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    Chronique

    Le risque est devenu une zone de confort pour les investisseurs

    La faible inflation, le renforcement de la croissance économique et la prévisibilité des actions des banques centrales encouragent la prise de risque. La hausse des cours se nourrit également d’un recours au levier poussé à ses records.

     

    L’édition de septembre 2017 du rapport trimestriel de la Banque des règlements internationaux (BRI) porte essentiellement sur cette prise de risque devenue le quotidien des marchés. La « banque des banques centrales » accorde une attention particulière à cette volatilité devenue ténue dans toutes les grandes catégories d’actif, particulièrement sur le marché obligataire.

     

    « Des signes d’une prise de risque accrue sont apparus à différents niveaux, notamment dans l’étroitesse des écarts de rendement, l’augmentation des opérations de “portage” de devises et l’assouplissement des clauses de contrats obligataires », écrit l’institution. La BRI ne l’évoque pas mais, durant la crise financière de 2008, l’affaiblissement des monnaies avait notamment mis en exergue le risque inhérent aux emprunts en devises effectués à des fins spéculatives. On se retrouve aujourd’hui avec un scénario similaire de spéculation sur l’écart de rendement, avec des positions nettes « vendeur » sur des devises d’économies dites « matures », des positions nettes « acheteur » sur des devises d’économies émergentes.

     

    L’institution mesure également un accroissement du rythme de progression du crédit. Plus précisément, l’encours des titres de créance émis par les banques a connu au premier semestre « son rythme de progression le plus rapide en six ans ». Aussi, les ratios crédit/PIB demeurent supérieurs aux niveaux tendanciels dans nombre de juridictions observées, ce qui n’est pas étranger à la demande à des fins immobilières.

     

    Sur le marché boursier, les investisseurs ont davantage recours au levier, par l’achat sur marge. L’encours des prêts sur marge est désormais supérieur à celui ayant prévalu lors de l’éclatement de la bulle technologique, de 10 % au-dessus de son dernier sommet, en 2015. Ces marges à leur sommet ne sont pas étrangères au fait que la valorisation boursière est poussée à ses limites selon les paramètres traditionnels empruntant au ratio cours/bénéfice.

     

    En cette conjoncture de faible volatilité et de dollar en baisse, les investisseurs « vont vers plus de risques », résume la BRI.

     

    Revenant sur le peu de volatilité et sur la faible prime de risque afférente, celle du marché boursier se veut typique d’un cycle de resserrement monétaire, et ce, depuis les débuts de 1990. La BRI parle toutefois d’une corrélation circonstancielle, la volatilité étant généralement faible lorsque le marché boursier se retrouve dans une longue phase haussière appelant elle-même une politique monétaire moins accommodante.

     

    L’institution s’étonne toutefois de la volatilité du marché obligataire, « extrêmement basse d’un point de vue historique » et plutôt atypique par rapport aux phases de resserrement monétaire précédentes. Elle y voit l’effet d’anticipation d’une politique monétaire demeurant plus accommodante que ce que les discours officiels envoient comme signaux.

     

    Calme désarmant

     

    Wall Street reste d’un calme désarmant, écrivait-on en août. Si la tendance se maintient, 2017 sera l’année boursière la moins volatile à New York depuis 1964. Le changement de régime monétaire n’alimente pas l’émotivité des investisseurs boursiers. La progression ayant poussé le marché à un degré de cherté jamais vu depuis l’éclatement de la bulle des titres technologiques, en 2001, se fait sans trop d’oscillation.

     

    Cette absence de vagues se vérifie pleinement sur le VIX. L’indice de volatilité du S&P 500 a terminé la séance de vendredi à 9,59 points. Depuis le début de l’année, il a touché un sommet légèrement au-dessus de 16. Cet indice évolue généralement entre 10 et 30 points. Au-dessus de 30, nous entrons en territoire émotif. L’émotivité prend alors le dessus sur le rationnel.

     

    Il a déjà été écrit que les analystes expliquent cette complaisance par le gradualisme du resserrement monétaire, par le ton du discours de la Fed demeurant accommodant, par la progression des profits des entreprises, par les croissances économiques mieux synchronisées et par la faiblesse de l’inflation.

     

    D’où cet appel à « comprendre “l’inflation manquante” » lancé cette semaine par la BRI. Attendre l’atteinte de la cible officielle de 2 % aurait amené les banques centrales à persister dans un relâchement monétaire excessif, susceptible d’alimenter le prix des éléments d’actif et d’engendrer la formation de bulles, a-t-elle déjà martelé. Le message a été capté.













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