le noeud du problème réside dans le « mythe » néolibéral qui guide l’action gouvernementale. « Il s’agit d’un modèle économique qui ne contient aucune référence à l’environnement en général, à la biologie ou aux écosystèmes, et pourtant c’est le modèle que nous utilisons pour diriger la planète. Mais il n’est pas possible d’avoir un développement durable si nous avons une économie dont le modèle ne tient aucunement compte du système qu’il prétend diriger. »

     

    Le sujet sera d’ailleurs au coeur de la conférence qu’il présente jeudi, à Montréal, dans le cadre du sommet AquaHacking : unis pour le Saint-Laurent.

     

    La Terre en déficit

     

    Selon lui, ce modèle néolibéral n’admet aucune possibilité de limiter la croissance, alors même que nous avons collectivement déjà « dépassé les capacités écologiques » de la Terre. « Le bateau coule. Il ne reste plus que quelques pouces avant que l’eau ne s’engouffre dans le navire, mais nous croyons qu’il est possible d’ajouter du poids sur le bateau, illustre-t-il. Nous voulons doubler la taille de l’économie au cours des prochaines années. C’est ce que vous faites au Québec. C’est ce que nous ferons partout au Canada, tout en continuant d’affirmer que nous pouvons le faire sans détruire l’environnement. »

     

    M. Rees cite en exemple la volonté affichée par le gouvernement Trudeau de construire de nouvelles infrastructures pour exporter les ressources fossiles canadiennes et favoriser ainsi leur exploitation. « L’être humain a une façon totalement contradictoire de voir les choses. M. Trudeau fait grand cas de l’Accord de Paris sur le climat et il affirme que nous allons réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Mais tous les scientifiques savent que, si nous développons les projets d’oléoducs et de ports d’exportation de gaz, nous ne pourrons jamais respecter nos engagements. C’est impossible. »

     

    Du « pétrole éthique » ?

     

    Il dénonce au passage l’utilisation de l’expression « pétrole éthique » pour définir la production canadienne, un terme popularisé par le chroniqueur Ezra Levant. « C’est de la foutaise. C’est un exemple de la façon dont on a créé une histoire pour justifier ce que le modèle de développement économique exige, sans tenir compte de la réalité. »

     

    Le scientifique de renommée internationale juge que le projet d’oléoduc Énergie Est s’inscrit aussi dans cette tendance à privilégier un développement « insoutenable ». « Tout cela est possible parce que nous avons, successivement, des gouvernements qui sont dédiés au modèle néolibéral, qui veut que le Canada soit essentiellement un exportateur de ressources. C’est ce qui justifie un projet comme Énergie Est. C’est un modèle qui nous ramène à ce que nous étions au XIXe siècle. »

     

    Stratégie maritime

     

    William Rees critique également le modèle de développement mis de l’avant dans la Stratégie maritime du gouvernement Couillard, un enjeu qu’il doit d’ailleurs aborder dans le cadre de sa conférence à Montréal.

     

    « Lorsque nous parlons du développement durable, alors que, concrètement, nous voulons parler de croissance continue, nous faisons la pire chose possible pour maintenir une relation à long terme avec l’environnement. Mais, lorsque nous voyons le monde ainsi, nous plaidons pour la construction de plus de ports, pour plus de navigation industrielle, etc. Le Québec, malheureusement, reflète ce type de développement, qui sert de modèle partout sur la planète. »

     

    Une stratégie qui, en misant sur la création d’emplois, peut toutefois s’avérer efficace d’un point de vue électoral. « Le gouvernement fait le calcul que, pour la population, la question des emplois a une plus grande valeur économique que l’idée de préserver des espèces, comme les bélugas. Il ne voit donc pas de coût politique à l’idée d’aller de l’avant. Il promet de la croissance et des retombées pour les collectivités. C’est une vision à très court terme, typique des politiciens. »

     

    Le professeur Rees prévient toutefois que le maintien de cette vision du monde, détachée des impératifs écologiques, aura des impacts catastrophiques. « Nous érodons, morceau par morceau, ce système qui nous permet de survivre. Nous n’allons rien laisser aux générations qui seront là dans 50 ans. C’est notre façon de faire. »













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